Services publics: le sévère réquisitoire du Médiateur contre l’administration

Hassan Tariq, Médiateur du Royaume du Maroc (Y.Mannan/Le360).

À un mois des élections législatives, le Médiateur du Royaume remet la réforme de l’administration au cœur du débat public. Face aux dysfonctionnements qui continuent d’affecter les usagers, l’Institution appelle à en faire une politique publique transversale, dotée d’un pilotage gouvernemental clairement identifié.

Le 24/08/2026 à 15h16

À un mois des élections législatives, l’Institution du Médiateur du Royaume remet la réforme de l’administration et de la fonction publique au cœur du débat. Dans une note de vigilance publiée ce lundi 24 août, elle appelle à l’ouverture d’un large dialogue public sur l’avenir de ce chantier et plaide pour un pilotage gouvernemental clairement identifié, à même de garantir «l’unité de la vision, la convergence des interventions, la continuité des programmes et la clarté des responsabilités quant à leurs résultats».

Intitulée «Politiques de réforme administrative et nécessité d’un large dialogue public et d’un positionnement gouvernemental clair», cette note intervient à l’approche des prochaines échéances législatives et du débat sur les priorités qui devront structurer l’action du futur gouvernement.

L’Institution fonde son initiative sur le lien constitutionnel et fonctionnel qui l’unit à l’administration et à la protection des droits des usagers des services publics. Elle s’appuie également sur l’expérience accumulée à travers le traitement des réclamations et ses rapports annuels, qui lui permettent de mesurer les effets de l’organisation et du fonctionnement de l’administration sur l’exercice effectif de ces droits.

Au-delà du traitement individuel des saisines, le Médiateur pointe ainsi les dysfonctionnements structurels qui continuent d’affecter les rapports entre les citoyens et l’administration. Pour l’Institution, celle-ci constitue «la vitrine quotidienne de l’État»: c’est à son contact que l’usager mesure l’effectivité de ses droits, le respect des délais, la lisibilité des responsabilités ainsi que la qualité de l’écoute et du traitement réservé à ses réclamations.

La note revient notamment sur les difficultés déjà relevées dans les rapports de l’Institution lors des transitions gouvernementales. Ces périodes peuvent affecter la continuité de l’action administrative et allonger les délais de traitement des dossiers, avec des conséquences directes sur les droits et les intérêts légitimes des usagers.

Le Médiateur insiste, à cet égard, sur le principe de continuité du service public, appelé à être préservé indépendamment des changements de gouvernement ou de responsables administratifs.

L’Institution défend par ailleurs une conception globale de la réforme administrative, qui ne saurait se limiter à une réorganisation des structures. Celle-ci doit également porter sur les modes de gestion, la culture du service public, la qualité de la relation avec l’usager ainsi que sur la capacité de l’administration à écouter, à motiver ses décisions et à corriger ses dysfonctionnements.

Cette transformation doit également articuler plusieurs chantiers: organisation administrative, déconcentration, rationalisation des structures, simplification des procédures, moralisation de la vie administrative et amélioration de la qualité des services publics.

Autant de leviers interdépendants qui nécessitent, selon le Médiateur, une gouvernance capable d’en assurer la coordination et le suivi, tout en établissant une articulation étroite entre réforme de l’administration et modernisation de la fonction publique.

L’Institution propose ainsi d’ériger la réforme administrative en véritable politique publique transversale, portée par un pilotage gouvernemental clairement identifié et adossée à un cadre institutionnel stable. L’objectif est d’assurer la continuité des programmes et la convergence des différents chantiers, notamment en matière de simplification des procédures, de numérisation des services, de déconcentration administrative et de moralisation de l’action publique.

La publication de cette note n’est pas fortuite. Elle intervient alors que les partis politiques finalisent leurs programmes en vue des élections législatives de septembre 2026. En plaçant ce dossier dans le débat préélectoral, le Médiateur entend faire de la qualité du service public et de la relation entre l’administration et les usagers l’une des priorités du prochain cycle gouvernemental.

Les données de son dernier rapport annuel donnent la mesure de l’enjeu. En 2025, l’Institution du Médiateur du Royaume a enregistré 9.958 dossiers, contre 7.948 en 2024, soit une progression de 25,29%. Ce total comprend 6.770 réclamations, représentant 67,99% des dossiers reçus, 3.157 demandes d’orientation et 31 demandes de règlement amiable.

Les litiges financiers arrivent en tête des réclamations, avec 2.528 dossiers, suivis des questions administratives (2.387), des dossiers liés aux programmes d’aide sociale (623), des affaires foncières (544) et de la non-exécution de décisions judiciaires par l’administration (337).

Cette hausse des saisines traduit à la fois un recours croissant des citoyens à la médiation institutionnelle et la persistance de dysfonctionnements dans leurs rapports avec l’administration. Un constat qui donne tout son sens à l’appel lancé, à quelques semaines des législatives, pour inscrire durablement la réforme de l’administration et de la fonction publique parmi les priorités de l’action gouvernementale.

Par Mohamed Chakir Alaoui
Le 24/08/2026 à 15h16