PIB régional: les provinces du Sud accélèrent, Casablanca-Settat reste le cœur économique du Royaume

Un visuel représentant certains secteurs économiques. (Photo d'illustration).

Avec une croissance de 4,4% en 2024, l’économie marocaine confirme son dynamisme. Mais derrière cette performance nationale, les comptes régionaux révèlent un développement contrasté: les régions du Sud enregistrent les plus fortes progressions, tandis que Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma concentrent encore 58,4% de la richesse produite dans le Royaume.

Le 13/07/2026 à 13h21

L’économie marocaine a progressé de 4,4% en 2024, portant le Produit intérieur brut (PIB) en volume à 1550,45 milliards de DH (MMDH), a indiqué le Haut-commissariat au plan (HCP) qui vient de publier les comptes régionaux au titre de l’année 2024. Aux prix courants (sans tenir compte de l’inflation), le PIB s’est établi à 1614,57 MMDH, en hausse de 8,7% par rapport à 2023.

Derrière cette moyenne nationale se dessine une dynamique contrastée: d’un côté, les régions du Sud enregistrent les plus fortes progressions; de l’autre, les trois pôles historiques — Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma — continuent de concentrer l’essentiel de la richesse produite.

Ainsi, huit régions du Royaume ont enregistré, en 2024, une croissance du PIB en volume supérieure à la moyenne nationale. Laâyoune-Saguia al Hamra arrive en tête avec un taux de 7,6%, porté par les services non marchands et la pêche maritime. Elle est suivie de Dakhla-Oued Ed Dahab avec 7%, tirée par la pêche maritime et le BTP et Souss-Massa qui affiche 6,8%, grâce à une bonne tenue de l’agriculture et des services, et Drâa-Tafilalet (6,2%) qui bénéficie d’une forte dynamique des activités de construction.

L’Oriental suit avec une croissance de 5,9%, portée par la reprise des activités industrielles et des services après la contraction subie en 2023, Marrakech-Safi enregistre, quant à elle, 5,1%, grâce à la montée en puissance de l’hébergement et de la restauration. Tanger-Tétouan-Al Hoceima progresse de 4,9%, sous l’effet d’une dynamique des industries manufacturières et des services, et Guelmim-Oued Noun ferme ce groupe avec 4,6%, soutenue par les activités primaires et les services.

En revanche, quatre régions ont connu une croissance inférieure à la moyenne nationale. Ainsi, Casablanca-Settat, portée par les industries manufacturières et les services financiers et commerciaux, progresse de 4,3%. Elle est suivie de Rabat-Salé-Kénitra (3,5%), profitant de la stabilité des activités des services publics et administratifs, de Béni Mellal-Khénifra (2,1%), après la contraction de 2023, et Fès-Meknès (1,6%), en net retrait par rapport aux 8,8% réalisés l’année précédente, en raison d’une chute de la croissance du secteur agricole.

Un tiers du PIB à Casablanca-Settat

Aux prix courants, les données du HCP montrent que la répartition de la richesse nationale confirme une forte concentration géographique. En effet, les trois régions de Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima ont généré à elles seules 58,4% du PIB national en 2024, un poids attribué à leur niveau d’industrialisation, de commerce et de services, ainsi que par la présence d’infrastructures clés.

Casablanca-Settat représente, à elle seule, 32,3% du PIB national, soit près d’un tiers de la richesse créée dans le Royaume, Rabat-Salé-Kénitra contribue à hauteur de 15,5% et Tanger-Tétouan-Al Hoceima à 10,7%.

Un deuxième groupe de cinq régions a contribué à 33,8% du PIB national. Il s’agit de Marrakech-Safi (8,7%), Fès-Meknès (8,2%), Souss-Massa (6,6%), Béni Mellal-Khénifra (5,3%) et l’Oriental (5,1%). En bas de l’échelle, Drâa-Tafilalet et les trois régions du Sud -Guelmim-Oued Noun, Laâyoune-Saguia al Hamra et Dakhla-Oued Ed Dahab- ont contribué à hauteur de 7,8% à la création du PIB en valeur, avec 3% pour Drâa-Tafilalet et 4,8% cumulés pour les trois régions du Sahara.

Ces écarts de contribution s’accentuent légèrement d’une année sur l’autre. L’écart absolu moyen, qui mesure la moyenne des écarts entre le PIB de chaque région et le PIB régional moyen, est passé de 83,6 MMDH en 2023 à 90,9 MMDH en 2024, signe d’un léger creusement des disparités régionales de création de richesse.

L’examen du PIB régional par secteur d’activité révèle des profils économiques très différenciés. Au niveau national, les activités primaires -agriculture et pêche- ont représenté 10,7% du PIB en 2024. Cette moyenne est largement dépassée dans plusieurs régions à vocation agricole: Fès-Meknès (24,6%), Drâa-Tafilalet (19,3%), Dakhla-Oued Ed Dahab (17,3%), Souss-Massa (17,1%), Béni Mellal-Khénifra (14,4%), l’Oriental (13,5%) et Rabat-Salé-Kénitra (12,3%). À l’opposé, Casablanca-Settat affiche la part la plus faible de valeur ajoutée agricole dans son PIB, avec seulement 3,7%.

