BAD: la croissance ralentirait à 4,2% en 2026 au Maroc sur fond de tensions au Moyen-Orient

Un visuel représentant certains secteurs économiques. (Photo d'illustration).

La Banque africaine de développement (BAD) prévoit un ralentissement de la croissance du Maroc à 4,2% en 2026, après 4,7% en 2025, sous l’effet des tensions géopolitiques et de la hausse des coûts énergétiques. L’institution souligne toutefois la résilience de l’économie marocaine, portée par la consommation, les infrastructures ainsi que les secteurs de l’agriculture, de l’industrie, du BTP et du tourisme. Elle met également en avant une inflation maîtrisée et une trajectoire budgétaire relativement stable.

Le 28/05/2026 à 15h09

La Banque africaine de développement (BAD) prévoit un ralentissement de la croissance économique au Maroc en 2026. Selon son dernier rapport «Perspectives Économiques en Afrique 2026», la croissance du PIB au Maroc, estimée à 4,7% en 2025, devrait ralentir pour s’établir à 4,2% en 2026 avant de se stabiliser autour de 4,3% en 2027.

Elle serait soutenue par la consommation des ménages et les investissements dans les infrastructures et s’appuiera notamment sur l’agriculture, l’industrie manufacturière, la construction et le tourisme qui «devraient rester les principaux moteurs de la croissance».

Cette décélération est la conséquence directe des tensions géopolitiques mondiales, spécifiquement le conflit au Moyen-Orient et les perturbations du détroit d’Ormuz, selon les économistes de la BAD. Les canaux de transmission identifiés sont notamment la hausse du coût des engrais et de l’énergie et le renchérissement des importations. Le dirham s’est déprécié, ce qui alourdirait la facture énergétique et dégrade, par conséquent, la situation budgétaire, estime le rapport.

Le Maroc n’est pas seul dans cette situation. En Égypte, autre grand pays importateur net de pétrole en Afrique du Nord, la croissance devrait passer de 4,4% en 2025 à 4% en 2026, avant de remonter à 4,3% en 2027.

S’agissant de l’inflation au Maroc, celle-ci devrait rester maîtrisée, atteignant 2,4% en 2026 puis 2,3% en 2027. Des niveaux relativement faibles comparés à plusieurs grandes économies africaines toujours confrontées à une inflation à deux chiffres, comme le Nigeria (16,2% en 2026), l’Angola (17,7%) ou encore l’Égypte (14,7%). Grâce à une politique monétaire prudente et à des mécanismes de subventions ciblées, le Maroc semble ainsi mieux contenir les répercussions de la flambée mondiale des prix du pétrole et du gaz.

Sur le plan budgétaire, le Maroc affiche une trajectoire d’assainissement. Le déficit budgétaire, estimé à 3,5% du PIB en 2025, devrait passer à 3,7% en 2026, en raison de la hausse des coûts salariaux et des dépenses engagées pour contrôler l’inflation, avant de reculer à 3,2% en 2027, «grâce à une hausse des recettes fiscales».

Des défis à relever

En revanche, le déficit du compte courant, devrait enregistrer un creusement important, passant de 2% du PIB en 2025 à 3,5% en 2026 et 3,4% en 2027, «sous l’effet de la hausse des importations de biens d’équipement et du coût plus élevé des importations d’énergie», selon le rapport.

En matière d’endettement, le rapport classe le Maroc parmi les pays — aux côtés de l’Afrique du Sud, de Maurice et de l’Égypte — ayant mis en place des pratiques transparentes de gestion de la dette intérieure. Selon les experts de la BAD, ces expériences peuvent «constituer des références utiles dans le cadre de l’apprentissage par les pairs pour les pays où ces pratiques font encore défaut». Une transparence qui contribue également à «améliorer la redevabilité, les analyses de soutenabilité de la dette et la confiance des investisseurs».

Dans le domaine financier, le rapport cite l’exemple de TAMWILCOM, la société de garantie marocaine, considérée comme un cas d’école pour les banques nationales de développement. Le modèle de partage des risques (couvrant 50 à 80% du montant des crédits aux particuliers) a mobilisé 4,75 milliards de dollars en 2024, prouvant qu’on peut élargir le crédit aux PME sans alourdir les éventuels passifs de l’État, souligne la BAD.

Par ailleurs, tout en relevant les progrès réalisés par le Maroc, les économistes de la BAD évoquent plusieurs défis à relever. Il s’agit notamment de «mobiliser des financements à grande échelle pour le développement du pays, dans un monde fragmenté».

Les auteurs du rapport soulignent ainsi que le Maroc a engagé plusieurs initiatives destinées à renforcer le financement de son développement, notamment à travers la réforme fiscale, la charte de l’investissement et le recours à des mécanismes de financement innovants. Ils nuancent toutefois ce constat en relevant que la fragmentation des marchés et le durcissement des conditions financières, qui ont entraîné une hausse de 70 points de base du coût moyen de la dette publique extérieure, imposent une mobilisation plus importante et davantage diversifiée des sources de financement.

Selon eux, le Royaume pourrait notamment renforcer les partenariats public-privé et accélérer le développement des fintechs, tout en orientant une partie des transferts de fonds de la diaspora vers des investissements productifs.

Le rapport souligne par ailleurs que le Maroc dispose d’un système financier relativement développé, avec une capitalisation boursière représentant 47,1% du PIB en 2024 et un accès jugé favorable aux marchés financiers internationaux. Ce système reste néanmoins limité par plusieurs fragilités structurelles, parmi lesquelles la prédominance du secteur bancaire, l’émergence encore timide de la finance participative, un marché obligataire largement centré sur le segment souverain ainsi qu’une base réduite de seulement 77 sociétés cotées en Bourse.

Le financement à grande échelle

La BAD relève aussi que le renforcement de l’intégration régionale et de l’interconnectivité financière offre au Maroc un potentiel de coopération financière. Cela permettrait, estime-t-elle, d’attirer des financements en tirant parti de l’expansion de ses groupes bancaires panafricains et de son pôle financier, Casablanca Finance City (CFC).

Elle note aussi qu’à court terme, le financement à grande échelle peut être renforcé en développant davantage les partenariats public–privé pour la construction d’infrastructures hydro-agricoles ainsi que dans les secteurs industriel et logistique.

À moyen et long terme, explique-t-elle, «cet objectif peut être atteint en poursuivant les efforts visant à approfondir les marchés financiers et à diversifier les instruments financiers, en particulier les instruments verts, en élargissant l’assiette fiscale, en développant les TPME grâce à la charte d’investissement, et en intégrant le secteur informel par le biais d’incitations fiscales, d’un meilleur accès au financement et d’un cadre opérationnel simplifié pour l’environnement des affaires».

Par Lahcen Oudoud
Le 28/05/2026 à 15h09