SITeau: Houria Tazi Sadeq prône une gouvernance mondiale plus intégrée de l’eau

Houria Tazi Sadeq, Présidente de la Coalition des acteurs publics et privés de l’eau et de l’assainissement au Maroc (COALMA). (A.Gadrouz/Le360)

Le 14/05/2026 à 20h40

VidéoLa 9ème édition du Salon international des technologies de l’eau, de l’assainissement et de l’énergie (SITeau) s’est ouverte, mercredi 13 mai à Marrakech, dans un contexte marqué par l’intensification des défis liés à la sécurité hydrique, à la résilience climatique et à la transformation durable des territoires. L’événement réunit plusieurs acteurs autour des nouvelles approches de gouvernance de l’eau et des ressources stratégiques.

Organisé par la Coalition des acteurs publics et privés de l’eau et de l’assainissement au Maroc (COALMA), la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), l’Université Cadi Ayyad (UCA) de Marrakech ainsi que plusieurs partenaires institutionnels et médiatiques, le salon accueille également le Conseil mondial de l’eau.

Cette édition intervient dans un moment où les questions hydriques occupent une place centrale dans les politiques publiques marocaines. Les épisodes de sécheresse, la pression démographique, l’évolution des besoins agricoles et industriels ainsi que les transformations climatiques accélèrent la nécessité d’une gestion plus intégrée des ressources. Le SITeau s’impose ainsi comme un espace de réflexion sur les réponses techniques, économiques et institutionnelles à ces nouveaux équilibres.

Le programme scientifique du salon s’articule autour du thème du nexus eau-énergie-agriculture-santé, approche qui vise à intégrer plusieurs secteurs interdépendants dans une même logique de gouvernance durable. Une rencontre intergénérationnelle baptisée «Intergenerational 4 Water» a notamment été organisée afin de favoriser le dialogue entre experts et jeunes générations autour des enjeux du développement durable appliqués au cas marocain.

Cette orientation traduit une évolution progressive des débats liés à l’eau. Longtemps traitée comme une question purement technique, la gestion hydrique est désormais abordée comme un sujet transversal impliquant la sécurité alimentaire, les politiques énergétiques, les équilibres sanitaires et la stabilité économique des territoires. Le concept de nexus, largement évoqué durant les échanges, cherche précisément à dépasser les approches sectorielles traditionnelles.

Présidente de la Coalition des acteurs publics et privés de l’eau et de l’assainissement au Maroc (COALMA), Houria Tazi Sadeq a souligné que cette neuvième édition du SITeau se distingue par «une exposition et trois journées de débats», ainsi que par «deux jours de formation en lien avec le thème retenu pour cette édition». Elle a précisé que les discussions portent sur «le nexus eau-énergie-agriculture-santé au service du développement durable», décliné à travers plusieurs panels.

La responsable a expliqué que le premier panel a été structuré autour de deux approches complémentaires. «Nous avons d’abord écouté d’anciens ministres aborder ces questions d’un point de vue politique. Ensuite, les échanges se sont poursuivis du point de vue des opérateurs», a-t-elle indiqué, estimant que le nexus ne constitue pas «un concept académique», mais un mécanisme destiné à être appliqué aux niveaux local, national et international.

Houria Tazi Sadeq a également mis en avant les limites de la gouvernance mondiale actuelle de l’eau. Selon elle, les institutions internationales intervenant sur cette question continuent d’agir «de manière dispersée». Elle a relevé qu’«il n’existe pas d’organisme comparable à ceux mis en place dans le cadre des conventions-cadres sur la biodiversité ou le changement climatique».

Dans cette perspective, la présidente de COALMA a estimé que «l’eau demeure ainsi le parent pauvre du droit international». Elle a expliqué que les réglementations existantes restent fragmentées et ne s’inscrivent pas dans «un système unifié», plaidant ainsi pour une approche plus coordonnée de la gouvernance hydrique à l’échelle internationale.

La responsable a également insisté sur la dimension intergénérationnelle de cette édition du SITeau. Elle a annoncé l’organisation d’un échange entre jeunes et anciens autour de l’exemple marocain afin d’identifier les améliorations possibles tout en mettant en avant les avancées réalisées par le Royaume dans le domaine de l’eau.

«Il est important de souligner les initiatives portées par le Maroc, qui se positionne comme un pays de solutions», a affirmé Houria Tazi Sadeq. Elle a également rappelé le rôle joué par Marrakech dans les grands rendez-vous internationaux liés aux questions environnementales et climatiques. «Marrakech, quant à elle, ne doit pas être oubliée: elle a accueilli le premier Forum mondial de l’eau ainsi que la COP22. Elle s’affirme ainsi comme une ville d’action», a-t-elle déclaré.

Les discussions organisées dans le cadre du SITeau abordent aussi les dimensions géopolitiques et culturelles liées aux ressources naturelles. La présidente de COALMA a annoncé que la journée du 15 mai sera marquée par la remise du prix Gaïa ainsi que par un débat consacré à «l’hydrodiplomatie de l’eau».

Selon elle, les échanges porteront sur la manière dont l’eau peut devenir «un vecteur de diplomatie», dans un environnement international marqué par des tensions autour des ressources naturelles. Cette réflexion sera également élargie aux questions d’interculturalité et de mémoire.

Houria Tazi Sadeq a enfin insisté sur la dimension culturelle de la question hydrique. «Si cette question est souvent qualifiée d’éminemment politique et économique, elle revêt également une dimension profondément culturelle», a-t-elle souligné, appelant à une approche plus globale des enjeux liés à l’eau et à la durabilité.

Par Mouhamet Ndiongue et Adil Gadrouz
Le 14/05/2026 à 20h40