Mandats d’arrêt, extraditions, saisies... En chiffres, dix ans de coopération entre la DGSN et Interpol

L'emblème de l'Organisation internationale de police criminelle, plus connue sous l'appellation Interpol.

C’est un bilan chiffré d’envergure qui met en avant dix ans de coopération policière internationale. Du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2025, le Bureau central national de Rabat, interlocuteur unique d’Interpol au Maroc, a traité 52.901 demandes de renseignements de ses homologues étrangers. Le Royaume a, quant à lui, émis 1.111 mandats d’arrêt internationaux. Les détails, en chiffres.

Le 17/10/2026 à 13h30

Le Maroc et Interpol, c’est une histoire qui dure depuis 1957. Au fil des décennies, le Bureau central national de Rabat (BCN-Rabat) est devenu le cœur stratégique de la lutte contre la criminalité transfrontalière. Mandats d’arrêt, extraditions et saisies... Il est l’interlocuteur unique d’Interpol au Maroc et tous les services nationaux passent par lui. Le dernier numéro de la Revue de police de la DGSN publie son bilan, du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2025. Dix années d’activité y sont détaillées, dossier par dossier.

Lisbonne, 1957: le Maroc entre à Interpol

Le Maroc avait déposé sa demande d’adhésion à Interpol le 6 mars 1957. L’assemblée générale de l’organisation l’avait examinée à Lisbonne, lors de sa 26è session, et approuvée le 17 juin, par 37 voix sur 38 votants. Les demandes d’Haïti, du Laos et de la Tunisie furent approuvées lors de la même session. Le Maroc devenait ainsi le 60è État membre.

Le Bureau central national (BCN-Rabat) a été créé la même année. Il est rattaché à la Direction de la police judiciaire de la DGSN. Il relie depuis les services de sécurité marocains, le Secrétariat général d’Interpol et les bureaux centraux nationaux des autres pays.

Un dahir du 30 juin 1962 a ensuite ratifié l’adhésion du Maroc. Le texte interdit également l’usage commercial du nom et de l’emblème de l’organisation.

Le 18 février 1973, pour le cinquantenaire d’Interpol, le Royaume a émis un timbre commémoratif.

Ce que fait Interpol

Interpol naît en 1923, à Vienne, à l’initiative de Johannes Schober, chef de la police de la ville. Le bureau s’appelle alors Commission internationale de police criminelle. Il est reconstitué en 1946 et son siège s’installe à Paris. Un nouveau statut, adopté le 13 juin 1956, lui donne son nom actuel d’O.I.P.C.-Interpol. Le siège se trouve à Lyon depuis 1989.

L’organisation compte 196 pays membres. Chaque gouvernement verse une contribution statutaire annuelle, ce qui lui assure son autonomie financière. Elle travaille en anglais, en arabe, en espagnol et en français.

L’article 2 de son statut fixe sa mission. Elle doit organiser l’assistance réciproque la plus large entre les polices criminelles, dans le cadre des lois de chaque pays et dans l’esprit de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. L’article 3 lui interdit toute intervention dans des affaires à caractère politique, militaire, religieux ou racial.

Son outil principal est le système de communication sécurisé I-24/7, créé en 2002. Il relie les 196 bureaux centraux nationaux et leur permet de consulter, de solliciter et de transmettre des informations de façon instantanée. Les enquêteurs accèdent aussi à pas moins de 19 bases de données. La base SLTD recense plus de 138 millions de documents de voyage et d’identité déclarés volés, perdus, révoqués, invalides ou volés vierges. D’autres bases portent sur les données nominatives, l’exploitation sexuelle des enfants, les personnes disparues, la reconnaissance faciale, les œuvres d’art volées et le traçage des armes à feu.

Le Centre de commandement et de coordination, créé en 2003, fonctionne jour et nuit. Il diffuse les alertes et les notices en cas d’urgence. À la demande d’un pays, il envoie des équipes lors de catastrophes naturelles, d’attentats, de grands événements sportifs ou de sommets internationaux. Interpol propose enfin des formations, certaines en ligne via son Académie virtuelle. Elles couvrent le terrorisme, la traite des êtres humains, la cybercriminalité et l’égalité de genre.

Un interlocuteur unique pour tous les services

Le BCN-Rabat est l’interlocuteur unique d’Interpol au Maroc, conformément à l’article 32 du statut de l’organisation. Tous les services nationaux compétents transitent par ce bureau, qui assure la liaison avec les autres BCN et avec le Secrétariat général à Lyon. La Revue de police le décrit comme «un maillon central» des échanges d’informations, de la coordination opérationnelle et de la coopération policière internationale.

Mohammed Dkhissi dirige la Police judiciaire et le BCN-Rabat depuis janvier 2016. Il est aussi chef du Bureau de liaison arabe. Dans un entretien accordé à la revue précitée, il décrit ces fonctions comme «une liaison permanente et structurée» entre le Maroc, les bureaux centraux des pays membres et le Secrétariat général. Cette liaison passe par les canaux officiels d’Interpol. Elle comprend l’échange sécurisé et en temps réel d’informations criminelles, la coordination des actions de police transfrontalières et l’appui aux enquêtes internationales. Le préfet de police Mustapha Hajjam est chef du service BCN-Rabat.

