Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, doivent participer à ce sommet entre trois puissances musulmanes sunnites engagées dans les efforts de médiation autour du conflit déclenché il y a plus de cinq mois par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran.
La réunion intervient alors que des progrès semblent se dessiner autour du détroit stratégique d’Ormuz, où la navigation demeure fortement perturbée. Aucune percée significative ne paraît toutefois se profiler en vue d’un règlement diplomatique global entre Téhéran et Washington.
L’ordre du jour du sommet n’a pas été officiellement annoncé. Des sources proches de l’armée et du gouvernement saoudiens ont néanmoins indiqué à l’AFP que les trois pays prévoyaient de signer un accord de défense mutuelle. Reuters a également confirmé cette perspective, en citant deux sources régionales directement informées.
«La question était en discussion depuis longtemps, mais les récents développements dans la région en ont accéléré le rythme», a indiqué à l’AFP la source proche de l’armée, sous couvert d’anonymat.
L’Arabie saoudite et le Pakistan sont déjà liés par un accord stratégique de défense mutuelle conclu le 17 septembre 2025, fruit d’une longue tradition de coopération militaire entre les deux pays. Son annonce avait suscité de nombreuses interrogations, Islamabad étant la seule puissance nucléaire du monde musulman. Un haut responsable saoudien avait alors affirmé que cet accord couvrait l’ensemble des moyens militaires.
En janvier, une source proche de l’armée saoudienne avait pourtant indiqué à l’AFP que la Turquie, par ailleurs membre de l’Otan, ne rejoindrait pas cette alliance, malgré les discussions évoquées à l’époque par un responsable turc. La signature annoncée vendredi marquerait donc une évolution majeure du projet de coopération sécuritaire entre les trois pays.
Shehbaz Sharif est arrivé jeudi en Arabie saoudite pour une visite qui doit durer jusqu’à samedi, tandis que Recep Tayyip Erdogan est attendu vendredi, selon la présidence turque.
Le Premier ministre pakistanais est accompagné de l’influent chef de l’armée, le maréchal Asim Munir, qui a joué un rôle majeur dans l’effort de médiation engagé par Islamabad en vue d’un règlement diplomatique entre Washington et Téhéran.
Le détroit d’Ormuz au cœur des tractations
Le Pakistan a été soutenu dans ses efforts de médiation par la Turquie, l’Arabie saoudite et l’Égypte.
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Malgré un protocole d’accord signé en juin, aucun progrès significatif n’a été constaté entre Washington et Téhéran, notamment sur le programme nucléaire iranien. Le conflit a durement touché les pays du Golfe, désorganisé les circuits maritimes et provoqué de fortes perturbations sur les marchés mondiaux de l’énergie.
Les hostilités ont repris au début du mois de juillet, même si Donald Trump a suspendu la semaine dernière les attaques américaines contre la République islamique.
Depuis, l’Iran affirme avoir convenu avec le sultanat d’Oman des coordonnées d’un nouvel itinéraire de transit pour les navires dans le détroit d’Ormuz, dont les deux pays sont riverains. Les modalités techniques et politiques de ce dispositif restaient toutefois en cours de finalisation jeudi.
Toute réouverture durable dépendra également de Washington, qui maintient un blocus contre les ports iraniens, ont averti les autorités de Téhéran.
«Cela pourrait arriver bientôt», a néanmoins assuré jeudi Donald Trump, ajoutant que les discussions sur le détroit se déroulaient «très bien».
«Je suis impliqué dans la négociation», a-t-il poursuivi, alors que Téhéran dément participer à des discussions directes avec Washington. Les autorités iraniennes assurent que les arrangements en cours sont négociés avec Oman et ne portent pas encore sur une réouverture complète du passage maritime.
Crucial pour le commerce mondial des hydrocarbures, le détroit d’Ormuz est de nouveau soumis à de fortes restrictions depuis la reprise, au début du mois de juillet, des affrontements entre l’Iran et les États-Unis. Avant la guerre, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié échangés dans le monde transitait par cette voie maritime.
Au-delà du seul transit maritime, la diplomatie pakistanaise a dit jeudi espérer que l’accord sur Ormuz «ouvrira la voie à la poursuite du dialogue, et en particulier à la reprise des discussions techniques entre l’Iran et les États-Unis».
Le front yéménite se rallume
Nouveau signe des répercussions régionales du conflit, le sommet de Jeddah se tient au lendemain d’attaques menées par les rebelles yéménites houthis contre l’Arabie saoudite.
Les autorités saoudiennes ont fait état de 11 civils blessés, dont un enfant de quatre ans, dans la région méridionale de Najran. Il s’agit du bilan le plus lourd provoqué par une attaque houthie sur le territoire saoudien depuis plus de quatre ans.
Malgré une trêve en vigueur depuis 2022, le conflit opposant depuis 2014 les Houthis, soutenus par Téhéran, au gouvernement yéménite appuyé par l’Arabie saoudite a repris le mois dernier, sur fond de guerre entre l’Iran et les États-Unis.
Les rebelles ont depuis annoncé un blocus visant les navires saoudiens, faisant peser une nouvelle menace sur le transit maritime en mer Rouge, devenu d’autant plus stratégique que la circulation reste perturbée dans le détroit d’Ormuz.
Jeudi, au moins 58 soldats de l’armée yéménite ont été tués dans des attaques de missiles et de drones contre des positions gouvernementales dans les provinces de Marib et de Hadramout, selon une source militaire interrogée par l’AFP. Il s’agit de l’une des journées les plus meurtrières au Yémen depuis la trêve de 2022.



