Guerre d’information contre le Maroc: décryptage d’une stratégie de désinformation par fausses fuites sécuritaires

Le nouveau siège de la DGSN. (K.Sabbar/Le360)

Revue de presseSelon une analyse du quotidien Assabah, reprise des travaux de l’experte américaine Irina Tsukerman, les récentes attaques visant la sécurité nationale marocaine reposent sur une stratégie hybride. En mêlant données réelles et faux documents, cette campagne d’intoxication cherche à déstabiliser l’appareil sécuritaire pour des visées géopolitiques régionales. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 28/08/2026 à 20h32

Les récentes campagnes de désinformation ciblant l’appareil sécuritaire marocain illustrent une stratégie sophistiquée basée sur la manipulation de données réelles associées à des éléments fabriqués de toutes pièces. Les autorités sécuritaires marocaines, notamment le pôle regroupant la Direction générale de la sûreté nationale et la Direction générale de la surveillance du territoire, ont catégoriquement démenti les allégations diffusées par certains canaux, lesquelles prétendaient l’existence de fuites massives et de piratages informatiques ayant compromis leurs bases de données internes. La vérification technique et l’examen approfondi de ces documents ont révélé des erreurs visuelles grossières, des fautes linguistiques flagrantes, ainsi que l’utilisation de grades, de tenues et de structures administratives inexistants au sein des services de sécurité du Royaume. De plus, les listes présentées incluaient des personnes décédées, des retraités ou des employés d’organismes d’assurance maladie et de prévoyance sociale totalement étrangers aux services de renseignement, rapporte le quotidien Assabah dans son édition du week-end du 29 et 30 août.

Dans un entretien accordé au quotidien, Irina Tsukerman, analyste américaine spécialisée en sécurité nationale et en guerre de l’information, explique que cette manipulation répond aux codes classiques des opérations d’influence modernes. «L’Algérie est le principal bénéficiaire de ces opérations de fuites truquées et d’images falsifiées». L’experte américaine souligne que «la fuite criminelle reflète habituellement la structure des données volées, quelle que soit leur nature désordonnée. En revanche, si des registres réels ont été réorganisés pour servir une narration spécifique, puis complétés par des visuels factices et des discours géopolitiques cohérents, cela indique une action structurée menée après l’obtention des données». Elle s’interroge ainsi sur la véritable finalité de ces actions, précisant que «la question fondamentale est de savoir si l’objectif est simplement de vendre des informations ou de chercher à altérer l’image du Maroc».

L’analyste fait également remarquer la concomitance temporelle de ces campagnes de déstabilisation avec les succès diplomatiques et sécuritaires engrangés par le Royaume. Irina Tsukerman observe que «les opérations de publication ont coïncidé à plusieurs reprises avec des tensions maroco-algériennes, des évolutions liées au Sahara marocain, des démarches du Maroc en Afrique, ou encore le renforcement de la coopération sécuritaire avec l’Europe, les relations avec Israël, ainsi que les partenariats stratégiques dans la lutte contre le terrorisme». Le développement de l’expertise marocaine, reconnu par de grandes puissances et des organisations internationales comme Interpol, semble susciter une réaction de déni de la part des services adverses. La reconnaissance explicite par les États-Unis de l’efficacité sécuritaire du Maroc et de sa capacité à contribuer à la stabilité régionale pousse certains acteurs à tenter de saper cette crédibilité par la diffusion de documents altérés, écrit Assabah.

D’un point de vue méthodologique, Irina Tsukerman décortique le mode opératoire utilisé dans cette affaire. Dans le domaine de la guerre d’information, la combinaison de données d’identification réelles et de documents falsifiés constitue une technique d’influence particulièrement perverse. Lorsque des contenus diffusés mélangent des informations d’état civil authentiques de citoyens avec des visuels retouchés ou des faux titres administratifs, l’intention est de créer une illusion de véracité. Pour prétendre avoir démasqué des dizaines de milliers d’agents secrets, il ne suffit pas d’aligner des séries de chiffres ou des listes statistiques. Un tel chiffre, sorti de son contexte, s’apparente à une construction spéculative visant à suggérer un piratage d’une ampleur systémique pour faire croire que l’adversaire a réussi à cartographier l’ensemble d’un appareil de renseignement.

Lorsqu’un journaliste ou un citoyen examine ces éléments et constate que certains noms existent bel et bien dans la réalité, sa vigilance s’amenuise et il tend à accorder du crédit à l’ensemble du dossier, y compris aux fausses accusations qui y sont jointes. Irina Tsukerman rappelle que pour établir la réalité d’un réseau d’espionnage, il est impératif d’apporter des preuves concrètes sur l’origine des registres, de démontrer l’extraction effective depuis des serveurs de sécurité et de vérifier l’adéquation exacte des fonctions attribuées. En l’occurrence, le simple fait d’associer des identités civiles issues de bases de données privées à de fausses attributions militaires ou policières relève d’une tentative de manipulation évidente, lit-on dans Assabah.

Cette technique hybride, consistant à assembler du vrai et du faux, rend la réfutation complexe pour le grand public mais n’en demeure pas moins fragile face à une expertise rigoureuse. Irina Tsukerman note que «ce mélange entre le vrai et le faux rend la réfutation difficile. L’ensemble de la narrative peut s’effondrer dès lors qu’il est prouvé que les visuels et les documents sont falsifiés. Cependant, la nature hybride de ces éléments leur donne une capacité de résistance temporaire. Lorsque les propagateurs de ces fuites associent un nom réel à un titre sécuritaire fictif, ils s’appuient sur des données fonctionnelles exactes pour induire en erreur et faire croire à la véracité d’autres affirmations totalement infondées».

Les répercussions de ces manœuvres dépassent la simple guerre des mots et comportent des risques réels pour les personnes dont les données ont été détournées. Irina Tsukerman met en garde contre les dommages collatéraux induits par ces publications. Si la thèse d’un piratage des services de renseignement est techniquement fausse, la fuite d’informations personnelles provenant de sociétés d’assurance ou d’organismes sociaux expose des fonctionnaires civils, des policiers ou de simples citoyens à des menaces bien réelles. En les désignant faussement comme des agents secrets ou des espions, ces campagnes d’intoxication ouvrent la voie au harcèlement, au vol d’identité, à l’ingénierie sociale et à une surveillance malveillante. Ces méthodes irresponsables mettent en danger des individus et leurs familles sur la base de fabrications grossières. Il convient donc de traiter ces divulgations pour ce qu’elles sont, à savoir des violations de données personnelles instrumentalisées, et non comme des révélations sécuritaires. En fin de compte, si des données réelles issues d’assurances ou d’institutions sociales ont été réemployées avec des insignes sécuritaires contrefaits, nous sommes face à un procédé classique de désinformation où la matière réelle est détournée de sa vérité pour alimenter un récit politique préconçu.

Par La Rédaction
Le 28/08/2026 à 20h32