Les missions du bureau sont nombreuses. Il organise la recherche et l’arrestation des fugitifs visés par des mandats d’arrêt internationaux. Il échange des renseignements sur les auteurs d’infractions de droit commun. Il participe à l’identification de personnes et de cadavres. Il diffuse les modes opératoires des réseaux criminels et les mandats d’arrêt émis par la justice marocaine. Il exécute les extraditions et les transferts avec les pays membres. Il coordonne l’exécution des commissions rogatoires internationales.

Le BCN représente aussi le Maroc dans les instances de l’organisation. Il est présent aux assemblées générales, aux conférences annuelles des chefs de BCN, aux conférences régionales, aux réunions thématiques et aux ateliers. Il rédige enfin les rapports et bilans sur la coopération policière bilatérale, régionale et internationale.

Sept sections opérationnelles se partagent ce travail. Elles traitent les affaires générales, les mandats d’arrêt internationaux, les identifications, les diffusions et cessations de recherches, les commissions rogatoires internationales, les extraditions et transfèrements et la lutte contre le trafic de véhicules volés. Trois sections de soutien complètent l’ensemble. Il s’agit du secrétariat, de la section technique et de la section des statistiques.

Des fugitifs arrêtés ici, d’autres réclamés là-bas

Le travail du bureau va dans les deux sens. Un pays membre peut demander l’arrestation d’un individu recherché pour une infraction grave de droit commun. Il diffuse alors un avis de recherche via Interpol. Le BCN-Rabat l’insère dans le fichier national des personnes recherchées. La Revue de police évoque, face à ces avis, «une réactivité opérationnelle de très haut niveau». Elle cite l’interpellation sur le territoire national de fugitifs de premier plan, puis leur extradition vers les pays requérants.

Le mécanisme joue aussi dans l’autre sens. Les États partenaires participent à la localisation, à l’arrestation et à l’extradition des personnes que la justice marocaine recherche. La revue y voit l’application d’une réciprocité «pleinement assumée». Elle rappelle que l’ensemble se fait dans le respect de l’article 3 du statut, qui garantit selon elle la neutralité, la légalité et la légitimité de l’action.

La revue publie les résultats du bureau du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2025. Côté entraide judiciaire, on apprend que les autorités marocaines ont reçu 1.685 commissions rogatoires internationales de la part de pays étrangers. Le trafic de stupéfiants en est la principale cause, avec 408 affaires. Viennent ensuite le terrorisme, les escroqueries, le blanchiment d’argent et les homicides. Sur ce total, 1.462 commissions rogatoires ont été exécutées, soit environ 87%.

La justice marocaine a de son côté émis 1.111 mandats d’arrêt internationaux, diffusés par le BCN-Rabat via Interpol. Ils concernent surtout le trafic de stupéfiants, le terrorisme, l’escroquerie et le détournement de fonds.

Dans le sens inverse, le BCN a inséré au fichier national 59.895 avis de recherche émanant des autres bureaux centraux. Ils prennent la forme de diffusions et de notices rouges. Le bureau a établi 26.555 cessations de recherches sur la même période.

Ces avis ont débouché sur des arrestations. À l’étranger, 388 personnes recherchées par la justice marocaine ont été arrêtées et 281 d’entre elles ont été extradées vers le Maroc. Au Maroc, 467 ressortissants étrangers réclamés par les autorités judiciaires de leur pays ont été arrêtés. Parmi eux, 351 ont été extradés.

Le bureau répond aussi aux demandes de ses homologues. Il a traité 52.901 demandes de renseignements. Elles portent sur l’identification de personnes à partir d’empreintes digitales et de profils ADN, la localisation de personnes disparues, les antécédents judiciaires et les mouvements transfrontaliers. Elles incluent également la vérification de documents administratifs.

Le trafic de véhicules complète le tableau. Le BCN a traité 19.131 affaires. Elles ont permis de saisir 2.659 véhicules signalés volés. Ces véhicules ont été remis à la justice pour être restitués à leurs ayants droit.

Le Maroc a étendu le système I-24/7 en 2017 à l’ensemble de ses postes-frontières. Les services de contrôle consultent désormais en temps réel les bases d’Interpol sur les personnes recherchées, les documents de voyage volés ou perdus et les véhicules signalés. La revue y voit l’exemple le plus net de l’intégration des outils de l’organisation dans les dispositifs nationaux.

Elle ajoute que le BCN-Rabat fait l’objet d’une mise à niveau continue. Celle-ci passe par le renforcement des moyens techniques, l’adaptation des ressources humaines et le développement de compétences spécialisées. L’objectif est de suivre l’évolution des mécanismes de coopération et les nouvelles orientations d’Interpol.

