Législatives 2026: entre le RNI et le PAM, le divorce est officiellement consommé

Lors de la réunion du bureau politique du RNI, le 25 août 2026.

Le torchon brûle entre le Rassemblement national des indépendants (RNI) et le Parti authenticité et modernité (PAM). Dans un communiqué publié ce mardi 25 août, le bureau politique du RNI affiche ouvertement son exaspération face aux pratiques qu’il attribue au PAM et dénonce des tentatives de déstabilisation de ses rangs, à l’approche des prochaines élections.

Le 25/08/2026 à 18h22

Le RNI affirme avoir constaté, au cours des dernières semaines, des «opérations de séduction et des pressions» visant plusieurs de ses parlementaires, élus et responsables territoriaux. Selon le parti, ces pratiques dépassent désormais les limites du jeu politique normal et soulèvent de sérieuses interrogations sur les méthodes employées pour cibler ses élus.

Le parti de la colombe va plus loin en dénonçant une «contradiction flagrante» entre les engagements affichés par les formations politiques en faveur de l’intégrité et du respect des règles de la compétition électorale, et certaines pratiques observées sur le terrain. Cette contradiction, souligne le RNI, s’est particulièrement manifestée dans la relation entre le RNI et le PAM.

Le communiqué cite notamment plusieurs personnalités que le PAM aurait décidé de présenter aux prochaines échéances, alors qu’elles avaient été annoncées par le RNI comme candidates sous ses couleurs ou qu’elles exercent encore des mandats électifs au nom du parti. Le RNI mentionne à ce titre Abdelhay Hartoun, Mohamed El Joumani, Zineb Simou, Othmane Badel, Manal Badel, Bouchra El Ouardi, Abdelhafid El Mekouti et Abdelkader El Hadouri.

Pour le bureau politique du RNI, la multiplication des cas et la similitude des méthodes ne permettent plus de considérer ces situations comme des faits isolés. Le parti affirme que les tentatives d’approche ont même atteint un membre de son bureau politique, ce qui, à ses yeux, dépasse le simple cadre des changements d’étiquette politique et porte atteinte aux usages qui régissent les relations entre formations politiques, ainsi qu’à l’autonomie de leurs structures et de leurs dirigeants.

Le RNI estime ainsi que le différend avec le PAM ne relève plus de simples mouvements individuels à l’approche des élections, mais traduit une opposition directe sur les règles du jeu politique. Le parti dénonce une logique qui réduirait la compétition électorale à une course aux candidats, au détriment de la confrontation autour des programmes, des idées et des projets.

Le ton employé par le RNI marque une nette rupture avec l’esprit de coopération qui avait prévalu entre les deux formations au sein de la majorité. Le parti affirme désormais qu’il n’acceptera pas ces pratiques et ne les considérera pas comme une donnée normale de la compétition politique, tout en se réservant le droit de prendre les positions et d’engager les procédures qu’il jugera nécessaires pour protéger son organisation et ses militants.

Le RNI assure, dans le même temps, qu’il ne répondra pas à ces pratiques par les mêmes méthodes. Il dit vouloir aborder les prochaines échéances en s’appuyant sur son bilan, son programme, ses cadres et la force de son organisation, avec la confiance des électeurs comme principal soutien.

Ces accusations appellent toutefois à être nuancées. Certains observateurs politiques les regardent avec réserve, le RNI n’étant pas lui-même étranger aux pratiques de transhumance politique qu’il dénonce aujourd’hui. Aziz Akhannouch, actuel chef du gouvernement et ancien secrétaire général du RNI, avait lui-même quitté le Mouvement populaire avant de rejoindre le parti de la colombe et d’en prendre les rênes. Autre illustration de ces parcours à géométrie variable: Mohamed Chaouki, actuel secrétaire général du RNI, a lui aussi évolué dans les rangs du PAM dans une autre vie politique, où il comptait parmi les figures actives de sa jeunesse.

Au fond, le RNI ne fait aujourd’hui que goûter, à son tour, à une pratique dont il a lui-même bénéficié par le passé, dans un jeu de chaises musicales qui n’est pas nouveau dans le paysage partisan marocain. L’arroseur arrosé, en somme, dans un paysage politique où les frontières partisanes sont parfois moins étanches qu’il n’y paraît.

Par Wadie El Mouden
Le 25/08/2026 à 18h22