Le PP accuse désormais le Maroc et marche sur les pas de Vox

Alma Ezcurra, vice-secrétaire à la Coordination sectorielle du PP.

La vice-secrétaire à la Coordination sectorielle du PP, Alma Ezcurra, accuse désormais Rabat d’être «responsable, par action ou par omission», des arrivées massives à Sebta. Un virage qui offre aux conservateurs une nouvelle charge contre Pedro Sánchez et les rapproche de Vox, au risque de compromettre la relation «saine et sereine» que Feijóo dit vouloir bâtir avec le Maroc.

Le 12/08/2026 à 17h20

Le Parti populaire a choisi de durcir le ton à l’égard du Maroc. Après avoir, pendant plusieurs jours, concentré ses attaques sur le gouvernement de Pedro Sánchez, la principale formation de l’opposition espagnole désigne désormais directement Rabat comme «responsable» des événements survenus à Sebta le 30 juillet et de la situation qui perdure dans la ville occupée.

Cette mise en accusation a été portée par Alma Ezcurra, l’une des principales responsables de la direction nationale du PP, lors d’un déplacement à Sebta. Chargée de la Coordination sectorielle du parti, elle a soutenu, dans des déclarations relayées ce mercredi par El Mundo, que le Maroc avait joué un rôle, «par action ou par omission», dans l’arrivée massive et irrégulière de migrants.

«Le Maroc est responsable de ce qui s’est passé et de ce qui continue de se passer actuellement à Sebta», a affirmé Ezcurra, avant d’assurer que ce constat était désormais partagé par «les Espagnols, les Européens et le monde entier».

Pour étayer son accusation, elle a eu recours à une image aussi frappante que difficile à démontrer. «Les Espagnols ne sont pas naïfs. Lorsque 70.000 personnes franchissent une frontière de manière illégale et violente au coup de sifflet et que, le lendemain, 60.000 repartent par où elles sont venues au coup d’un autre sifflet, c’est bien que quelqu’un donne le signal», a-t-elle déclaré.

Cette métaphore du coup de sifflet permet au PP de suggérer l’existence d’une opération orchestrée depuis le Maroc sans apporter le moindre élément susceptible d’établir une telle coordination. Elle transforme également le retour de dizaines de milliers de personnes en un argument à charge contre Rabat, alors que ce même chiffre pourrait, au contraire, témoigner de l’intervention des autorités marocaines pour contenir la situation et faciliter les retours.

Une accusation que le PP évitait jusqu’ici

Ce discours marque une nette inflexion par rapport à la position adoptée par le parti durant les premiers jours de la crise. Une semaine plus tôt à peine, le secrétaire général du PP, Miguel Tellado, avait présenté Pedro Sánchez comme le «principal responsable» des arrivées massives à Sebta, sans mettre directement en cause le Maroc.

Deux jours auparavant, Alberto Núñez Feijóo s’était lui-même contenté de réclamer davantage de «réciprocité, de transparence et de bonne foi» dans les relations entre Madrid et Rabat. Cette prudence semblait alors en accord avec la volonté affichée par le dirigeant conservateur de faire du Maroc sa première destination internationale s’il accédait au palais de la Moncloa.

Ezcurra s’affranchit désormais de cette retenue. Ce virage permet au PP de décocher une attaque toute trouvée contre le PSOE, qu’il accuse d’avoir instauré avec Rabat une relation opaque et déséquilibrée. Mais il engage aussi les conservateurs dans une course à la surenchère avec Vox pour savoir qui adoptera le discours le plus hostile au Maroc.

La responsable du PP est allée jusqu’à déclarer que «l’Espagne ne peut pas remettre à Rabat la clé de sa frontière», promettant qu’un gouvernement dirigé par son parti mettrait fin à cette situation. La formule se veut ferme, mais elle élude une réalité fondamentale. La coopération avec le Maroc n’est pas une faveur particulière accordée à Pedro Sánchez. Elle constitue une nécessité structurelle pour tout gouvernement espagnol, y compris pour un éventuel exécutif présidé par Feijóo.

