Politique monétaire: les raisons qui ont poussé Abdellatif Jouahri à relever le taux directeur à 2%

Le Wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, prend la parole à une réunion de la commission des Finances à la Chambre des représentants, le 15 février 2022. . Hicham Ferchi / MAP

Déjouant tous les pronostics, le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé, hier, mardi 27 septembre 2022, de relever son taux directeur de 50 points de base à 2%. Un resserrement monétaire que le wali de la Banque centrale a jugé nécessaire malgré le risque de récession qui plane sur l’économie mondiale.

Le 28/09/2022 à 16h39

A l’issue du dernier Conseil de Bank Al-Maghrib, ce mardi 27 septembre, le gouverneur de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri, a tenu a expliqué sa décision de relever le taux directeur à 2%, lui qui, jusque-là, avait refusé de s’aligner sur la politique de resserrement monétaire adoptée, depuis le début de l’année, par plusieurs pays du monde pour faire face à la montée de l’inflation.

Selon Abdellatif Jouahri, ce changement de cap est dû principalement au niveau «historique» qu’à atteint l’inflation à fin août et la généralisation de cette dernière aux produits intérieurs de consommation alors qu’elle ne concernait que des produits importés auparavant. «L’inflation a atteint un taux historique, c’est la première fois depuis 30 ans que le Maroc fait face à une inflation de 8%, il est donc nécessaire de juguler très vite l’inflation et prévenir le désancrage», a-t-il expliqué.

Et de souligner: «Il vaut mieux payer un prix léger en agissant rapidement sur l’inflation à travers le relèvement du taux directeur, qu’attendre de la voir se généraliser et durer dans le temps. On serait alors obligé de prendre des mesures draconiennes avec des conséquences plus négatives sur les particuliers et les entreprises».

Interrogé sur les répercussions de ce relèvement du taux directeur sur la croissance, alors même qu’un risque de récession plane sur les économies mondiales et que les projections de croissance au Maroc demeurent très faibles (0,8% selon Bank Al-Maghrib, 1,3% pour le HCP et 1,5 pour le gouvernement), le patron de la Banque centrale a assuré que l’impact de cette décision sur la croissance du PIB ne devrait pas dépasser les 0,2%.

Abdellatif Jouahri a insisté, par ailleurs, sur le rôle de la Banque centrale durant la conjoncture actuelle, notant que si Bank Al-Maghrib se doit d’agir pour maîtriser l’inflation, c’est au gouvernement de soutenir la croissance. «Le pouvoir d’achat et la croissance, c’est le travail du gouvernement, ce n’est pas notre rôle. Nous luttons pour juguler l’inflation et le gouvernement agit pour soutenir le pouvoir d’achat et appuyer la croissance. C’est comme ça que ça marche», a-t-il martelé.

C’est dans ce sens que le gouverneur de Bank Al-Maghrib a énuméré les mesures prises par l’Exécutif depuis le début de l’année, pour accompagner plusieurs secteurs porteurs de l’économie nationale dont l’agriculture (10 milliards de dirhams) et le tourisme (2 milliards de dirhams), en plus du budget de la Caisse de compensation (32 milliards).

«Je ne suis pas là pour être l’avocat du gouvernement, mais j’explique ce qu’il faut faire. Il y a une convergence entre les missions de la Banque centrale et celles du gouvernement en cette période de forte inflation», a ainsi précisé Abdellatif Jouahri. 

Par Safae Hadri
Le 28/09/2022 à 16h39