Abdelmajid Tebboune, Président de la République Algérienne soi-disant Démocratique –on ne rit pas– et Populaire –on se met au garde-à-vous–, a déclaré récemment que son pays produirait bientôt une voiture 100% algérienne.
C’était le 14 octobre dernier. Devant des «opérateurs économiques» –expression curieuse pour un pays où l’économie est totalement bridée par la bureaucratie–, le factotum des généraux a déclaré ceci: «Nous arriverons à une voiture algérienne d’ici la fin de 2028.» Notons d’abord l’emploi fautif du verbe «arriver» dans cette phrase. On «arrive» à une voiture? On «arrive» à un cageot de tomates, à du lait en poudre? L’homme est vraiment illettré dans les deux langues, l’arabe et le français. Mais passons.
Il ne s’agira pas d’un simple assemblage ou seulement du gonflage de pneus, a précisé monsieur T. La boîte à vitesses sera algérienne et les roues également. On entend d’ici les youyous stridents qui accompagneront en 2028 les à-coups de la boîte– tuk-tuk-tuk– et les crissements– crrrrr - crrrrr– des roues lorsque la voiture «nationale» sortira de l’usine.
Loin de moi l’idée de doucher les lubies d’un géronte qui nous annoncera bientôt une navette spatiale made in DZ, mais quelques questions se posent quand même. Pour construire une usine, il faut choisir un site et obtenir les autorisations administratives (comptez au moins 2 ans en Algérie); faire des études d’impact environnemental (OK, on peut s’en passer chez Chengriha); construire le bâtiment– il a fallu plus de 7 ans pour construire une simple mosquée à Alger… Comptons donc au moins 3 ans pour l’usine; importer et installer les équipements (robots industriels, presses, systèmes de contrôle qualité…) et les tester (au moins 1 an); recruter et former les ouvriers (au moins 1 an).
Certes, certaines de ces étapes peuvent être menées en parallèle et Alger pourra importer des ouvriers chinois au lieu de former des locaux– c’est déjà ce qui se fait pour les grands projets concoctés par la junte. Mais tout de même, il faudra au moins 5 à 6 ans pour que l’usine promise par Tebboune produise son premier tacot. Or 2028, c’est demain. Tebboune délire, comme d’habitude.
Cela dit, le vieux roué a pris la précaution d’assortir sa vaine promesse d’une condition pour le moins étonnante. Voilà, textuellement, ce qu’il a ajouté: «C’est un pari que nous réussirons, si les choses se déroulent comme nous l’avons prévu avec les Allemands et les Italiens.»
Ah, voilà donc l’astuce qui permettra, le jour venu, quand l’usine fantôme brillera par son absence, de rejeter la faute sur quelqu’un d’autre. Si on comprend bien, cette fameuse voiture 100% algérienne sera en fait 50% allemande et 50% italienne? Ce sont des ingénieurs de Stuttgart, de Munich ou de Milan qui la concevront? You-you-you…
Cette galéjade prouve que l’extravagant raïs ne comprend rien à l’économie. Une voiture conçue par des designers et des ingénieurs européens (qui sont déjà fortement concurrencés par leurs homologues chinois), assemblée dans une usine livrée sept ans trop tard, produisant juste quelques milliers de voitures pour le marché local avec des ouvriers venus d’on ne sait où, sera obsolète avant même de rouler et ne sera jamais rentable. Tout porte à croire que ledit Tebboune s’en fout. Quand la justice s’intéressera à ce n-ième fiasco, il aura 90 ans et pourra donc bafouiller qu’il ne se souvient de rien…




