Exclu LE360. Affaire Bennis-Alj-Slaoui: Sixtine Félix explique les raisons du retrait de sa plainte

Balance - justice

La juriste française, qui portait des accusations de viol à l’encontre de Kamil Bennis, a depuis le 7 mars retiré sa plainte et clame désormais l’innocence des accusés dans cette affaire. Pour Le360, Felix Sixtine explique les raisons de ce revirement.

Le 30/03/2025 à 13h49

Le 28 mars s’est tenue une confrontation entre Félix Sixtine et les accusés, Saad Slaoui et M’hammed Alj, devant le juge d’instruction à la Cour d’appel de Casablanca. Quelques semaines auparavant, le 7 mars, la jeune femme avait annoncé se désister de sa plainte pour viol à l’encontre de Kamil Bennis, ajoutant qu’elle ne gardait pas de souvenir d’une partie de la soirée organisée chez le mis en cause, et que ce qu’elle avait relaté ne correspondait pas à la réalité.

À l’issue de cette confrontation qui aura duré près de trois heures, Sixtine Félix, qui avait précédemment livré sa version des faits dans une interview pour Le360, a accepté de nous en dire plus sur les raisons qui ont motivé cette décision. «Je me suis rendue compte que ce qui m’avait été dit au sujet de la soirée et de la personnalité et des antécédents violents de Kamil Bennis étaient faux», a expliqué le jeune femme qui explique être passée depuis notre dernier échange en décembre «par un processus de réalisation».

«Je n’accorde plus de crédit au témoignage qui m’a poussée à porter plainte», poursuit-elle, sans vouloir citer son ex-fiancé, Amine Naguib, qui est pourtant à l’origine de ce témoignage. Autrement dit, toutes les certitudes qu’elle avait sur cette soirée, dont la jeune femme ne se souvient pas, lui auraient été rapportées par celui-ci, qui purge actuellement une peine de quatre mois de prison ferme pour «outrage à avocat»

Ainsi, précise Sixtine Félix, «ce que j’ai dit sur Kamil Bennis dans la plainte française est faux. Ce sont des propos que je ne faisais que répéter». Mais aujourd’hui, la jeune femme veut «rétablir les choses» car dès l’instant où elle s’est rendue compte de l’innocence de Kamil Bennis, explique-t-elle, «il est devenu pour moi insupportable qu’il soit en prison».

Également contactée par Le360, Khadija Rouggany, son avocate, n’a pas donné suite à nos appels. Quant à son ancienne avocate au début de l’affaire, Ghizlane Mamouni, celle-ci nous a déclaré: «Je ne suis plus l’avocate de Sixtine Félix. Je ne peux pas en dire plus en raison du secret professionnel».

Le déroulé d’une soirée qui a viré au cauchemar

Pour démêler le vrai du faux et faire la part des choses entre ce qui a été dit puis en partie démenti, nous avons refait avec Sixtine Félix, ainsi qu’une source proche du dossier, le déroulé du scénario de cette soirée de novembre 2024. L’ancienne plaignante insiste sur un point: «Je n’ai pas modifié mes déclarations sur ce que je vous ai raconté ainsi qu’à la police... Mon témoignage n’a pas changé sur ce que j’ai vécu le dimanche», soit le lendemain des faits, quand celle-ci s’est réveillée dans une chambre, sans souvenirs de la nuit précédente.

Ce que la jeune femme a supprimé de son témoignage concerne la version de la soirée rapportée par son ex-fiancé, à savoir la séquestration et le viol dans une chambre de la villa par les mis en cause et le fait qu’il aurait tout fait pour la sauver de cette situation mais qu’il en aurait été empêché, passé à tabac puis chassé de la maison. Mais le fait est, nous explique une source proche du dossier, que ce témoignage n’a cessé de varier depuis le début de cette affaire. «Amine Naguib ne tenait jamais le même discours, il s’emmêlait les pinceaux», poursuit cette source.

Or, c’est sur ce témoignage incohérent que la jeune femme affirme avoir fait reposer sa plainte. Et d’expliquer pour Le360 que ses doutes ont été renforcés par les témoignages concordants des témoins auditionnés et par les confrontations avec les mis en cause. «J’ai commencé à chercher par moi-même la vérité et je me suis rendue compte de tout ça», poursuit-elle en expliquant avoir le sentiment d’avoir été «instrumentalisée et manipulée». Mais pour quelles raisons? Selon la source consultée par Le360, il pourrait s’agir de «querelles familiales antérieures entre Kamil Bennis et son cousin Amine Naguib».

