Action humanitaire multilatérale: à Rabat, des experts appellent à repenser un système «à bout de souffle»

Omar Hilale, ambassadeur représentant permanent du Maroc à l’ONU, intervenant au symposium sur l'action humanitaire multilatérale à Rabat le 10 juillet 2026 (Y.Mannan/Le360).

Le 10/07/2026 à 16h49

VidéoRéunis vendredi 10 juillet à Rabat à l’initiative de la Commission nationale du droit international humanitaire (CNDIH), des représentants d’organisations internationales et des diplomates ont débattu de l’avenir de l’action humanitaire multilatérale et des pistes de réforme d’un système confronté à des crises toujours plus complexes.

Le système humanitaire multilatéral est-il encore en mesure de répondre aux crises contemporaines? C’est à cette question qu’ont tenté de répondre, vendredi à Rabat, des représentants des Nations unies, du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ainsi que plusieurs diplomates et experts du droit international.

Réunis à l’initiative de la Commission nationale du droit international humanitaire (CNDIH), à l’occasion d’un symposium international placé sous le thème «L’action humanitaire multilatérale à la croisée des chemins», les participants ont dressé le constat d’un dispositif humanitaire confronté à des crises de plus en plus complexes et à des besoins en constante augmentation.

Dans une déclaration à la presse, la présidente de la Commission nationale de droit international humanitaire (CNDIH), Farida El Khamlichi, a indiqué que cette rencontre vise à identifier de nouvelles approches permettant de renforcer l’efficacité de l’action humanitaire, d’améliorer la coordination entre les différents intervenants et de consolider les mécanismes de coopération multilatérale.

Elle a également rappelé l’engagement du Maroc en faveur de l’action humanitaire internationale, notamment à travers sa participation aux opérations de maintien de la paix des Nations unies et l’assistance apportée aux populations touchées par les conflits armés, les catastrophes naturelles et les crises humanitaires.

«Le Royaume est considéré comme un acteur de référence dans la mise en œuvre des principes du droit international humanitaire et dans la promotion des valeurs de solidarité et de protection des populations civiles», a-t-elle souligné.

Intervenant à son tour, l’ambassadeur, représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, Omar Hilale, a estimé que le système humanitaire international était désormais «à bout de souffle». «Il est lui-même devenu une cible de guerre. Dans sa configuration actuelle, il n’est plus adapté aux conflits contemporains», a-t-il déclaré, rappelant que les conflits armés ont causé la mort de quelque 35.000 civils en 2025.

Au-delà des défis opérationnels, Omar Hilale a également pointé les limites du financement international de l’aide humanitaire, qu’il juge inadapté à l’ampleur des besoins. Il a ainsi plaidé pour une réforme en profondeur de la gouvernance humanitaire mondiale, fondée sur les principes d’universalité, de neutralité, de cohérence des interventions et de prévention des conflits.

Plusieurs intervenants ont, par ailleurs, dénoncé les violations du droit international humanitaire commises dans plusieurs foyers de tension, notamment à Gaza, au Liban et en Syrie, appelant à une meilleure protection des populations civiles et au respect des conventions internationales.

Le symposium s’est poursuivi autour de plusieurs tables rondes consacrées à l’évolution du système international d’aide humanitaire, au rôle des organisations internationales et des ONG, ainsi qu’aux perspectives de réforme de la gouvernance humanitaire face aux crises du 21ème siècle.

Par Mohamed Chakir Alaoui et Yassine Mannan
Le 10/07/2026 à 16h49