Législatives 2026: l’Istiqlal en recul, ses bastions historiques vacillent

Le secrétaire général du Parti de l'Istiqlal Nizar Baraka lors d'un meeting électoral, le samedi 19 septembre 2026 à Larache.

Le recul de l’Istiqlal est autant comptable que symbolique. Avec 65 sièges aux législatives du 23 septembre, contre 81 en 2021, le parti de la Balance abandonne 16 sièges et termine troisième au niveau national. Mais ce sont surtout les revers enregistrés dans des circonscriptions comme Anfa et Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi à Casablanca, ou encore à Fès, qui donnent la mesure de l’érosion de ses positions historiques.

Le 25/09/2026 à 19h20

Ce recul est particulièrement visible dans plusieurs fiefs historiques du parti, notamment à Casablanca et à Fès, deux villes où l’Istiqlal avait longtemps compté parmi les principales forces politiques.

À Casablanca, le symbole le plus marquant est sans doute la perte de la circonscription de Casa-Anfa. Hassan Berkani, président de la Chambre de commerce, d’industrie et de services de Casablanca-Settat, qui portait les couleurs du parti, n’a pas réussi à conserver son siège. Les quatre élus sont issus du PJD, du PAM, de l’Alliance de gauche et du RNI.

Anfa a pourtant longtemps figuré parmi les bastions de l’Istiqlal à Casablanca. Yasmina Baddou, ancienne ministre de la Santé, y a notamment été élue, tout comme Me Ahmed Kadiri, qui avait également marqué la vie politique locale en dirigeant la commune de Maârif.

Autre revers particulièrement symbolique, celui enregistré à Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi. Pour la première fois, l’Istiqlal ne conserve pas le siège qu’il détenait dans cette circonscription. Rachid Afilal, fils du défunt dirigeant istiqlalien et fondateur de l’UGTM Abderrazak Afilal, n’a pas réussi à se faire réélire. Les quatre sièges sont revenus à l’UC, au PAM, au PJD et au RNI.

Dans un message publié sur sa page Facebook au lendemain du scrutin, Rachid Afilal a attribué sa défaite à ce qu’il présente comme des tensions internes au parti. Il affirme avoir été «combattu» de l’intérieur de la direction de l’Istiqlal, tout en mettant en avant son bilan parlementaire.

À Al Fida-Mers Sultan, autre circonscription où l’Istiqlal disposait d’un ancrage local, El Houcine Nasrallah, également vice-maire de Casablanca, n’a pas réussi à décrocher l’un des trois sièges en jeu. La liste istiqlalienne est arrivée derrière le PJD, le PAM et l’Union constitutionnelle.

Le recul casablancais apparaît ainsi particulièrement marqué. Alors que le parti disposait encore d’une présence parlementaire importante dans la métropole, plusieurs de ses candidats de poids ont échoué lors de ce scrutin. À l’échelle de Casablanca-Settat, l’Istiqlal conserve toutefois plusieurs positions, notamment à Ben Slimane avec Ryad Mezzour, à Settat, Mohammedia, Berrechid, Sidi Bennour et Sidi Bernoussi.

Fès constitue l’autre grand marqueur de ce recul. L’Istiqlal espérait y retrouver son ancienne position dominante, mais le scrutin du 23 septembre a de nouveau rebattu les cartes. À Fès-Sud, Allal Amraoui, président du groupe parlementaire istiqlalien à la Chambre des représentants, a perdu son siège. Le parti ne conserve qu’un siège à Fès-Nord, remporté par Hassan Slighoua.

La défaite d’Allal Amraoui est particulièrement significative compte tenu de son statut au sein du parti. Il était présenté comme l’un des principaux visages du parti dans la capitale spirituelle.

À Fès, le paysage politique n’est plus celui des années où Hamid Chabat faisait de la ville l’un des principaux bastions de l’Istiqlal. Sa fille, Rime Chabat, poursuit désormais son parcours politique sous d’autres couleurs. Elle a été élue à Fès-Nord sous l’étiquette du Mouvement populaire, après avoir siégé lors de la précédente législature sous les couleurs du Front des forces démocratiques.

Au-delà des revers individuels, le scrutin du 23 septembre pose donc la question de l’érosion de l’implantation urbaine de l’Istiqlal. Le parti conserve des positions importantes dans plusieurs régions du Royaume, notamment dans certaines provinces du Sud et du Nord, mais il cède du terrain dans des villes où son histoire électorale semblait jusque-là solidement établie.

Cette érosion interroge aussi la capacité du parti à porter, au sein du gouvernement, une parole politique suffisamment audible sur les sujets qui ont nourri le mécontentement des électeurs. Sur le dossier des «frakchia» comme sur d’autres, le silence ou la discrétion du parti, y compris lorsque les secteurs concernés relevaient de départements ministériels qu’il gérait, a pu contribuer à brouiller son positionnement. Le débat relancé autour des quelque 280 milliards de dirhams mobilisés ces cinq dernières années pour soutenir le pouvoir d’achat, dont l’efficacité a été mise en cause jusque dans les rangs de la majorité, illustre plus largement cette question. Celle de la traçabilité de la dépense publique, de son efficacité et de la capacité des partis au pouvoir à rendre des comptes sur les résultats obtenus.

Par Wadie El Mouden
Le 25/09/2026 à 19h20