Sardines: pourquoi les supermarchés allemands sont affectés par le recul des captures marocaines

Un plat de sardines.

Qui veut des sardines en Allemagne doit s’armer de patience. L’offre s’est nettement réduite dans les supermarchés et discounters du pays, selon une enquête de l’agence de presse DPA. La raison? Le recul prononcé, depuis plusieurs années, des stocks et des captures au large des côtes du Maroc. Les détails.

Le 04/09/2026 à 13h50

Les consommateurs allemands en quête de sardines repartent souvent bredouilles. Dans de nombreux supermarchés et discounters, l’offre s’est nettement réduite, selon l’agence de presse DPA.

Le discounter Aldi reconnaît que certains produits peuvent être temporairement indisponibles. «La disponibilité des sardines est actuellement limitée en partie en raison de conditions de pêche difficiles», indique l’enseigne. La chaîne Rewe évoque pour sa part une «situation tendue sur les matières premières à l’échelle européenne», qui touche aussi bien ses marques propres que les articles de grandes marques.

Même constat chez Lidl. «Actuellement, en raison d’une demande croissante de sardines, des restrictions ponctuelles de disponibilité peuvent survenir», répond le groupe, qui affirme travailler avec ses fournisseurs pour rétablir l’approvisionnement au plus vite. Kaufland admet également des ruptures isolées. Le service de livraison de courses à domicile Picnic se dit lui aussi concerné.

Une pêcherie en repli depuis plusieurs années

L’origine de cette raréfaction se situe à des milliers de kilomètres des rayons allemands. «La pêcherie de sardines la plus importante pour le marché européen, au large des côtes du Maroc souffre depuis des années du recul des stocks», explique Stefan Meyer, directeur du Centre d’information sur le poisson (Fisch-Informationszentrum) de Hambourg, cité par DPA.

Selon les derniers chiffres disponibles, quelque 965.000 tonnes de sardines ont été débarquées en 2022, contre seulement 525.000 tonnes en 2024, soit une chute de près de 46% en deux ans. La situation ne s’est pas améliorée l’an dernier, précise l’expert, qui invoque les effets du changement climatique, la modification des conditions marines et une forte pression de pêche.

Comme dévoilé lors d’un webinaire organisé le 7 juillet par la Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (FENIP), la production halieutique globale s’est établie à 1,13 million de tonnes en 2025, contre 1,33 million de tonnes en 2024, soit un repli de 15% en volume.

Les petits pélagiques, qui constituent l’essentiel des captures marocaines, ont totalisé 909.750 tonnes en 2025, en recul de 18% en volume, pour une valeur de 3,52 milliards de dirhams, en repli de 8%. Cette situation rappelle d’ailleurs l’épisode des sardines en conserve, devenues de plus en plus rares dans les grandes et moyennes surfaces au Maroc, à la veille de l’Aïd Al-Adha. Une raréfaction de la ressource directement liée à la hausse des températures des eaux atlantiques.

La sardine pilchardus est en effet l’une des espèces les plus sensibles aux variations thermiques. Selon l’UNICOP, son cycle de reproduction et la survie de ses larves dépendent de températures situées idéalement entre 14 et 16°C. Au-delà de ce seuil, la mortalité des juvéniles augmente fortement. De plus, des eaux trop chaudes perturbent l’upwelling atlantique, ce phénomène crucial de remontée d’eaux froides et nutritives qui conditionne la disponibilité du plancton et la répartition des bancs. Résultat: les stocks se déplacent vers le large ou vers le sud, dans des zones nettement moins accessibles aux flottilles artisanales et côtières.

Rabat ferme le robinet des exportations

C’est pourquoi l’Exécutif marocain a opté pour une gestion plus restrictive de la ressource, souligne Stefan Meyer. La suspension des exportations de sardines congelées à partir du 1er février a été annoncée début janvier par la secrétaire d’État chargée de la pêche maritime, Zakia Driouich, devant la Chambre des représentants, afin de préserver l’approvisionnement du marché intérieur et de contenir les prix.

La mesure, prise en coordination avec le ministère de l’Industrie, répond à une rareté constatée de la sardine, aliment de base des ménages marocains. Un dispositif de licence d’exportation, formalisé par une publication au Bulletin officiel du 26 janvier 2026, encadre désormais les flux de sardines fraîches ou congelées pour une période de douze mois.

Les solutions de repli restent étroites. La véritable sardine (Sardina pilchardus) est également présente dans l’Atlantique du Nord-Est, au large de l’Espagne et du Portugal, où les stocks se sont nettement redressés ces dernières années. Les volumes capturés ne suffisent toutefois pas à combler le déficit de matière première, selon l’expert allemand. Celui-ci n’attend pas de détente rapide sur le marché de la sardine et juge possible une hausse des prix pour les consommateurs européens.

Faute d’alternatives, les industriels se tournent de plus en plus vers des espèces voisines comme les sardinelles. Ces poissons sardiniformes sont présents principalement dans l’océan Indien, le Pacifique occidental et les eaux tropicales de l’Atlantique. Un déplacement des approvisionnements qui fait montre, en creux, de la place centrale qu’occupait jusqu’ici la pêcherie marocaine dans les conserveries du vieux continent.

Par Hajar Kharroubi
Le 04/09/2026 à 13h50