Le paysage politique de la capitale marocaine traverse une phase de recomposition majeure à la suite de la décision de la maire de Rabat, Fatiha El Moudni, de rejoindre les rangs du Parti Authenticité et Modernité (PAM). Cette démarche, entreprise aux côtés d’Adil El Atrassi, président du conseil de l’arrondissement de Souissi, vient bouleverser les équilibres au sein du conseil communal. Tous deux avaient disputé les élections communales et législatives de 2021 sous les couleurs du Rassemblement National des Indépendants (RNI), avant de faire leur retour au PAM, formation qu’ils avaient quittée auparavant. «Annoncé officiellement samedi dernier à l’issue d’une réunion de concertation menée par Mehdi Bensaïd, membre de la direction collégiale du PAM, ce mouvement suscite de vives interrogations quant à l’avenir de la gouvernance locale», indique le quotidien Al Akhbar dans son édition du mercredi 2 août.
L’arrivée de Fatiha El Moudni au PAM revêt une portée symbolique et politique stratégique. Élue à la tête du conseil communal en mars 2024 pour succéder à l’ancienne maire, elle occupe une position centrale dans l’exécutif de la ville. Au-delà d’un simple parcours individuel, sa décision modifie la cartographie des forces en présence au sein d’une assemblée jusqu’alors portée par une alliance tripartite réunissant le RNI, le PAM et le Parti de l’Istiqlal. La composition du bureau dirigeant et l’esprit de consensus qui prévalaient depuis le scrutin de 2021 se trouvent désormais confrontés à une complexité accrue, posant des questions d’ordre juridique et politique sur la viabilité et la cohésion de la majorité municipale.
Ce changement d’affiliation s’inscrit dans une dynamique plus large de réorganisation partisane et de compétition électorale à l’approche des prochaines échéances législatives. Dans une circonscription aussi sensible et influente que Rabat, les formations politiques intensifient leurs efforts pour attirer les personnalités publiques bénéficiant d’un ancrage local fort. Le choix de Fatiha El Moudni et d’Adil El Atrassi intervient d’ailleurs quelques semaines seulement après que plusieurs élus du conseil de l’arrondissement de Souissi ont rompu leurs liens avec le RNI. «Cette succession de départs fragilise la position du RNI et alimente divers scénarios sur le redéploiement des alliances au sein de la capitale, où le PAM s’efforce de consolider ses positions», écrit Al Akhbar.
Pour le PAM et ses partisans, ce ralliement constitue un renforcement notable qui redéfinit le rapport de force au sein de l’assemblée communale. À l’inverse, le RNI se retrouve confronté au défi majeur de préserver la cohésion de ses élus et d’éviter un effritement progressif de son influence après avoir perdu la direction politique de la présidence du conseil. Bien que la modification de l’appartenance partisane de la maire n’entraîne pas automatiquement la chute de la coalition en place ni une révision immédiate du bureau, elle crée une nouvelle réalité politique. Cette situation est appelée à peser sur la gestion des dossiers stratégiques, l’adoption des décisions et les prises de position des différents groupes lors des prochaines sessions du conseil communal.




