Drones, satellites, cyberattaques: dans les coulisses de la phase académique de l’exercice African lion

Lors de la phase académique de l’exercice African lion.

Pas moins de 400 militaires suivent 22 cours intensifs axés sur les drones et la cyberdéfense lors de la phase académique de l’exercice African Lion qui se poursuit jusqu’au 1er mai à Agadir.

Le 25/04/2026 à 13h47

La phase académique de l’exercice African Lion se déploie à Agadir du 20 avril au 1er mai au Quartier général de la Zone sud. Environ 400 militaires de différentes nationalités participent à ce programme de formation encadré par des instructeurs de l’Armée américaine, du Corps des Marines, de l’Armée de l’air et de la Space Force, aux côtés d’autres partenaires, selon l’ambassade des États-Unis au Maroc.

«Ce programme de formation renforce non seulement la préparation face aux défis contemporains, mais contribue également à la construction de partenariats mondiaux pour promouvoir la sécurité régionale à travers l’Afrique», affirme la représentation diplomatique.

Pour les Forces armées royales (FAR), cette formation «vise à développer les compétences de commandement opérationnel, à renforcer la capacité à prendre des décisions, à améliorer le niveau de préparation opérationnelle, ainsi qu’à permettre aux participants de s’adapter aux nouveaux concepts de la guerre moderne, fondée sur la célérité d’exécution, la flexibilité du commandement et la multiplicité des domaines d’engagement».

Cette phase de formation a été conçue pour «accompagner les évolutions de l’environnement conflictuel contemporain, où les missions opérationnelles requièrent désormais des compétences élevées et une capacité à opérer dans des environnements complexes et changeants», détaillent les FAR.

Le programme se concentre donc sur «le développement des compétences en systèmes de cyberdéfense, en opérations satellitaires ainsi qu’en systèmes aériens sans équipage, avant de passer à la phase de simulation de combat, afin de renforcer l’esprit d’initiative chez ces cadres militaires en tant que maillon essentiel de la chaîne de commandement».

Cité par le defense visual information distribution service, Keefe Murtaugh, coordinateur académique de l’African Lion, cette phase académique «sert de fondation critique pour la formation et les opérations ultérieures» puisqu’elle est conçue «pour améliorer l’expertise technique, accélérer la prise de décision et renforcer l’efficacité opérationnelle dans tous les domaines. Trois éléments critiques pour réduire le cycle décisionnel dans les conflits modernes».

Les cours ciblent les militaires à tous les niveaux. Le Major Murtaugh précise que la formation sur les systèmes aériens sans équipage couvre à la fois l’exécution tactique et l’intégration opérationnelle. «Le cours d’opérateur est destiné à instruire les militaires sur la conduite des opérations de drones, l’instruction de vol basique. Le cours de planification est vraiment destiné aux sous-officiers, aux sous-officiers supérieurs et aux officiers, pour qu’ils réfléchissent à la manière d’employer les drones d’une perspective quotidienne», détaille-t-il.

Les cours avancés s’étendent à des domaines émergents, dont l’espace, la guerre électromagnétique et la cyberguerre. Le Major Murtaugh souligne que cette année propose pour la première fois un cours avancé combinant la guerre électronique et l’espace. «Les étudiants qui ont suivi le cours de base l’année dernière déterminent maintenant comment intégrer les opérations satellitaires de façon plus large, ce que nous n’avions pas fait auparavant», affirme-t-il.

Le cours de 10 jours sur les opérations dans le cyberespace souligne davantage l’accent de l’exercice sur l’innovation et l’investissement dans les capacités modernes, signale le Defense Visual Information Distribution Service.

«Aujourd’hui, nous instruisons la force partenaire marocaine sur l’introduction à la cybersécurité et comment se positionner efficacement pour la chasse aux menaces», explique le premier lieutenant Mason Elizondo de l’Armée de terre américaine, instructeur en opérations cyberespace pour l’Exercice du Lion 2026.

«Notre objectif est de former nos partenaires et de les mettre en mesure de mener leurs missions efficacement et de protéger leurs infrastructures critiques dans le cyberespace. Nous devons les accompagner et coordonner nos efforts avec les leurs pour nous assurer qu’ils définissent correctement leurs priorités et puissent mener leurs propres opérations de recherche de menaces», explique-t-il.

L’instruction se concentre sur la détection et la contre-attaque sur plusieurs plateformes. «J’enseigne aux étudiants comment traquer et détecter les mécanismes de persistance sur un réseau. Nous étudions les modes d’intrusion des attaquants et leurs techniques de maintien d’accès, que ce soit sur des systèmes Windows, Linux ou dans des environnements cloud», précise-t-il.

L’environnement multinational permet également un échange bidirectionnel de connaissances renforçant l’innovation et l’adaptabilité. «Nous ne nous contentons pas de transmettre des connaissances à ces forces; nous apprenons également beaucoup de leur part. Nous avons la chance d’interagir avec des partenaires aux profils très divers», reconnaît-il.

Précédemment contacté par Le360, Hicham Mouatadid, politologue, avait souligné que ces nouveautés allaient transformer cet exercice en «laboratoire militaire de portée continentale».

«Cette évolution s’inscrit dans une transformation plus large vers des systèmes de combat “cognitifs”, où la supériorité dépend de la capacité à orchestrer des interactions complexes entre humains et algorithmes. African Lion devient ainsi un espace d’expérimentation de cette hybridation, testant les limites de la délégation décisionnelle et les conditions de confiance entre opérateurs et systèmes automatisés», avait-il relevé.

Par Hajar Kharroubi
Le 25/04/2026 à 13h47