La soif continue d’étouffer les Algériens: coupures d’eau à répétition et campagnes musclées de recouvrement des factures attisent la colère populaire

Un robinet.. DR

La crise de l’eau potable dans la capitale algérienne et les communes environnantes s’est aggravée ces trois derniers jours, privant des milliers de familles d’eau en pleine canicule record, avec des températures dépassant les 49 degrés. Cette situation a été exacerbée par les campagnes de recouvrement strictes lancées par la Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (SEAAL), qui est allée jusqu’à couper l’eau et à retirer les compteurs. Les usagers se retrouvent pris entre l’enclume des robinets à sec et le marteau des procédures draconiennes de paiement des factures.

Le 24/08/2026 à 13h50

Selon la presse locale, plusieurs quartiers de la banlieue Est de la capitale, Alger, sont complètement paralysés depuis samedi dernier, suite à l’annonce par la SEAAL d’une nouvelle panne technique à la station de dessalement d’eau de mer de la commune d’El Marsa.

Cette panne a provoqué de graves perturbations dans la distribution d’eau, affectant les communes de Heraoua, d’El Marsa et de Bordj El Bahri. Cette panne survient moins d’une semaine après un incident similaire qui avait paralysé la même station à la mi-août, touchant simultanément 11 communes de la wilaya d’Alger.

Cette panne sèche s’est produite alors que des rapports confirmaient la fragilité du réseau électrique alimentant les stations de pompage et son rôle direct dans l’arrêt des cycles de production et le retard du remplissage des principaux réservoirs d’eau.

C’est ainsi que les médias locaux ont attribué ces pannes récurrentes à la grande vulnérabilité du réseau électrique alimentant les stations de pompage et de dessalement. En effet, les fluctuations du courant électrique interrompent automatiquement les cycles de traitement et perturbent le remplissage des réservoirs stratégiques, transformant toute coupure de courant temporaire en une grave pénurie d’eau pouvant durer plusieurs jours.

Par ailleurs, et toujours selon la presse locale, le problème du stockage stratégique est l’une des principales lacunes de gestion qui affectent les grandes villes algériennes, y compris la capitale. La capacité limitée des grands réservoirs et l’absence de stock de sécurité pour couvrir les opérations de maintenance périodiques entraînent de graves perturbations des programmes de pompage. Cela transforme de simples pannes mécaniques en pénuries d’eau prolongées. Le système de distribution quotidienne cède la place à un système de rationnement draconien.

Ces inaugurations protocolaires qui suscitent l’indignation populaire.

Ce ne sont plus seulement les pannes fréquentes affectant la distribution de l‘eau qui alimentent le mécontentement populaire. La colère gronde désormais à chaque apparition du ministre de l’Hydraulique, Lounès Bouzegza, sur les réseaux sociaux. On l’y voit visiter des chantiers à l’arrêt et poser pour des photos montrant de nouvelles stations de dessalement, alors que l’eau qui semble y couler n’arrive jamais aux robinets des ménages, habitués au sevrage.

Cette mise en scène illustre le fossé immense entre le discours officiel et la réalité vécue sur le terrain. Dans ce contexte, les sites et réseaux numériques du ministère de l’Hydraulique regorgent de milliers de commentaires indignés qui confrontent le discours sur la «sécurité hydrique» aux dures réalités de la sécheresse.

Un commentaire particulièrement poignant, écrit par un citoyen nommé Tayeb Moussa, interpelle directement Lounès Bouzegza: «Nous habitons le quartier en face de votre ministère à Alger et subissons des coupures d’eau depuis longtemps… Nous sommes las de nous plaindre sans jamais obtenir de réponse.» Mais il semble que le ministre, pas plus que son équipe, n’ait le temps de lire les commentaires des citoyens.

Ce contraste saisissant entre les promesses officielles et la réalité de la pénurie d’eau aux abords mêmes du siège du ministère de l’Hydraulique révèle le fossé immense entre la rhétorique politique et la réalité vécue, confirmant que l’abondance de données et de déclarations ne s’est pas répercutée sur les robinets, à sec depuis plusieurs semaines.

