Reste à savoir quelle sera désormais la stratégie du président américain, qui sort affaibli du scrutin de mardi et qui laisse planer le flou sur ses intentions, entre sa volonté exprimée de mettre fin à la guerre et ses menaces d’en finir avec l’Iran.
L’opposition démocrate a infligé à Donald Trump et à son Parti républicain une déroute d’ampleur historique en reprenant le contrôle à la fois de la Chambre des représentants et du Sénat mardi.
Interrogé par le Wall Street Journal pour expliquer ces mauvais résultats, le président américain a reconnu que «l’Iran en a fait partie», pointant la hausse des prix du pétrole plutôt que la guerre elle-même.
«Je n’y pense pas. J’ai pris la bonne décision. Je le referais s’il le fallait», a-t-il ajouté.
Le vice-président JD Vance, candidat potentiel pour succéder à Donald Trump en 2028, s’est montré plus catégorique, affirmant haut et fort que «la guerre en Iran est la raison de la défaite».
Donald Trump a finalement reconnu que la guerre avec l’Iran avait largement contribué à la débâcle de son parti aux élections de mi-mandat, après les propos tenus par le vice-président JD Vance.
Interrogé par des journalistes sur les propos de JD Vance qui avait estimé que la guerre était «la raison de (la) défaite», Donald Trump a répondu, depuis le chantier de la future salle de bal de la Maison Blanche: «Je pense que c’est en grande partie vrai car cela a fait monter un peu les prix de l’essence à court terme.»
De fait, de nombreux électeurs américains interrogés par l’AFP le jour du scrutin ont cité la hausse du coût de la vie et la guerre en Iran pour expliquer leur vote, comme cette électrice de Géorgie, Gabrielle Schlueter, une retraitée de 69 ans, pour qui «le fait que nous soyons en pleine guerre n’apporte guère d’avantages».
«Fardeau politique»
«Le message des électeurs est clair: ils veulent être soulagés des coûts économiques de la guerre, et non pas davantage de guerre. La question est de savoir si Trump en prendra conscience ou s’il persévérera dans la politique même qui a contribué à cette défaite historique», juge Sina Toossi, du Centre d’études internationales à Washington.
Parlant d’un «fardeau politique» pour Donald Trump, il souligne, dans un courriel à l’AFP, que celui-ci se trouve «désormais dans une impasse». Une escalade avec l’Iran n’offre «aucune voie claire vers la victoire et risque de ruiner davantage sa présidence».
À l’étranger, ces élections ont été scrutées avec une attention inégalée pour un scrutin de mi-mandat, justement à cause du caractère imprévisible du milliardaire républicain, y compris en Iran.
«Par conscience ou à cause du coût de la vie, les Américains ont dit NON À LA GUERRE, et nous approuvons ce message», a écrit le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, sur son compte X.
Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, s’est toutefois montré plus circonspect, déclarant que ceux qui s’attendent à un changement de politique des États-Unis «se trompent lourdement», selon un communiqué publié sur son site internet.
«Coup de massue»
Les chefs de file des démocrates au Congrès, Hakeem Jeffries et Chuck Schumer, ont appelé mercredi à la fin de la guerre en Iran.
«Le peuple américain ne sait pas pour quelle raison nous nous battons en Iran. Cette guerre doit prendre fin», a affirmé M. Schumer.
Mais que fera Donald Trump?
Lire aussi : Donald Trump avertit que les États-Unis devront, «à un moment, donner un coup de massue» à l’Iran
Les électeurs américains ont établi «un lien entre la situation en Iran et leur propre situation financière, en la reliant directement à la crise du pouvoir d’achat que nous traversons», note Todd Belt, professeur à l’université George Washington.
Il reste à voir si Donald Trump va en «tenir compte et tenter de régler cette affaire au plus vite, ou s’il va au contraire s’engager à fond», dit-il à l’AFP.
Ces derniers jours, des médias ont évoqué une possible campagne militaire courte et intense dans la foulée des élections, sous l’impulsion notamment du Premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu, dont le camp est sorti victorieux des législatives israéliennes, mais sans majorité.
Le président américain avait lui-même déclaré ce week-end être prêt à donner un «coup de massue» à l’Iran, dont une île a été bombardée dans la nuit de lundi à mardi par les États-Unis.
Mais, avertit Sina Toossi, «une nouvelle escalade majeure risquerait de déclencher des représailles iraniennes dévastatrices, de nouveaux chocs pour l’économie mondiale et, potentiellement, une rébellion ouverte au sein de son propre parti».



