L’impact financier du dérèglement climatique et des nouvelles réglementations environnementales n’est plus une simple perspective théorique, mais une réalité quantifiable qui commence à secouer les bilans bancaires. Une étude de la Banque de France, publiée le 29 avril 2026, a récemment permis de révéler «la vulnérabilité des institutions financières européennes face à une succession d’événements climatiques extrêmes», rapporte le magazine Finances News Hebdo. Selon ce rapport, qui a circulé de manière informelle dans la sphère financière marocaine, «des vagues de chaleur, sécheresses et inondations majeures prévues entre 2026 et 2027 pourraient entraîner des pertes colossales de 196 milliards d’euros pour les banques, assureurs et gestionnaires d’actifs français, ce qui représente une dépréciation de 4% de leurs portefeuilles».
Ces projections ont été corroborées au niveau régional par l’Organisation météorologique mondiale (WMO) dans sa mise à jour climatique décennale 2026-2035 publiée le 28 mai 2026, consacrant un volet alarmant à l’Afrique du Nord, relaie Finances News Hebdo, qui publie une contribution de Mohamed Boiti, docteur ès Sciences de gestion, consultant en transition énergétique et auteur d’un mémorandum stratégique sur le sujet, qui estime que «cette situation interpelle directement le Maroc», et que «cette étude mérite d’être lue à Casablanca autrement qu’avec un sentiment de distance confortable», écrivant que «ce que la Banque de France quantifie pour le système financier français, le secteur bancaire marocain est en train de le vivre sous une forme différente, moins spectaculaire en apparence, mais tout aussi structurelle, à travers le risque lié au Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne».
Le MACF, souvent désigné sous son acronyme anglais CBAM, est entré dans son régime définitif en janvier 2026, imposant désormais une contrainte opérationnelle stricte aux industries exportatrices marocaines telles que le ciment, l’acier, l’aluminium et les engrais, indique le magazine. Dans son analyse, Mohamed Boiti met en évidence «un angle mort majeur dans l’évaluation de cette politique: ses répercussions directes sur le système bancaire qui soutient ces industries». À la fin de l’année 2024, l’encours du crédit bancaire marocain dépassait les 1.166 milliards de dirhams, et une part significative de ces financements est concentrée sur les grands champions industriels exposés à cette taxe carbone européenne, au premier rang desquels figure le groupe OCP, aux côtés des cimentiers et des sidérurgistes, relaie Finances News Hebdo.
Selon Mohamed Boiti, «si ces entreprises voient leur compétitivité dégradée par des surcoûts carbone non maîtrisés, leur capacité de remboursement se détériore, leurs besoins de refinancement augmentent, et le risque de crédit des banques qui les accompagnent monte mécaniquement, sans que la moindre ligne de bilan ne l’ait encore enregistré». Or, l’échéance critique approche à grands pas, la première déclaration officielle du mécanisme portant sur les émissions de l’année 2026 devant être déposée le 30 septembre 2027. En conséquence, une impréparation pourrait «s’avérer extrêmement lourde pour le tissu économique national», avertit l’expert, qui prévient aussi du fait que «les entreprises marocaines qui arriveront à cette échéance sans facteurs d’émission certifiés se verront appliquer les valeurs par défaut européennes», qu’il qualifie de «punitives par construction, provoquant un surcoût estimé entre 20% et 30% sur leurs exportations vers l’Union européenne». Du point de vue des institutions financières, Mohamed Boiti souligne que, pour leurs banques, «ce surcoût se traduit en dégradation du profil de risque du débiteur».
Ce constat contraint donc «les autorités de régulation à commencer à réagir», indique le magazine, précisant que «Bank Al-Maghrib a mis en place la directive n°2/W/2025, exigeant des établissements bancaires un cadre strict de collecte et de reporting sur les risques financiers liés au changement climatique dans leurs relations avec les grands emprunteurs». Bien qu’il salue cette initiative comme «un pas réel», Mohamed Boiti émet des critiques sur «un problème de calendrier qui pourrait fragiliser l’efficacité de la mesure». Les dispositions de cette directive prévoient en effet des délais de mise en conformité de 24 à 48 mois, ce qui crée une asymétrie temporelle par rapport à l’immédiateté de la taxe européenne, précise Finances News Hebdo. Et selon Mohamed Boiti, «ce calendrier réglementaire, raisonnable dans une logique de transition ordonnée, crée un décalage préoccupant avec l’urgence du mécanisme européen, puisque la contrainte industrielle frappe dès 2026-2027, tandis que les banques disposent encore de délais allant jusqu’à 2027-2029». De fait, l’expert craint que «la photographie du risque ne soit prise qu’après que l’accident aura eu lieu».
Pour éviter un tel scénario, il appelle à «une action immédiate et proactive des institutions financières marocaines», estimant que «le risque réglementaire européen offre l’avantage d’être parfaitement quantifiable par rapport aux aléas physiques de la météo». Mohamed Boiti affirme que «le risque lié au mécanisme carbone est, contrairement aux risques physiques climatiques, parfaitement identifiable et mesurable dans les portefeuilles de crédit, puisque pour les secteurs concernés, les facteurs d’émission et les surcoûts potentiels par débiteur sont connus».




