C’est dans le cadre du Salon international des dattes, Sidattes 2026, à Erfoud, que chercheurs, experts, professionnels et représentants d’organismes nationaux et internationaux se sont réunis autour des enjeux d’avenir de la filière du palmier dattier. À l’initiative de l’INRA, une rencontre scientifique organisée sous le thème «Recherche et innovation au service d’une filière phœnicicole durable et d’un développement territorial intégré» a permis de faire le point sur les avancées scientifiques et techniques destinées à renforcer la résilience des oasis marocaines.
Organisée en partenariat avec l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA), l’Association du Salon international des dattes au Maroc, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA), cette rencontre a notamment porté sur la gestion durable des ressources, la valorisation des productions oasiennes et les moyens d’adapter les cultures aux contraintes climatiques.
Parmi les travaux présentés, plusieurs recherches illustrent la place grandissante des nouvelles technologies dans le développement de la filière. Les chercheurs de l’INRA ont notamment exposé leurs avancées dans le séquençage du génome du Mejhoul, le suivi de la salinité des sols grâce à des images satellitaires à haute résolution, ainsi que l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les opérations de récolte et les activités post-récolte.
Au-delà des avancées technologiques, les échanges ont également porté sur la valorisation des sous-produits et des résidus du palmier dattier, avec l’objectif de développer une économie circulaire autour de cette ressource. L’enjeu est aussi de mieux accompagner les agriculteurs face aux difficultés rencontrées sur le terrain, notamment la raréfaction de l’eau, la dégradation des sols et les effets des changements climatiques.
La rencontre s’articule autour de deux axes principaux: le développement durable des chaînes de production du palmier dattier et la valorisation de ses produits et sous-produits. «Nous accueillons des partenaires institutionnels, des experts et des chercheurs issus de différents horizons, mais également des agriculteurs, afin de partager les expériences et de croiser les regards», déclare Lamiae Ghaouti, directrice de l’INRA.
Lire aussi : SIDATTES 2025: la 14ème édition du salon a attiré plus de 94.000 visiteurs à Erfoud
Pour elle, l’intérêt de cette journée dépasse la simple présentation des résultats scientifiques. Elle constitue aussi une occasion de faire remonter les difficultés rencontrées par les professionnels de la filière. «À travers les interventions et les discussions, nous cherchons à identifier les problèmes et les obstacles auxquels les agriculteurs sont confrontés sur le terrain», souligne-t-elle. L’objectif est ainsi de rapprocher davantage la recherche des réalités des exploitations et de contribuer à la préservation des oasis marocaines.
Du côté de l’ANDZOA, la participation au Salon international des dattes s’inscrit également dans une dynamique de coopération et de partage d’expertise. «Notre présence à ce rendez-vous constitue une plateforme d’échange d’expériences et d’informations entre les différents acteurs intéressés par le palmier dattier et, plus largement, par le développement des territoires», explique Mohamed Bouchri, directeur de la stratégie et des partenariats au sein de l’agence.
Le responsable rappelle par ailleurs la participation récente de l’Agence à une rencontre organisée à Mascate, à Oman, avec le Conseil international des dattes, sous la présidence de sa directrice générale. Cette réunion a permis de poser les premiers jalons d’une coopération internationale autour du développement de la filière et du partage des connaissances. Un enjeu d’autant plus important que le palmier dattier joue un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire et présente des capacités d’adaptation intéressantes face aux changements climatiques, relève-t-il.
Lire aussi : Figuig: comment les coopératives subliment les dattes, emblème de la région
Mais c’est surtout le travail consacré au patrimoine génétique du Mejhoul qui a retenu l’attention lors de cette rencontre. Cette variété, particulièrement prisée pour la qualité de ses fruits, fait aujourd’hui face à plusieurs contraintes environnementales et sanitaires. Le stress hydrique, la salinité des sols et les variations climatiques rendent nécessaire une meilleure connaissance de ses caractéristiques génétiques afin d’identifier les leviers permettant d’améliorer sa résistance et sa productivité.
«Notre travail porte sur le génome du Mejhoul, qui représente une nouvelle perspective pour l’amélioration de la filière du palmier dattier, confrontée à plusieurs défis, notamment le stress hydrique, la salinité des sols et les changements climatiques», explique Karim Rabah, chercheur à l’INRA.
Les recherches consistent à séquencer et à décrypter le génome de cette variété afin d’identifier les gènes associés à la qualité des fruits, à la résistance aux maladies et à l’adaptation aux conditions climatiques difficiles. Une connaissance plus fine de son patrimoine génétique pourrait ainsi aider les chercheurs à orienter les programmes d’amélioration variétale.
Lire aussi : Boufeggous et Mejhoul volent la vedette au Sidattes
Le chercheur souligne également que le Mejhoul présente des capacités de résistance, même si celles-ci peuvent varier d’un génotype à l’autre, notamment face au «Bayoud», maladie qui affecte les palmiers dattiers. «Les différents génotypes de Mejhoul ne présentent pas tous le même niveau de résistance au Bayoud», précise-t-il.
Autre enseignement des travaux présentés à Erfoud: la singularité génétique du Mejhoul marocain par rapport à certaines variétés cultivées à l’étranger. En s’appuyant sur une comparaison des génomes et l’étude de leur parenté génétique, les chercheurs ont relevé des différences avec les populations de Mejhoul présentes notamment en Jordanie et aux États-Unis. «L’analyse de l’arbre génétique montre que le génome du Mejhoul marocain serait relativement éloigné de celui d’autres variétés de Mejhoul étudiées dans ces deux pays», confirme Karim Rabah.
Ces résultats ouvrent de nouvelles pistes pour mieux caractériser le Mejhoul marocain et préserver ses spécificités. À Erfoud, où la filière phœnicicole occupe une place centrale dans l’économie et la vie des territoires oasiens, la recherche apparaît ainsi comme un levier essentiel pour accompagner les producteurs, valoriser les ressources locales et préparer le palmier dattier aux défis de demain.



