La hausse brutale des prix de la tomate sur les marchés marocains suscite une vive inquiétude chez les consommateurs et met sous tension l’ensemble de la filière. En l’espace de quelques jours, le kilogramme a grimpé jusqu’à 12 dirhams, contre environ 5 dirhams durant le mois de Ramadan, alimentant un sentiment de ras-le-bol face au renchérissement continu des produits de première nécessité. Pour tenter d’endiguer cette envolée, les autorités ont décidé de suspendre temporairement les exportations de certains segments, notamment les tomates fraîches, vers certains marchés africains, une mesure qui divise et provoque de fortes réactions chez les professionnels du secteur.
Selon Omar Kardaâ, vice-président de l’Association des fruits et légumes de Souk El Had à Agadir, cette flambée s’explique principalement par un déséquilibre entre l’offre et la demande. La région de Souss-Massa, principal bassin de production national, peine à répondre à une demande croissante, accentuée par la hausse des coûts de transport liée à l’augmentation des prix des carburants. Résultat: une pression accrue sur les producteurs et une répercussion directe sur les prix à la consommation.
D’autres facteurs conjoncturels aggravent la situation. Mohamed Raiss, commerçant à Souk El Had, pointe du doigt les dégâts causés par de violentes rafales de vent dans la province de Chtouka Aït Baha, qui ont fortement endommagé les cultures sous serre. Ces pertes ont réduit les volumes disponibles sur le marché, faisant grimper le prix de la caisse de tomates à plus de 300 dirhams, contraignant les détaillants à revoir leurs tarifs à la hausse. Une situation qui a entraîné un ralentissement notable de l’activité commerciale, les consommateurs se faisant plus rares face à des prix jugés excessifs.
Sur le front des exportations, la décision de suspension prise par l’Établissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (EACCE) ne passe pas auprès des opérateurs. Mohamed Zmerani, président de l’Association marocaine des producteurs et exportateurs vers l’Afrique et l’international, dénonce une mesure «unilatérale et verbale», prise sans concertation préalable avec les professionnels. Il souligne que cette décision soudaine a désorganisé les circuits logistiques, alors que plusieurs cargaisons étaient déjà en route vers des pays importateurs, occasionnant d’importantes pertes financières et des tensions contractuelles.
Face à cette situation, les professionnels réclament l’ouverture d’un dialogue urgent avec les autorités et n’excluent pas des actions de protestation pour faire entendre leur voix. Ils appellent notamment le ministère de l’Agriculture et les autorités locales à intervenir pour trouver des solutions équilibrées, conciliant les impératifs du marché intérieur et les engagements à l’export.




