Pêche: le prix moyen des pélagiques recule de 8,6% malgré la reprise

Des barques de pêche artisanale au port d'Asilah.

Les débarquements de la pêche côtière et artisanale progressent de 5,2% à fin juillet 2026, mais leur valeur n’augmente que de 2,1%. Ce décalage, variable selon les espèces et les ports, est particulièrement marqué pour les pélagiques.

Le 05/09/2026 à 17h00

Ramener plus de poisson au port ne garantit pas une hausse équivalente des recettes. C’est ce que révèlent les chiffres de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) dans sa note de conjoncture d’août 2026: rapportée au volume, la valeur des débarquements accuse une baisse d’environ 2,9% par tonne.

Pourtant, ce recul moyen ne signifie pas que tous les poissons se vendent moins cher. La recette d’une tonne dépend des espèces débarquées, de leur qualité et des conditions de vente. Pour comprendre pourquoi l’abondance ne se transforme pas intégralement en recettes supplémentaires, il faut donc regarder ce qui revient dans les filets.

La hausse des débarquements repose largement sur les pélagiques, dont les tonnages progressent de 10,6%, tandis que leur valeur n’augmente que de 1,1%. La DEPF relève ainsi une baisse de 8,6% de leur prix moyen de vente.

Le principal moteur de la reprise quantitative rapporte donc moins par tonne. Son poids rend ce décalage décisif avec 456.192 tonnes, les pélagiques représentent près de 83% des volumes commercialisés, mais environ 27% de leur valeur. Les céphalopodes offrent le profil inverse, qui tourne autour de 7,5% des tonnages, avec plus de la moitié des recettes, soit 3,32 milliards de dirhams, d’après les données de l’ONP.

Le poisson blanc rappelle cependant qu’une meilleure recette unitaire peut aussi accompagner une contraction de l’activité. Ses volumes reculent de 25%, contre 8% pour leur valeur. La tonne rapporte davantage en moyenne, mais les quantités vendues diminuent suffisamment pour faire baisser les recettes totales. L’évolution des tonnages et celle des revenus doivent donc rester distinctes.

Une reprise qui change de visage selon les ports

Ces différences se retrouvent sur les quais. Sur les sept premiers mois de 2026, Laâyoune enregistre une hausse de 56% des volumes, contre 21% en valeur. Les pélagiques y progressent de 86% en tonnage et de 70% en recettes. Le port bénéficie ainsi d’un surcroît réel d’activité, sans que chaque tonne supplémentaire ne se traduise par une progression proportionnelle de la valeur.

Tanger pousse ce contraste plus loin: les débarquements augmentent de 98%, mais leur valeur de 14% seulement. Même les céphalopodes affichent des volumes en hausse de 32% et des recettes en baisse de 7%. L’écart apparaît donc à l’intérieur d’un même groupe, ce qui empêche de l’expliquer uniquement par la répartition générale des captures.

Dakhla suit une trajectoire opposée, avec des volumes en chute de 70% et une valeur en recul de 46%. La meilleure résistance de la recette unitaire n’efface pas la contraction des ventes. Pour les opérateurs locaux, la disponibilité des captures reste ainsi le premier enjeu, malgré la croissance nationale.

Pour les pêcheurs, ces écarts ramènent à une question concrète: que reste-t-il après chaque sortie? Des prises plus importantes peuvent soutenir les recettes du bateau, mais le carburant, le temps passé en mer et les autres charges déterminent le résultat final. Faute de données sur ces coûts, la hausse des ventes ne permet pas de conclure à une amélioration des revenus des équipages.

La même prudence vaut pour les mareyeurs. Acheter certains lots moins cher peut améliorer leur marge, à condition que les prix de revente résistent. Encore faut-il absorber davantage de manutention, de transport et de froid pour préserver la fraîcheur et écouler rapidement les stocks qui deviennent alors aussi importants que le prix d’achat.

Les conserveries pourraient également bénéficier de pélagiques plus abondants, mais seulement si les espèces, les calibres et la qualité répondent à leurs besoins. L’éloignement des ports où les captures progressent peut renchérir l’approvisionnement et réduire le gain espéré sur la matière première.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 05/09/2026 à 17h00