Recouvrement brutal en pleine canicule

Face à ces graves difficultés, la direction de la SEAAL a suscité une vive indignation après avoir envoyé ses équipes sur le terrain pour procéder à des coupures d’eau et retirer les compteurs des usagers n’ayant pas payé leurs factures. Selon le journal «Akhbar Al Watan», cette mesure a suscité une vive réaction. «Comment peut-on couper l’eau là où elle est déjà coupée?», s’indignent des usagers, qui dénoncent le fait d’obliger les familles à payer des factures injustifiées, pour des compteurs qui fonctionnent avec la pression d’air emprisonné dans les canalisations à sec.

Cette situation alarmante illustre un paradoxe administratif flagrant, opposant l’entreprise à la colère grandissante de la population. Alors qu’elle déploie des efforts considérables pour recouvrer les sommes dues et brandir la menace de sanctions sous une chaleur estivale étouffante, elle demeure totalement incapable de remédier aux fuites qui polluent les rues ou de mettre fin aux pannes chroniques qui privent les citoyens de leurs droits les plus fondamentaux.

Pénuries d’eau en bouteille et paralysie du secteur pétrochimique

Les répercussions de la crise ne se limitent pas à la faillite des réseaux de distribution publics. Le marché de l’eau minérale en bouteille est lui aussi confronté à de graves pénuries et à des hausses de prix successives. Le prix d’une bouteille a bondi de 220 à près de 300 dinars (environ 12,5 dirhams marocains), et l’on craint de plus en plus que cette flambée des prix ne s’étende aux bouteilles d’huile, de boissons et de produits laitiers.

Le journaliste algérien Abdou Semmar attribue cette paralysie à l’incapacité des usines locales à se procurer les matières premières pétrochimiques nécessaires à la fabrication des bouteilles et bouchons en plastique, principalement du polyéthylène et du polypropylène.

Cette pénurie résulte de la baisse des importations via le détroit d’Ormuz et de l’augmentation du coût du transport maritime international, contraignant le Trésor public à débourser près de 2,9 milliards de dollars par an pour couvrir les besoins en ces intrants essentiels.

Semmar explique que ces difficultés d’approvisionnement révèlent un paradoxe choquant pour un pays possédant d’immenses réserves de gaz mais incapable de les transformer localement. Il impute cette crise au gel, par le régime actuel, du projet de complexe pétrochimique STEP à Arzew. Lancé en 2018 dans le cadre d’un partenariat stratégique avec la société française Total Energies, le projet visait à produire un demi-million de tonnes de polypropylène par an.

Cependant, il s’est heurté à des obstructions systématiques et à des règlements de comptes politiques, conduisant au retrait du partenaire étranger. La construction a ensuite été totalement interrompue après avoir été confiée à d’autres entreprises, laissant le marché intérieur à la merci des fluctuations des importations et de pénuries récurrentes.

Le paradoxe de l’abondance et des pénuries d’eau

Cette crise complexe place les autorités algériennes face à un dilemme politique et moral avec l’opinion publique. L’incapacité persistante à garantir l’approvisionnement en eau potable au cœur de la capitale et des grandes villes révèle que miser sur l’expansion quantitative des stations de dessalement, sans stratégie concrète de maintenance et de rénovation des réseaux de distribution vétustes, n’est qu’un palliatif temporaire et une solution de fortune, incapable de résister à la réalité.

Face à cette dure réalité, les robinets à sec témoignent chaque jour de la dilapidation des revenus tirés des hydrocarbures et de l’échec des politiques publiques, qui ont conduit aux interminables files d’attente et à la quête désespérée d’une goutte d’eau sous la chaleur étouffante de l’été, dans un pays aux ressources énergétiques colossales mais incapable d’étancher la soif de sa population.

Par Miloud Shelh
Le 24/08/2026 à 13h50