Le sort de plusieurs centaines de mineurs marocains non accompagnés, bloqués dans la ville de Sebta, demeure enveloppé d’une profonde incertitude. Malgré la succession de réunions et de concertations bilatérales entre Rabat et Madrid, les opérations de rapatriement continuent de buter sur de nombreux obstacles juridiques, administratifs et logistiques. «Jusqu’à présent, aucune formule pratique n’a permis de débloquer durablement ce dossier complexe et de réunir ces enfants avec leurs familles», relève le quotidien Al Akhbar dans son édition du 12 août.
Le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, a levé le voile sur les difficultés majeures qui entravent ce processus. Lors de récentes déclarations, le responsable gouvernemental a pointé une réticence explicite de la part des autorités espagnoles à renvoyer un certain nombre de mineurs vers le Maroc, en dépit des contacts ininterrompus maintenus entre les deux pays. Selon le ministre, les discussions menées par les autorités marocaines avec leurs homologues ibériques n’ont pas encore abouti à un accord garantissant le dépassement des blocages actuels.
Au cœur du problème figure la vérification préalable de l’identité des jeunes concernés. Cette étape indispensable s’est transformée en une impasse bureaucratique. Le ministre a expliqué que les services marocains reçoivent parfois de la part de l’Espagne des dossiers de mineurs présentés comme citoyens marocains, avant que des investigations poussées menées par Rabat ne révèlent que ces jeunes ne possèdent pas la nationalité marocaine. «L’identification exacte des individus et de leur appartenance nationale constitue pourtant un préalable juridique et pratique strict à toute mesure de retour», souligne Al Akhbar.
La controverse ne s’arrête pas aux erreurs sur la nationalité. Abdellatif Ouahbi a également évoqué une situation inverse : celle où les autorités marocaines parviennent à identifier avec certitude des enfants marocains se trouvant sur le sol espagnol. Dans ces situations, des listes nominatives sont transmises aux autorités espagnoles et des rendez-vous sont convenus pour formaliser la remise des mineurs. Néanmoins, au jour dit, la restitution n’a pas lieu. La justification régulièrement avancée par la partie espagnole réside dans son incapacité à localiser les mineurs au moment du transfert programmé.
Ces divergences révèlent un écart d’appréciation persistant quant à la gestion des mineurs non accompagnés. Contrairement aux procédures d’expulsion appliquées aux adultes, le rapatriement d’un mineur s’inscrit dans un cadre juridique strict imposant une série de garanties judiciaires et administratives. «Chaque cas exige un examen individuel approfondi afin de vérifier l’environnement familial et social, de s’assurer de l’intérêt supérieur de l’enfant et de garantir les conditions de sa protection et de sa sécurité une fois réintégré dans son pays d’origine», note Al Akhbar.
Pendant que les discussions s’éternisent, l’attente demeure vive du côté des familles marocaines, suspendues à la moindre information précise sur la situation de leurs enfants. Sur le terrain, les autorités espagnoles continuent d’assurer la prise en charge provisoire de ces jeunes à Sebta, tout en poursuivant les démarches d’identification et la recherche de leurs proches.
Ce dossier reste intimement lié aux événements de mai 2021, au cours desquels des milliers de personnes, dont une proportion importante d’enfants et d’adolescents, avaient franchi la frontière vers Sebta. Les tentatives de retour engagées à la suite de cette vague migratoire avaient rapidement suscité une controverse judiciaire en Espagne. La justice espagnole était alors intervenue pour interrompre les retours collectifs, exigeant l’évaluation individuelle des conditions de vie de chaque mineur avant toute décision de réadmission.




