Terminal gazier de Nador: un retard qui interroge, le dossier renvoyé au prochain gouvernement

Le complexe portuaire Nador West Med, appelé à accueillir le terminal GNL.

Six mois après la suspension de l’appel d’offres, le terminal GNL de Nador West Med n’est toujours pas relancé. Le projet accuse un retard, sans pour autant être abandonné. En cours de recalibrage, le dossier devrait être transmis au prochain gouvernement, auquel reviendra sa concrétisation.

Le 30/08/2026 à 13h57

Les rumeurs ayant accompagné la baisse récente des flux de gaz vers le Maroc via l’Espagne, intervenue dans le contexte de la crise migratoire de Sebta, ont remis en lumière une vulnérabilité structurelle du dispositif d’approvisionnement du Royaume. Si aucun lien n’a été établi entre les deux événements et si Madrid a démenti toute volonté d’utiliser le gaz comme moyen de pression, la dépendance du Maroc à des infrastructures situées en Espagne pose, à plus long terme, la question de sa souveraineté énergétique.

Dans ce contexte, le projet de terminal GNL et d’unité FSRU de Nador West Med conserve toute son importance stratégique. Mais six mois après la suspension, en février dernier, de l’appel d’offres relatif au projet, où en est réellement le dossier?

«Le dossier avance et fait actuellement l’objet d’un recalibrage. L’appel d’offres est en train d’être modifié, le travail se poursuit», indique une source au sein du ministère de la Transition énergétique et du Développement durable.

Cette mise au point intervient alors que la suspension de la procédure, annoncée le 3 février 2026, avait suscité de nombreuses interrogations sur l’avenir de cette infrastructure. Le ministère avait alors justifié sa décision par l’apparition de «nouveaux paramètres et hypothèses» liés au projet, sans apporter davantage de précisions sur leur nature.

Le processus n’est donc pas abandonné. Il fait actuellement l’objet d’ajustements destinés à tenir compte de nouveaux paramètres avant la relance de la procédure.

Selon la même source, ce type de révision n’a rien d’exceptionnel pour une infrastructure de cette ampleur. «Ce sont des choses classiques qui arrivent pour des projets aussi gros, avec parfois besoin d’un recalibrage», explique-t-elle.

L’objectif est de revoir les différentes composantes du dossier afin de disposer d’un montage adapté aux nouvelles hypothèses retenues et de garantir la viabilité du projet sur le long terme.

À trois semaines des élections législatives, le dossier est appelé à être transmis à la future équipe gouvernementale, qui devra prendre le relais et mettre à exécution le projet. «Il appartiendra au prochain gouvernement de concrétiser le projet», précise la même source, tout en soulignant que les réunions se poursuivent et que l’infrastructure demeure inscrite dans la feuille de route énergétique du Royaume.

Le port de Nador West Med doit constituer la première véritable porte d’entrée maritime du gaz naturel liquéfié au Maroc. Le schéma initial prévoit notamment un terminal méthanier équipé d’une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU), ainsi qu’un réseau de gazoducs reliant le port au Gazoduc Maghreb-Europe (GME), puis le GME aux principales zones industrielles et énergétiques du Royaume.

L’appel à concurrence lancé en décembre 2025 portait précisément sur le développement du terminal GNL et des infrastructures nécessaires à son raccordement au GME et aux zones industrielles de Kénitra et de Mohammedia. Le projet représente un investissement de l’ordre d’un milliard de dollars pour cette première phase.

Sa dimension stratégique avait été clairement soulignée lors de la réunion de travail présidée par le roi Mohammed VI, le 17 janvier 2026, consacrée au complexe portuaire et industriel de Nador West Med. Le hub énergétique du port devait notamment accueillir le premier terminal GNL du Royaume, avec une capacité annoncée de 5 milliards de mètres cubes par an.

La suspension de l’appel d’offres était intervenue quelques jours seulement après cette réunion, ce qui avait contribué à alimenter les interrogations sur l’avenir du projet.

L’enjeu dépasse toutefois la seule construction d’un terminal à Nador. Il touche à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement gazière du Royaume.

Aujourd’hui, le Maroc achète du GNL sur les marchés internationaux, notamment auprès des États-Unis et du Pérou. Mais ce gaz doit être réceptionné et regazéifié dans des terminaux espagnols avant d’être acheminé vers le Royaume via le GME, jusqu’aux centrales à gaz de Tahaddart, près de Tanger, et d’Aïn Beni Mathar, près de Jerada.

Cette configuration signifie qu’une partie de la chaîne logistique demeure dépendante d’infrastructures situées hors du territoire national.

Il convient toutefois de distinguer cette vulnérabilité structurelle de l’évolution récente des volumes importés. Comme nous le rapportions dans un précédent article, la baisse observée ces derniers jours n’a pas été provoquée par la crise migratoire de Sebta. Elle s’explique principalement par le recul de la demande d’électricité après la pointe estivale.

La demande électrique est ainsi passée d’environ 8.400 MW au début du mois de juillet à quelque 7.400 MW vers la fin août, soit près de 1.000 MW de moins. La baisse de l’activité des centrales à gaz a mécaniquement réduit leurs besoins en combustible. Aucune restriction du côté espagnol n’avait alors été signalée.

La crise de Sebta n’a donc pas débouché sur une crise énergétique entre Rabat et Madrid. Elle a néanmoins ravivé une question de fond: jusqu’où le Maroc peut-il s’appuyer sur des infrastructures étrangères pour sécuriser son approvisionnement gazier?

Cette interrogation intervient alors que la demande marocaine en gaz naturel devrait progresser dans les prochaines années.

Le développement industriel, la conversion de certaines capacités de production électrique et l’évolution du mix énergétique sont susceptibles d’accroître les besoins en gaz. Parallèlement, le Royaume cherche à réduire progressivement sa dépendance au charbon et à accélérer le développement des énergies renouvelables.

Dans cette équation, le gaz est appelé à jouer un rôle de transition et de flexibilité, notamment pour accompagner l’intégration croissante des énergies renouvelables dans le système électrique.

Le terminal de Nador West Med répond précisément à cette ambition. Il doit permettre au Maroc d’importer directement du GNL depuis les marchés internationaux, de le stocker et de le regazéifier sur son propre territoire, avant de l’injecter dans le réseau national.

Trois impératifs se retrouvent ainsi derrière le projet: répondre à l’augmentation des besoins en gaz, accompagner l’évolution du mix énergétique et réduire la dépendance à des infrastructures situées à l’étranger.

C’est précisément ce qui rend la suspension de février particulièrement intrigante. Alors que le projet est présenté comme stratégique et que son principe demeure maintenu, les raisons précises ayant conduit à suspendre la procédure restent, plusieurs mois après, encore peu explicitées.

C’est cette zone d’ombre qui continue de nourrir les interrogations autour du calendrier et du nouveau montage du projet.

Pour autant, le caractère stratégique de l’infrastructure ne semble pas remis en cause. «Le projet revêt un caractère stratégique, il doit être réalisé», insiste la même source.

Par Wadie El Mouden
Le 30/08/2026 à 13h57