La ventilation par secteurs montre que les activités secondaires -industrie manufacturière, mines, électricité, eau et construction- ont représenté 25,6% du PIB national en 2024. Quatre régions dépassent nettement cette moyenne. Il s’agit de Casablanca-Settat (36,5%), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (33,7%), Laâyoune-Saguia al Hamra (32,8%) et Béni Mellal-Khénifra (30,4%).

Le secteur tertiaire -commerce, tourisme et services marchands et non marchands- domine largement la création de richesse nationale, avec 52,9% du PIB. Certaines régions présentent une économie très orientée vers les services, avec des parts allant de 44,9% à Tanger-Tétouan-Al Hoceima jusqu’à 73,3% à Guelmim-Oued Noun.

La contribution des régions aux grands secteurs d’activité nationaux confirme cette logique de concentration géographique. En effet, dans le secteur primaire, quatre régions ont généré 58,4% de la valeur ajoutée nationale en 2024, contre 59,7% en 2023. Il s’agit de Fès-Meknès (18,8%), Rabat-Salé-Kénitra (17,8%), Casablanca-Settat (11,3%) et Souss-Massa (10,5%).

Pour le secteur secondaire, il est fortement concentré dans deux régions, Casablanca-Settat (45,9%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (14%), qui totalisent ensemble 59,9% de la valeur ajoutée industrielle nationale en 2024, contre 61,3% en 2023. Ces deux régions constituent les principaux pôles industriels du Royaume.

En ce qui concerne le secteur tertiaire, 66,2% de la richesse créée par les activités de services, contre 66,1% en 2023, provient de quatre régions. Il s’agit de Casablanca-Settat (28,6%), Rabat-Salé-Kénitra (18,3%), Marrakech-Safi (10,3%) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (9%). Ces résultats confirment une spécialisation territoriale marquée de l’économie nationale, avec une forte concentration des activités industrielles dans quelques régions, tandis que les activités primaires demeurent davantage réparties entre plusieurs territoires.

Les chiffres du HCP ont également fait ressortir qu’en 2024, le PIB par habitant au niveau national s’est établi à 43.891 dirhams. Cinq régions se situent au-dessus de cette moyenne, avec en tête Dakhla-Oued Ed Dahab (92.904 dirhams) et Laâyoune-Saguia al Hamra (73.718 dirhams), suivies de Casablanca-Settat (67.859 dirhams), Guelmim-Oued Noun (50.604 dirhams) et Rabat-Salé-Kénitra (48.797 dirhams). Dans les autres régions, le PIB par habitant reste inférieur à la moyenne nationale, avec des niveaux allant de 28.692 dirhams à Marrakech-Safi à 42.761 dirhams à Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Entre 2023 et 2024, l’écart absolu moyen du PIB par habitant s’est accru de 707 dirhams, passant de 14.853 dirhams à 15.560 dirhams, traduisant une hausse de la dispersion des niveaux régionaux de richesse par tête.

La consommation concentrée dans cinq régions

Les dépenses de consommation finale des ménages (DCFM) constituent un autre indicateur clé de l’activité économique régionale. Elles se sont élevées à 944,1 milliards de DH au niveau national en 2024. Cinq régions ont accaparé près des trois quarts de ces dépenses, soit 74,4%: Casablanca-Settat (25,3%), Rabat-Salé-Kénitra (14,8%), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,6%), Fès-Meknès (11,4%) et Marrakech-Safi (11,3%). Les autres régions se partagent le quart restant, soit 25,6% des DCFM nationales, avec des parts allant de 0,8% pour Dakhla-Oued Ed Dahab à 7,2% pour Souss-Massa.

Là aussi, les disparités se sont accentuées au cours de l’année 2024. L’écart absolu moyen entre les DCFM des différentes régions et la DCFM régionale moyenne a atteint 51,5 MMDH, contre 48,5 MMDH de DH en 2023, ce qui souligne une concentration croissante des dépenses de consommation dans les régions les plus dynamiques.

Rapportées à la population, les dépenses de consommation finale des ménages par habitant se sont établies à 25.664 dirhams au niveau national en 2024. Six régions dépassent cette moyenne. Il s’agit de Dakhla-Oued Ed Dahab (34.515 dirhams), Casablanca-Settat (31.173 dirhams), l’Oriental (27.805 dirhams), Rabat-Salé-Kénitra (27.250 dirhams), Tanger-Tétouan-Al Hoceima (27.210 dirhams) et Laâyoune-Saguia al Hamra (25.696 dirhams).

La dispersion des dépenses de consommation par tête a également progressé, l’écart absolu moyen étant passé de 3.423 dirhams en 2023 à 3.609 dirhams en 2024.

Au final, les comptes régionaux 2024 montrent que malgré une concentration de l’essentiel du poids économique du Royaume -production, industrie, services et consommation- dans l’axe Casablanca-Rabat-Tanger, plusieurs régions périphériques, notamment dans le Sud, affichent des rythmes de croissance supérieurs à la moyenne nationale, confortant leur trajectoire de développement.

Par Lahcen Oudoud
Le 13/07/2026 à 13h21