Urbanisation et agriculture: quand le béton grignote la productivité des terres

Les terres soulaliyates sont une mine d'or.

Terres agricoles. . DR

Revue de presseUne étude portant sur les trois dernières décennies révèle l’impact structurel de l’étalement urbain sur les performances agricoles marocaines. Un signal fort, qui invite à repenser d’urgence l’aménagement du territoire et la protection du foncier nourricier au-delà du seul défi climatique. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Éco.

Le 20/09/2026 à 19h00

Au-delà des habituelles questions liées au stress hydrique et aux aléas climatiques, la performance agricole marocaine se joue de manière tout aussi décisive dans la gestion et l’usage du sol. Une étude approfondie menée par des chercheurs de l’Université Mohammed VI Polytechnique, s’appuyant sur l’exploitation minutieuse de données nationales couvrant trois décennies entre 1991 et 2021, révèle une forte association à long terme entre l’expansion urbaine et le recul de la productivité du secteur. Ce constat invite les décideurs à replacer d’urgence la protection du foncier agricole au centre des politiques d’aménagement du territoire, rapporte Les Inspirations Éco.

Dans un pays où les difficultés du monde paysan sont traditionnellement attribuées à la sécheresse ou aux fluctuations de la pluviométrie, ce travail de recherche déplace habilement le regard. En combinant l’analyse des facteurs climatiques, technologiques et socio-économiques à l’aide d’une méthode économétrique de type ARDL, les auteurs ont cherché à distinguer les chocs conjoncturels des tendances structurelles lourdes. La productivité a ainsi été mesurée à l’aune de l’indice de production végétale de la Banque mondiale, mis en regard avec la part de la population urbaine, le taux de pénétration d’Internet comme proxy technologique, ainsi que les moyennes annuelles des températures et des précipitations.

Le résultat le plus marquant de cette radiographie trentenaire concerne l’emprise du béton sur les terres nourricières. Le modèle indique qu’à long terme, une hausse de un pour cent du taux d’urbanisation est associée à une baisse de 5,53 pour cent de l’indice de production agricole, un signal robuste qui résiste aux différents tests statistiques. Derrière cette élasticité se cache une réalité bien tangible : l’étalement urbain grignote et fragmente les surfaces cultivables, intensifie la compétition pour l’accès à l’eau, absorbe une partie de la main-d’œuvre rurale et redessine en profondeur l’économie des territoires périphériques, lit-on dans Les Inspirations Éco.

Alors même que cette étude rappelle qu’il s’agit d’une relation structurelle macroéconomique et non d’une causalité mécanique instantanée, elle souligne aussi l’urgence d’arbitrages rigoureux dans des zones où l’habitat, les infrastructures et l’industrie se disputent âprement un espace limité. Inversement, l’analyse révèle des nuances inattendues concernant les facteurs climatiques et numériques. À long terme, ni les températures ni la pluviométrie moyenne ne ressortent comme statistiquement significatives dans le modèle principal, une apparente contradiction que les chercheurs attribuent au lissage des données annuelles qui atténue l’impact dévastateur des sécheresses extrêmes et des ruptures saisonnières. De même, si le numérique offre un léger coup de pouce à court terme en facilitant l’accès à l’information, l’utilisation d’Internet ne suffit pas à transformer durablement la productivité en l’absence de technologies agricoles avancées et ciblées.

Au final, tout en reconnaissant les limites d’une approche macroéconomique qui ne capture pas les disparités régionales, cette contribution scientifique livre un message clair. La sécurité alimentaire et la vitalité agricole du Royaume ne dépendent pas seulement des réserves dans les barrages ou des efforts consentis au cœur des exploitations. Elles se dessinent tout autant dans les documents d’urbanisme, les plans de zonage et la volonté politique de préserver le capital foncier face à la pression irrésistible de la ville.

Par La Rédaction
Le 20/09/2026 à 19h00