Du viol au rapport consenti, le storytelling en question

Quid des autres accusés: M’Hammed Alj, Saâd Slaoui accusés par Amine Naguib de coups et blessures et complicité de viol, ainsi que de l’agent de sécurité, incarcéré lui aussi pour avoir pris part aux violences dénoncées par Naguib?

«Mes accusations ne portaient que contre Kamil Bennis», précise Sixtine Félix en expliquant que les principaux concernés «ont été incarcérés sur la base du témoignage tenu par Amine Naguib et de sa plainte». Ainsi, poursuit-elle, «à partir du moment où je me désiste de ma plainte contre Kamil Bennis, la complicité de viol n’a plus lieu d’être».

Aujourd’hui, Sixtine Félix en est persuadée: «Kamil Bennis est innocent», décrète-t-elle après avoir été confrontée à lui le 7 mars. «La confrontation m’a convaincue à 100 % et a ravivé une charge émotionnelle positive», poursuit-elle, désormais certaine qu’elle a entretenu avec lui «un rapport consenti comme il l’affirmait depuis le début». Le fait de se retrouver face à lui sans ressentir aucune angoisse, aucun stress, ni réflexe de peur la confortent dans cette version.

Un revirement motivé par l’argent?

Pour expliquer le retrait de la plainte, chacun y va de son hypothèse, l’une des plus répandues sur les réseaux sociaux et dans certains cercles casablancais étant que la jeune femme aurait été grassement payée par les familles des mis en cause. Questionnée par Le360 à ce sujet, elle s’en défend catégoriquement. «J’ai toujours voulu la justice et la vérité. Quand j’entends qu’on répand une rumeur selon laquelle j’aurais été rémunérée, ça me hérisse le poil. J’aime le droit, j’aime la justice autant que je déteste l’injustice. À partir du moment où je me rends compte que le scénario est faux, je ne peux pas, en mon nom, porter des accusations aussi graves à l’encontre de gens qui risquent des années de prison. Ce n’est pas possible».

Si le juge d’instruction n’a pas encore statué, les demandes de libération des mis en cause ont été déposées par leurs familles, nous apprend une source proche du dossier. À la lumière de ce revirement, une libération de Kamil Bennis, M’Hammed Alj et Saâd Slaoui pourrait se profiler, à moins que le ministère public ne décide de poursuivre l’action pénale. Quant à Amine Naguib, qui avait également retiré sa plainte mais maintenu son témoignage contre les mis en cause, celui-ci purge actuellement une peine de quatre mois pour «outrage à un avocat pendant et en raison de l’exercice de ses fonctions». Sera-t-il poursuivi pour faux témoignage? Affaire à suivre…

Par Zineb Ibnouzahir
Le 30/03/2025 à 13h49

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Un tel revirement implique souvent un gros virement.

Et puis qu'en est-il de la plaignante? Sur un coup de tête elle se dit que c'était plus un v*ol et que c'était consenti? Il n'y aura pas de poursuite contre elle pour avoir ruiner la réputation d'innoncents et les avoir mis en prison? Ça sent le privilège. Et puis qu'en est il des coups et blessures contre Amine? qu'en est il de la consommation de drogues de tout les accusés? Qu'en est il aussi de la relation se*uelle qu'a eu Kamil et Sixtine? c'est toujours puni par la loi marocaine même si ça pourrait changer dans le futur. Si c'était quelqu'un de la classe pauvre ou moyenne il sera quand même juger à une peine de prison. On attends de voir le verdict.

Bonjour, Trop de flou, viol ou relation consentie!! Fiancée ou non? …. Cela sent des compromis

Ceci en dit long sur la dynamique entre l’ex-plaignante et ses avocats: «Khadija Rouggany, son avocate, n’a pas donné suite à nos appels. Quant à son ancienne avocate au début de l’affaire, Ghizlane Mamouni, celle-ci nous a déclaré: «Je ne suis plus l’avocate de Sixtine Félix… »» Normalement, quand les avocats refusent de commenter une affaire dont ils sont chargés, alors que leur client se donne la liberté de s’exprimer sur les détails du dossier, surtout après avoir changé ses déclarations initiales, il y a raison de se poser des questions sur les motifs d’un tel revirement! Généralement, le cauchemar d’un avocat est quand le client lui cache la vérité, ou décide de changer le cours du litige en modifiant ses declarations; sans en avoir consulté sa représentation légale. Ça sent mauvais!

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