Il paraît loin le souffle des débuts, quand Emmanuel Macron pouvait déployer tous azimuts sa politique de l’offre, encouragé par de bons résultats économiques, envisageait avec optimisme l’instauration d’un nouveau système de retraites à points ou encore suscitait une relative bienveillance de la jeunesse, lui président quadra aux abords modernes et progressistes.
«Macron assassin», «on a raison de se révolter», «le pouvoir a peur de nous»... Le mouvement de contestation des lycéens, parti d’une demande pour plus de moyens, ne cesse de s’étendre depuis une semaine, soutenu par la France insoumise (LFI, gauche radicale) et désormais par une vaste intersyndicale de l’éducation. Au grand dam de l’exécutif qui crie à la manipulation.
«Une jeunesse mobilisée est plus dangereuse qu’une bombe atomique. Ne lâchez rien!», s’écrie la cheffe des députés Insoumis, Mathilde Panot, mégaphone en main, au milieu de lycéens survoltés, dans une vidéo circulant sur X.
Au lycée Jean Macé de Vitry-sur-Seine, Mathilde Panot cite Thomas Sankara : "une jeunesse mobilisée est plus dangereuse qu'une bombe atomique". pic.twitter.com/6akLRAEHxS
— Raphael Grably (@GrablyR) October 1, 2026
Proviseurs agressés, tirs de mortiers, lycées incendiés. En un éclair, la contestation a pris un tout autre visage, avec son cortège de violences et d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants.
Vendredi, près de 400 lycées sont restés fermés. Selon le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray, «735 établissements ont été perturbés d’une manière ou d’une autre».
Les lycéens doivent être écoutés. Leurs difficultés appellent des réponses concrètes, dans leur établissement comme au niveau national.
— Édouard Geffray (@EdouardGeffray) October 2, 2026
C’est le sens du dialogue engagé dans les lycées et les académies, que je poursuis aujourd’hui avec les représentants des personnels, des… pic.twitter.com/FNhZlN01RC
Dans ce fracas d’images, de soupçons et d’accusations, Emmanuel Macron apparaît de plus en plus éloigné, même s’il continue à se montrer offensif et pugnace, en France comme à l’international.
«Le réel nous rattrape»
Depuis Madrid, il a enjoint au Rassemblement national (RN, extrême droite) de «clarifier sa ligne» après les accusations d’antisémitisme portées contre son chef Jordan Bardella et reproché aux Insoumis d’«agiter les peurs».
Avec un succès tout relatif, jusque dans son camp. «Lorsqu’on représente la France et que l’on est à l’étranger, on ne commente pas la vie politique» française, a lâché son ancien Premier ministre Édouard Philippe, candidat à sa succession.
🔴🗣️ "Lorsqu’on représente la France et qu'on est à l’étranger, on ne commente pas la vie politique intérieure" : @EPhilippe_LH, sur la réaction d'Emmanuel Macron, en déplacement en Espagne, aux accusations qui visent Jordan Bardella, #FaceÀAlbaVentura cc @VenturaAlba ⬇️ pic.twitter.com/YJcIR3ikn6
— TF1Info (@TF1Info) October 1, 2026
Une pique qui fait écho à d’autres, récurrentes dans le camp présidentiel où la rivalité entre Édouard Philippe et un autre ex-Premier ministre de la Macronie, Gabriel Attal, laisse aussi des traces dans la course à la présidentielle.
De quoi alimenter les craintes d’un scénario catastrophe alors qu’aucun des deux n’est assuré d’accéder au second tour et d’empêcher un face-à-face final entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.
Dans ce contexte déjà pesant, la bataille qui s’annonce pour faire voter un budget à l’Assemblée en l’absence de majorité prend aussi des airs funèbres. Voire d’enterrement de première classe pour le bilan économique d’Emmanuel Macron.
«Le réel nous rattrape», concède d’ailleurs le Premier ministre Sébastien Lecornu, après des records de taux d’intérêt sur la dette, en appelant à ne pas ajouter de «l’instabilité» à l’instabilité.
#gouvernement
— NEXUS France 🇫🇷 (@NEXUSfran) October 2, 2026
Sébastien Lecornu alerte sur les risques d’une crise financière, avant de proposer un budget de «redressement». Les taux d’intérêt à dix ans auxquels la France refinance sa dette sur les marchés ont dépassé, mardi, le seuil de 4,8 %, pour la première fois depuis…
Avec en toile de fond la menace d’une censure du gouvernement, deux ans après le traumatisme de la dissolution de l’Assemblée, qui a fait définitivement dérailler le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron.
Climat délétère
Emmanuel Macron qui avait promis, le soir de sa première élection en 2017, de «tout» faire pour que les Français «n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes», risque en tout cas de quitter le pouvoir sans avoir concrétisé cet engagement.
Au final, la crise des lycées installe encore davantage le mano a mano entre le RN et les Insoumis.
«Marine Le Pen tire les marrons du feu. Avec des mecs en noir qui brûlent des poubelles et tapent sur les flics, les gens ils ne disent pas ‘vive Mélenchon’», estime un cadre du bloc central.
«En agitant la jeunesse, LFI s’installe dans une forme de tango avec l’extrême droite qui écrase le centre et les modérés», renchérit un proche d’Emmanuel Macron.
De quoi alourdir un climat déjà délétère avec la multiplication des crises à l’international qui alimentent l’envolée des prix à la pompe et plombent le pouvoir d’achat des Français.




