Guerre au Moyen-Orient: après la frappe meurtrière sur un mariage, Téhéran vise des bases américaines dans le Golfe

Un homme passe devant une pancarte portant un message en persan : « Ton feu restera à jamais dans nos cœurs », en référence au décès du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, sur la place Enghelab, au centre de Téhéran, le 3 août 2026. AFP or licensors

L’Iran a de nouveau visé jeudi des installations militaires américaines dans le Golfe, jurant de venger l’attaque qui a fait cinq morts lors d’un mariage mardi soir, selon un bilan révisé, et sur laquelle Washington a annoncé l’ouverture d’une enquête.

Le 04/09/2026 à 06h27

Les États-Unis, qui ne s’étaient jusque-là pas officiellement exprimés sur cette attaque, mènent «une enquête approfondie», a indiqué à la presse le vice-président américain JD Vance, tout en se disant «extrêmement sceptique».

«Je dirais que les médias d’État iraniens n’ont pas vraiment rendu compte de manière fiable de ce qui s’est passé dans ce conflit jusqu’à présent. Je suis donc extrêmement sceptique à ce sujet», a-t-il déclaré.

Après un mois d’accalmie, les affrontements entre Washington et Téhéran ont repris dimanche à l’initiative de l’armée américaine. Celle-ci a affirmé avoir frappé des lance-roquettes que l’Iran s’apprêtait, selon elle, à utiliser pour tirer des mines marines dans le détroit stratégique d’Ormuz.

Téhéran a riposté en visant des installations américaines situées chez plusieurs de ses voisins du Golfe, comme il le fait depuis le début du conflit déclenché par une offensive américano-israélienne le 28 février.

Pour autant, le vice-président américain s’est refusé à parler d’«une guerre», alors que le conflit suscite le mécontentement d’une partie des électeurs américains à l’approche des élections législatives du 3 novembre.

«Je n’appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n’y a pas d’échange de tirs», a-t-il déclaré. Une affirmation prononcée alors que l’Iran venait encore de lancer des attaques contre des installations utilisées par les forces américaines dans le Golfe.

Des vidéos largement partagées

La frappe contre le mariage, imputée par l’Iran aux États-Unis, s’est produite à Kuhestak, dans le district de Sirik, dans le sud-est du pays. Elle a également blessé près de 70 personnes.

Le bilan, initialement établi à quatre morts, est passé à cinq jeudi après le décès à l’hôpital d’une femme de 22 ans blessée dans l’attaque.

Les vidéos montrant des décorations de fête au milieu des débris, des chaussures ensanglantées et des traces de sang ont été largement partagées en Iran.

«Le sang pur de ces martyrs (...) ne restera pas impuni et sera certainement vengé», a assuré jeudi Ahmad Vahidi, le chef des Gardiens de la révolution, la puissante armée idéologique iranienne.

Selon les autorités iraniennes, au moins 19 personnes, dont sept membres des forces armées, ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi lors des bombardements menés en Iran, soit l’un des bilans les plus élevés de ces derniers mois.

L’Iran a également annoncé jeudi la mort de six membres de sa marine dans les frappes américaines, sans préciser s’ils figuraient parmi les 19 personnes tuées.

Jeudi, l’armée iranienne a notamment affirmé avoir visé les «systèmes de communication par satellite, les dépôts d’équipements et les hangars d’avions de combat de l’armée terroriste américaine» sur la base aérienne Ahmad al-Jaber, au Koweït.

Aux Émirats arabes unis, des positions abritant des forces et des systèmes radar américains auraient été prises pour cible sur la base aérienne d’Al-Minhad, selon le même communiqué militaire.

Le Koweït a dénoncé une «ignoble agression» et affirmé que ses défenses aériennes avaient intercepté des missiles et des drones iraniens. Les Émirats arabes unis n’ont pas confirmé avoir été ciblés et l’étendue d’éventuels dégâts reste inconnue.

«À tout moment»

Le même scénario se répète depuis le début de la guerre, tandis que les négociations destinées à mettre fin au conflit restent dans l’impasse.

Au cœur des affrontements se trouve le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, dont l’Iran perturbe le trafic depuis plusieurs mois.

Les États-Unis imposent en représailles un blocus naval aux ports iraniens. Jeudi, JD Vance a affirmé que le passage du pétrole et du gaz avait «presque» retrouvé ses niveaux d’avant-guerre dans le détroit.

Cette présentation est cependant contredite par les données d’entreprises indépendantes de suivi maritime. Selon des chiffres cités par l’Associated Press, seuls 102 navires ont traversé le détroit au cours de la dernière semaine examinée, contre au moins 130 par jour avant la guerre. Les exportations auraient atteint en moyenne cinq millions de barils par jour au cours des 28 derniers jours, très loin des quelque 20 millions de barils qui transitaient quotidiennement par le détroit avant le conflit.

Washington n’a pas bombardé l’Iran ces dernières heures, même si Donald Trump a averti que les États-Unis restaient prêts à frapper «à tout moment».

Alors que le président américain peine à trouver une issue à ce conflit impopulaire et coûteux, son administration mise également sur la pression économique, avec notamment l’annonce de diverses nouvelles sanctions contre les partenaires commerciaux de Téhéran.

Les cours du pétrole sont repartis à la hausse en raison du regain de violences. Jeudi, le Brent, référence mondiale, évoluait au-dessus de 95 dollars le baril, avant de franchir brièvement le seuil des 96 dollars.

Les investisseurs restent sceptiques «quant à une normalisation prochaine des flux énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz», observe Jim Reid, économiste à la Deutsche Bank.

Par Le360 (avec Agences)
Le 04/09/2026 à 06h27