Royaume-Uni: l’envolée des framboises marocaines

Framboises dans des barquettes.. DR

Revue de presseDevant une concurrence internationale féroce, le Royaume transforme ses atouts logistiques en succès commercial, tout en relevant les défis majeurs des coûts de production, de la structuration des petits producteurs et de la gestion durable de ses ressources en eau. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 26/08/2026 à 19h29

Sur le marché britannique, traditionnellement sélectif et rigoureux, les framboises du Maroc sont devenues les vedettes des expéditions marocaines de fruits rouges. Une dynamique ascensionnelle qui témoigne de l’aptitude remarquable du Royaume à conquérir de précieuses parts de marché dans de grandes destinations européennes, malgré une vive concurrence internationale, indique le magazine hebdomadaire Challenge.

L’essor remarquable que connaissent les framboises marocaines en Grande-Bretagne doit sa force, en premier lieu, à un avantage géostratégique déterminant. La position géographique du Maroc, près de l’Europe, offre aux producteurs et aux professionnels de l’export la possibilité de limiter significativement les délais de transit.

Cette proximité logistique garantit un acheminement des barquettes à une fraîcheur optimale, en conformité avec les strictes procédures définies par les chaînes du réseau de grande distribution dans ce pays. Confronté à des concurrents géographiquement plus distants, le Maroc s’impose donc comme un fournisseur privilégié, à même de répondre aux attentes des enseignes et à leurs clients, avec un approvisionnement fluide et continu tout au long de l’année.

Cette progression constante de la demande en framboises, qui n’est pas due au hasard, illustre une mutation structurelle profonde de l’ensemble de la filière des fruits rouges au Maroc. En l’espace de quelques années seulement, le pays fait désormais partie intégrante des grands fournisseurs de cette activité agricole, et en est venu à directement rivaliser avec des acteurs historiques comme l’Espagne, le Mexique ou le Chili. La part du Maroc est désormais évaluée à près d’un dixième des exportations mondiales de fruits rouges, avec un volume global de production exportée qui dépasse 200.000 tonnes de fraises, framboises et myrtilles vers diverses destinations hors du territoire national, pour des recettes générant plus de 600 millions de dollars.

Ces performances découlent d’une spécialisation accrue des exploitants marocains, combinée à d’importants investissements consentis dans la modernisation des pratiques agricoles, la maîtrise de la chaîne du froid, les infrastructures de conditionnement et l’ingénierie logistique. Ces efforts conjoints ont permis à la filière de répondre, écrit Challenge, à des normes internationales exigeantes: traçabilité, qualité sanitaire, régularité des livraisons.

Dans cette filière exportatrice en expansion, le marché du Royaume-Uni est une cible stratégique majeure. L’appétit des consommateurs britanniques pour ces baies ne faiblit pas, ce qui pousse les acheteurs des centrales d’achat des chaînes de grande distribution à privilégier les produits importés à même de garantir à la fois de la fraîcheur et une constance d’approvisionnement. En consolidant ses positions en Grande-Bretagne, le Maroc a su réussir une opération de diversification essentielle de ses débouchés agricoles, et a pu réduire une dépendance entretenue de longue date avec des marchés traditionnels en Europe de l’Ouest.

Toutefois, ce succès à l’export masque des défis économiques et environnementaux de taille, que les acteurs de la filière devront relever pour pérenniser cette percée majeure. Le premier obstacle réside dans la lourdeur des coûts de production. La culture des framboisiers exige des capitaux considérables, principalement engloutis par l’acquisition de plants, le déploiement d’infrastructures sous serre adaptées, et une main-d’œuvre qualifiée et aux effectifs importants. L’achat des plants nécessite des coûts qui peuvent atteindre 120.000 dirhams par hectare, ce qui représente un engagement financier conséquent pour les exploitants.

À cette contrainte financière, il faut ajouter les complexités de l’organisation de cette activité agricole. Une partie significative de la répartition des parcelles agricoles marocaines se compose aujourd’hui encore de superficies réduites exploitées par des fermiers de moindre envergure, souvent confrontés à d’immenses difficultés pour réunir les capitaux

requis, indispensables aux procédures définies pour les marchés à l’export. Dans ce contexte, l’agrégation agricole et le regroupement des exploitants dans des coopératives deviennent des leviers incontournables. Ces dynamiques collectives sont les seules à même d’accroître les capacités de négociation des agriculteurs, de rationaliser leurs coûts, d’améliorer leur compétitivité globale et de leur permettre de capter une part plus juste de la valeur ajoutée générée, lit-on dans Challenge.

Enfin, la gestion des ressources hydriques reste sans doute la problématique dont l’enjeu, structurel, est vital pour le devenir de l’ensemble des activités agricoles marocaines. Dans un contexte de stress hydrique accentué, le développement des cultures maraîchères et arboricoles à forte valeur ajoutée doit impérativement s’harmoniser avec la préservation durable des réserves pour l’irrigation. Pérenniser les exploits commerciaux du Royaume sur les marchés étrangers reste donc tributaire d’une efficience accrue des systèmes d’irrigation, de la généralisation des technologies d’économie d’eau et d’une adaptation rigoureuse des itinéraires techniques, devant les réalités de l’urgence climatique.

Par La Rédaction
Le 26/08/2026 à 19h29