À la tête de l’Office national des chemins de fer depuis à présent 22 ans, Mohamed Rabie Khlie incarne une longévité rare dans la haute fonction publique marocaine. Ingénieur diplômé de l’École Mohammadia et pur produit de la maison, ce grand commis de l’État a gravi l’ensemble des échelons hiérarchiques avant de prendre les commandes de l’établissement stratégique en 2004. Cette trajectoire exceptionnelle lui a permis d’être au cœur de toutes les mutations technologiques et structurelles qui ont redessiné le paysage ferroviaire du pays au cours des deux dernières décennies, résume le magazine Jeune Afrique dans un portrait dédié.
Aujourd’hui, le défi le plus emblématique de sa carrière se profile à l’horizon 2030 avec un programme d’investissement colossal de 96 milliards de dirhams. L’objectif prioritaire de ce chantier titanesque consiste à étendre la ligne à grande vitesse jusqu’à Marrakech, première destination touristique du royaume, tout en dotant l’infrastructure de 168 rames de dernière génération. Ce projet d’envergure vise à relier les grandes métropoles en des temps records, comme la durée d’un trajet ramené à seulement deux heures et quarante minutes entre Tanger et la cité ocre, tout en desservant des hubs de transport majeurs et des pôles urbains émergents.
Le patron de l’ONCF n’a toutefois pas droit à l’erreur, l’ensemble de ces infrastructures devant être impérativement opérationnel pour la Coupe du monde de football que le Maroc co-organisera avec l’Espagne et le Portugal. L’extension du TGV sur les 430 kilomètres séparant Kénitra de Marrakech mobilise déjà une dynamique d’exécution soutenue et attire de nombreux géants internationaux et locaux du secteur de la construction. Fort de son expérience passée sur le premier tronçon à grande vitesse, l’ingénieur en génie électrique avance avec méthode pour tenir les délais impartis malgré la complexité technique inhérente à ce type de chantier national, écrit Jeune Afrique.
Au-delà de la grande vitesse, cette stratégie de modernisation intègre le développement de réseaux ferroviaires de proximité dans les principales agglomérations du pays, notamment à Casablanca, Rabat et Marrakech. Ce volet urbain prévoit l’aménagement de 250 kilomètres de lignes et de 35 gares pour offrir aux usagers une fréquence minimale pouvant atteindre un train toutes les sept minutes et demie. Ces futurs tracés desserviront également directement les infrastructures sportives majeures du Royaume, garantissant une fluidité de transport optimale pour les millions de spectateurs attendus lors du rendez-vous planétaire de 2030.
Pour préserver les équilibres de l’institution malgré des charges de capital de l’infrastructure particulièrement lourdes, un schéma de financement diversifié a été mis en place avec l’État, les régions, les banques locales et des bailleurs de fonds internationaux. Cette approche concertée permet d’éviter que le poids de ces investissements historiques ne pèse de manière disproportionnée sur la santé financière de l’opérateur ferroviaire.
La question de la transformation institutionnelle de l’Office en société anonyme, évoquée depuis de nombreuses années, est toujours posée, indique Jeune Afrique. En bon stratège, le directeur général a d’abord tenu à assainir le profil de la dette et à stabiliser le modèle opérationnel avant d’envisager ce changement de statut juridique. Les prérequis étant désormais réunis, ce passage permettra à l’entreprise de diversifier ses sources de financement et de sceller définitivement sa transformation pour aborder l’avenir sur des rails solides.




