Cet appel, le premier depuis la rentrée à concerner les secteurs public et privé, a vu se rallier les lycéens et étudiants, qui poursuivent leur mouvement débuté mi-septembre, les gilets jaunes, qui ont relancé les protestations contre la vie chère depuis trois samedis, mais aussi, entre autres, des agriculteurs.
«Cela va être une belle mobilisation», a anticipé Marylise Léon, secrétaire générale du syndicat modéré CFDT, évoquant des remontées du même ordre que celles «qu’on avait sur les retraites». En 2023, pendant plusieurs mois, le sujet avait rassemblé près de 1,3 million de personnes certains jours, selon les autorités.
Pour jeudi, celles-ci attendent de 500.000 à 700.000 personnes hors de Paris et de 40.000 à 80.000 personnes dans la capitale française.
Mercredi soir, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la mobilisation de 70.000 policiers et gendarmes, promettant «une réponse d’une extrême fermeté» aux éventuels «débordements».
L’ampleur du suivi de la grève dans les entreprises reste incertaine, alors que le pouvoir d’achat est en berne.
«Il faut venir nombreux manifester pour exiger la prise en compte de nos revendications», a appelé la dirigeante du syndicat contestataire CGT, Sophie Binet.
Les syndicats demandent une revalorisation du salaire minimum, une augmentation de l’ensemble des salaires, davantage de justice fiscale, une préservation des services publics et toujours de meilleures conditions d’études pour les jeunes.
Concernant le Smic, le salaire minimum, le seul en France à connaître des évolutions automatiques, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a dit mardi espérer pouvoir faire des annonces «autour du 5 novembre», sans préciser s’il s’agissait d’un coup de pouce au Smic.
«Il faut accélérer sur le Smic et lancer, dans la foulée, une négociation flash sur les salaires», a réclamé, dans Le Parisien, Frédéric Souillot, du syndicat FO, envisageant d’ores et déjà «d’autres manifestations» et une «grève reconductible».
Bras de fer sur les parcours
Entre l’envolée des prix des carburants et le projet de budget d’austérité, le pouvoir d’achat est au cœur de la grogne sociale, qui n’a cessé de prendre de l’ampleur en France depuis la fin de l’été.
Une personne sur deux déclare s’en sortir difficilement avec les ressources de son foyer, selon le baromètre publié mercredi par les organisations réunies dans le Pacte du pouvoir de vivre, dont la CFDT.
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Après des manifestations émaillées de violences et d’affrontements avec les forces de l’ordre, en particulier le 17 octobre, cette journée de mobilisation s’accompagne de protestations contre des atteintes alléguées à la liberté de manifester, face aux interdictions de défiler dans certaines parties des centres-villes, décrétées dans plusieurs villes.
À Lyon, par exemple, la préfecture, qui avait interdit la manifestation dans l’hypercentre et proposé un autre parcours en ville, a obtenu gain de cause auprès de la justice.
À Paris, la justice a validé mercredi soir un parcours alternatif proposé par les autorités, contesté par les organisateurs.
«On est dans un moment extrêmement grave avec une dérive autoritaire très dangereuse du gouvernement», a dénoncé Sophie Binet.
Des organisations, dont le Syndicat de la magistrature (SM), le Syndicat des avocats de France (Saf) et la Ligue des droits de l’homme (LDH), ont aussi dénoncé une «bascule autoritaire» et saisi le Conseil d’État.
«On sent un phénomène cumulatif: la sympathie à l’égard du mouvement des lycéens et étudiants (...) et les gens s’interrogent sur les restrictions des libertés, autour des interdictions de manifester. Cela a créé un sursaut de la part de gens qui d’habitude ne s’expriment pas trop», a observé Fabrice Fort, délégué syndical central CGT chez le constructeur automobile Renault Trucks, prévoyant une forte mobilisation.
La colère devrait continuer à s’exprimer au-delà de jeudi: la coordination des gilets jaunes appelle à un rassemblement samedi, place de la Concorde, au cœur de Paris, même s’il est interdit.
Avec des syndicats et des associations de défense du droit au logement de six autres pays européens (Italie, Portugal, Espagne, Belgique, Grèce, Royaume-Uni), elle appelle également à des «manifestations coordonnées» contre la vie chère fin novembre.