L’Espagne peut demander davantage de transparence ou contester certains aspects de la coopération bilatérale. Elle ne peut cependant prétendre gérer seule les mouvements migratoires autour d’une frontière que le Maroc n’a jamais reconnue et qui sépare son propre territoire de Sebta, une ville sous administration espagnole que Rabat considère comme occupée.

Sebta et Melilla érigées en armes contre le PSOE

Ezcurra s’est également saisie des récentes déclarations du ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, pour interpeller le gouvernement espagnol. Le responsable marocain avait rappelé que Rabat continuait de revendiquer Sebta et Melilla, une position historique du Royaume qui ne constitue en rien une nouveauté diplomatique.

«Est-ce donc cela, la coopération loyale que le gouvernement entretient avec le Royaume du Maroc?», a demandé la responsable conservatrice, avant d’exiger de l’exécutif qu’il précise s’il entendait ouvrir un «conflit diplomatique» avec Rabat.

Le raisonnement recèle pourtant une contradiction. Le PP exige du gouvernement espagnol qu’il garantisse la coopération du Maroc en matière migratoire, tout en semblant réclamer une crise diplomatique au motif que Rabat maintient une position connue depuis des décennies. Coopérer ne signifie pas que les deux pays ont réglé l’ensemble de leurs différends, ni que le Maroc a renoncé à ses revendications territoriales.

Il est tout aussi incohérent d’accuser le Royaume de se désengager de la gestion de la frontière alors que les forces de sécurité marocaines ont absorbé une grande partie de la pression sur le terrain, sont intervenues pour empêcher de nouveaux départs et maintiennent d’importants moyens humains et matériels mobilisés face aux appels relayés sur les réseaux sociaux.

Le Maroc a par ailleurs renforcé son dispositif à l’approche du 15 août, date retenue par plusieurs appels à de nouvelles tentatives de passage en force, et a prévenu que la loi serait appliquée dans toute sa rigueur. Rabat a également demandé à l’Espagne de débloquer les procédures nécessaires au retour immédiat des mineurs marocains non accompagnés. Autant d’éléments qui cadrent difficilement avec l’image d’un pays ayant délibérément renoncé à assumer ses responsabilités.

Une stratégie qui pourrait se retourner contre Feijóo

L’offensive du PP peut lui procurer des bénéfices immédiats sur la scène politique espagnole. Elle lui permet de mettre Sánchez en accusation, de contester la politique étrangère du PSOE et d’empêcher Vox de monopoliser le discours le plus agressif à l’égard du Maroc. À moyen terme, ses conséquences pourraient toutefois se révéler bien moins avantageuses pour les conservateurs.

Feijóo affirme vouloir reconstruire avec le Maroc une relation fondée sur la confiance, le sérieux et le respect mutuel. Une telle relation pourra difficilement reposer sur des accusations non étayées, des menaces de rupture et une compétition rhétorique avec Vox.

Le Maroc assume sa part dans la surveillance des accès et supporte une pression qu’il ne saurait prendre indéfiniment en charge à lui seul. L’Espagne doit, de son côté, assumer ses propres obligations dès lors que les personnes atteignent un territoire placé sous son administration, en appliquant les procédures d’identification, de protection, d’asile ou de séjour prévues par sa législation.

Le PP est parfaitement en droit de demander des comptes à Sánchez sur sa gestion de la crise et d’exiger des explications. Mais faire du Maroc une arme dans la bataille politique espagnole ne réglera pas la situation à Sebta et ne renforcera pas davantage la coopération bilatérale. Surtout, cette stratégie ne permettra pas à Feijóo de bâtir la relation stable et apaisée dont il aurait besoin dès son premier jour au pouvoir s’il venait un jour à gouverner l’Espagne.

Par Faiza Rhoul
Le 12/08/2026 à 17h20