Pakistan: un attentat-suicide contre un poste de police fait au moins 12 morts dans le nord-ouest

Des habitants se rassemblent sur les décombres du poste de police endommagé après un attentat à la voiture piégée à Bannu, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, au Pakistan. (PHOTO: Reuters)

Des militants extrémistes ont fait exploser une voiture piégée contre un poste de contrôle dans le nord-ouest du Pakistan avant d’ouvrir le feu sur les forces de l’ordre, faisant au moins 12 morts et plusieurs blessés, dans l’une des attaques les plus meurtrières de ces dernières semaines dans une région déjà minée par une violence persistante.

Le 10/05/2026 à 06h29

L’assaut a visé Bannu, dans la province pakistanaise du Khyber Pakhtunkhwa, près de la frontière afghane, une zone devenue l’un des foyers les plus instables du pays.

Samedi, «dans le quartier de Fateh Khel à Bannu, un kamikaze a foncé avec un véhicule piégé sur un poste de contrôle de la police, après quoi plusieurs activistes ont fait irruption dans le poste», a déclaré à l’AFP Muhammad Sajjad Khan, un responsable de la police de la ville de Bannu, en précisant que la mort de 12 agents avait été confirmée et qu’un autre était porté disparu. Les corps de 12 policiers ont été extraits des décombres du poste, tandis que trois autres agents ont été retrouvés vivants et transportés à l’hôpital.

L’attaque a été d’une violence telle que le poste de police a été presque entièrement réduit à l’état de ruines. Reuters décrit un site jonché de briques, de carcasses calcinées et de véhicules déformés, tandis que des ambulances des services de secours et des hôpitaux civils ont convergé vers la zone.

Les autorités locales ont également décrété l’état d’urgence dans les hôpitaux publics de Bannu pour faire face à l’afflux de victimes.

Selon un responsable de police cité par Reuters, les assaillants ne se sont pas contentés de l’explosion initiale. Après avoir lancé leur véhicule bourré d’explosifs contre le poste, ils ont pénétré dans l’enceinte et ont tiré sur les policiers encore en vie.

«D’autres membres des forces de l’ordre ont été envoyés en renfort, mais les terroristes leur ont tendu une embuscade et ont causé de nouvelles pertes», a indiqué ce responsable. Des sources policières ont aussi affirmé que des drones avaient été utilisés pendant l’attaque, signe d’une sophistication croissante des modes opératoires des groupes armés dans la région.

Une région sous pression

Bannu se trouve dans une province frontalière de l’Afghanistan, où les attaques contre les forces pakistanaises se sont multipliées ces dernières années. L’Associated Press rappelle que cette zone est régulièrement frappée par des attentats attribués aux talibans pakistanais, les Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), ainsi qu’à d’autres groupes alliés.

AP notait, dans les premières heures qui ont suivi l’attentat, qu’aucune revendication immédiate n’avait été formulée, tout en soulignant que les soupçons se portaient naturellement vers le TTP, compte tenu de ses précédents dans la région. Reuters a ensuite rapporté qu’une alliance militante appelée Ittehad-ul-Mujahideen avait revendiqué l’opération.

Le Pakistan accuse de longue date Kaboul d’abriter sur son sol des militants responsables d’attaques transfrontalières, accusation rejetée par les talibans afghans, qui soutiennent que la violence au Pakistan relève d’un problème intérieur.

Reuters souligne que l’attentat de Bannu intervient dans un climat encore lourd après les combats les plus intenses depuis des années entre le Pakistan et l’Afghanistan en février, quand Islamabad avait mené des frappes aériennes en territoire afghan contre ce qu’il présentait comme des repaires militants. Depuis, les affrontements ont diminué, sans qu’aucun véritable cessez-le-feu n’ait été conclu.

Une campagne de violence persistante

L’attaque de Bannu s’inscrit dans une séquence plus large de violences. Le nord-ouest du Pakistan a déjà été frappé à plusieurs reprises ces derniers mois par des attentats contre des postes de police, des bases militaires ou des convois sécuritaires.

AP relève que la poussée des violences militantes s’est poursuivie à un rythme élevé ces dernières années, en particulier depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en 2021, un tournant que les autorités pakistanaises considèrent comme ayant redonné de l’espace et de l’élan aux groupes armés opérant le long de la frontière.

Au-delà du bilan humain, l’attaque de Bannu illustre donc l’usure d’un appareil sécuritaire obligé de défendre des positions de plus en plus exposées dans une région où les assaillants combinent attentats-suicides, embuscades, tirs nourris et désormais usage de drones.

Elle rappelle aussi que, malgré les opérations militaires répétées et les discours officiels sur la lutte antiterroriste, le Pakistan reste confronté à une menace enracinée, capable de frapper durement ses forces de sécurité et de raviver, à chaque nouvelle attaque, le spectre d’une déstabilisation plus large du nord-ouest du pays.

Par Le360 (avec Agences)
Le 10/05/2026 à 06h29