À quelques semaines d’importantes échéances électorales, la scène politique marocaine assiste à une vive montée de tensions au sein même de la majorité gouvernementale. Le RNI exprime ouvertement son exaspération face à ce qu’il qualifie de guerre d’usure menée par son allié de la coalition gouvernementale, le PAM. Lors d’une réunion extraordinaire de son bureau politique, le RNI a haussé le ton après que ses dirigeants ont constaté que les tentatives de débauchage menées par le PAM touchaient désormais jusqu’aux membres de l’instance dirigeante du RNI, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce jeudi 27 août.
Cette rivalité entre les deux poids lourds de la majorité est rapidement sortie des salons pour se transformer en une confrontation ouverte, où tous les arguments politiques et médiatiques sont désormais mobilisés. La mèche est allumée par l’intensification du «nomadisme politique», marqué par le départ de plusieurs cadres et élus du RNI vers le PAM.
L’un des épisodes les plus marquants de cette guerre d’influence a été le ralliement de Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération Royale Marocaine de Football, au PAM.
Face à cette vague de polarisation à l’approche des législatives, le RNI a accusé directement son partenaire de gouvernement de recourir à des pressions et des manœuvres d’attraction ciblant ses parlementaires, ses élus locaux et ses notables régionaux afin de le fragiliser sur le territoire, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia. La tension a atteint son paroxysme avec l’annonce du départ du député Marouane Chbaatou, figure centrale du RNI dans la région de Drâa-Tafilalet, qui a officialisé son adhésion au PAM. Un coup dur pour l’appareil organisationnel du RNI, la famille Chbaatou étant l’une des familles politiques les plus influentes de la région, où le père, Saïd Chbaatou, occupait la fonction de coordinateur régional du parti.
Dans un communiqué au ton ferme, le bureau politique du RNI a dénoncé «des pratiques d’intimidations, de pressions et d’affranchissements visant à débaucher {ses} cadres», estimant que «ces agissements enfreignent les règles d’une compétition politique loyale». Pour le RNI, la répétition de ces manœuvres constitue une atteinte directe au choix démocratique et à la crédibilité de l’action politique, de nature à ébranler la confiance des citoyens envers les institutions et le processus électoral. Le parti d’obédience centriste réaffirme donc que le débat électoral devrait se concentrer sur les programmes, la confrontation des idées et le bilan des réalisations, plutôt que de se réduire à de la «transhumance politique» et au «débauchage de notables». Il a également averti qu’il se réservait «le droit de recourir à toutes les voies légales et constitutionnelles pour protéger ses structures et ses militants», lit-on encore dans Al Ahdath Al Maghribia.
Cette bataille des déclarations s’est doublée d’une guerre de fuites d’enregistrements audio, notamment de propos du président de la Chambre des représentants, Rachid Talbi Alami, responsable de premier plan du RNI. Dans un enregistrement qu’il n’a pas démenti, ses propos très incisifs traduisent l’ampleur du fossé qui sévit entre le PAM et le RNI. Il y affirme notamment que les règles du football ne sauraient s’appliquer à la vie politique et partisane, raillant toute tentative d’importer des «joueurs» politiques depuis l’extérieur. Le message visait directement Fouzi Lekjaa, ministre du Budget, accusé d’être l’architecte des opérations de transhumance ciblant le RNI.
Dans ce même enregistrement, le cadre du RNI a même menacé de provoquer un véritable blocage politique si le PAM en venait à être en tête des prochaines élections, en reléguant le RNI au second rang. Dans ses propos, Rachid Talbi Alami affirme que Fouzi Lekjaa lorgnerait la direction du ministère de l’Économie et des Finances, un but que le RNI promet de lui barrer fermement. Alors que la campagne électorale approche de son dénouement, les débauchages réussis par le PAM, estimés à plus d’une douzaine de candidats de la première importance, issus du RNI dans les différentes régions du Royaume, laissent présager une reconfiguration tendue du paysage politique national.