24 opérations conjointes

La DGSN a participé à 24 opérations menées sous l’égide d’Interpol. Neptune et Phoenix visent le terrorisme. La dernière édition de Neptune, à l’été 2025, a mobilisé plusieurs pays en même temps. Elle a ciblé les frontières maritimes entre l’Afrique du Nord et l’Europe du Sud. Les services voulaient empêcher la circulation de combattants terroristes et agir contre les trafics de stupéfiants, d’armes et de migrants.

D’autres opérations portent sur des thèmes précis. Pangea vise les médicaments contrefaits ou illicites. Infra vise les fugitifs recherchés à l’échelle internationale. Talka cible le trafic d’armes à feu et de munitions, Thunder le trafic d’espèces sauvages, Soteria l’exploitation et les abus sexuels. Global Chain, Turquesa, Weka et Liberterra luttent contre la traite des êtres humains et le trafic de migrants.

Weka a été lancée et organisée au Maroc, en présence d’experts d’Interpol. L’organisation a publié ses résultats sur son site. Elle a adressé au Royaume une reconnaissance pour les efforts déployés. Dans un message sur X, elle indique que le Maroc a hébergé l’unité de coordination opérationnelle et procédé à 49 arrestations, presque toutes liées au trafic de migrants.

La DGSN participe aussi à des projets régionaux. Sharaka est consacré à la lutte contre le terrorisme. Himaya vise la traite des êtres humains et le trafic de migrants. Elle contribue enfin au fichier d’analyse «CT» sur les combattants terroristes étrangers. Elle prend part aux stages, ateliers, réunions de coordination et conférences du programme annuel d’Interpol.

Une place dans les instances de l’organisation

Mohammed Dkhissi a été élu vice-président d’Interpol pour l’Afrique en novembre 2024, à l’assemblée générale de Glasgow. Il a été élu dès le premier tour, à une large majorité, pour un mandat de trois ans. Il siège au Comité exécutif et préside son sous-comité opérationnel.

Cette instance examine les opérations de police internationale, le traitement et la gouvernance des données, et les aspects procéduraux du fonctionnement d’Interpol. Il préside aussi les conférences régionales africaines. Il a dirigé la 27è, au Cap, du 27 au 29 août 2025. C’était la première conduite en arabe.

Il présente son élection comme «une responsabilité stratégique plutôt qu’une distinction personnelle». Il a défini un plan d’action sur trois ans pour l’Afrique. Celui-ci prévoit de renforcer les bureaux régionaux de Yaoundé, d’Abidjan, de Nairobi et de Harare, et d’améliorer la connexion des pays africains à I-24/7. Il prévoit aussi de développer la formation et de promouvoir les technologies les plus avancées, comme la reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle.

D’autres cadres de la DGSN occupent des postes techniques. La commissaire divisionnaire Hakima Yahya, cheffe du Laboratoire national de la police scientifique et technique, préside le groupe d’experts sur l’ADN. La commissaire divisionnaire Layla Ezzouine, cheffe du service numérique forensique et imagerie, est vice-présidente du Groupe mondial d’experts en cybercriminalité, le CyberEx. Le Maroc siège également au Comité permanent sur le traitement des données et détache plusieurs cadres à Lyon.

Marrakech 2025, un test pour le réseau

Marrakech a accueilli la 93è assemblée générale de l’organisation, du 24 au 27 novembre 2025. Le Royaume avait déjà reçu la 76è session en 2007. Plus de 800 délégués de 179 pays ont fait le déplacement, dont 82 chefs de police et 25 ministres et vice-ministres. Plus de 30 organisations régionales et internationales étaient représentées.

Le BCN a pris sa part dans la préparation. Mustapha Hajjam, membre du comité d’organisation, a servi de point de contact pour l’accord sur les privilèges et immunités. Tout pays hôte doit en conclure un avec Interpol. Il fixe les facilités accordées à l’organisation et aux participants, notamment les conditions d’entrée et de sortie du territoire. Hajjam a mené les échanges entre le ministère de l’Intérieur, la DGSN et Interpol jusqu’à la signature.

L’assemblée a adopté le cadre stratégique 2026-2030. Elle a élu le Français Lucas Philippe à la présidence pour quatre ans. Une résolution sur la cybercriminalité a recueilli 134 voix pour, aucune contre et cinq abstentions. Une autre a approuvé la phase pilote de la «Notice Argent», destinée à échanger des informations sur les avoirs d’origine criminelle.

Le directeur général de la DGSN et de la DGST, Abdellatif Hammouchi, a reçu la Médaille d’honneur de la classe supérieure, la plus haute distinction d’Interpol. Il a tenu 43 rencontres bilatérales et signé deux mémorandums d’entente, avec la Norvège et avec l’Éthiopie. Il a remis le drapeau d’Interpol à Hong Kong, qui accueillera l’assemblée de 2026.

Mohammed Dkhissi annonce enfin qu’Interpol tiendra prochainement au Maroc un séminaire international sur l’intelligence artificielle et la cybercriminalité.

Par Hajar Kharroubi
Le 17/10/2026 à 13h30