Le Maroc devrait voir son déficit commercial pharmaceutique continuer de se creuser. Selon une nouvelle analyse de marché réalisée par BMI, filiale de Fitch Solutions, les importations progressent nettement plus vite que les exportations, tandis que les baisses de droits de douane et la hausse du budget de la santé devraient encore soutenir les achats à l’étranger.
En 2025, les exportations marocaines de produits pharmaceutiques sont restées quasiment stables, à 1,6 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de seulement 1,2% sur un an en monnaie locale. En revanche, les importations ont bondi de 17,4%, pour atteindre 11,9 MMDH. Elles dépassent ainsi nettement les précédentes prévisions, qui tablaient sur un montant de 10,8 MMDH.
Cette progression s’est poursuivie en 2026. À fin juillet, les importations de médicaments et autres produits pharmaceutiques ont progressé de 14,8%, s’élevant à 8,59 MMDH, selon les derniers chiffres de l’Office des changes.
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Cette évolution a porté le déficit commercial pharmaceutique à 10,3 MMDH en 2025, contre 9,2 MMDH anticipés auparavant, indique BMI, estimant que l’écart entre les achats et les ventes à l’étranger devrait continuer de s’élargir dans les prochaines années.
Selon les nouvelles projections de ce fournisseur de recherches, de données et d’analyses spécialisé dans l’évaluation des risques et des opportunités sur les marchés mondiaux, notamment dans les économies émergentes et frontières, les importations marocaines de médicaments devraient continuer à progresser plus rapidement que les exportations.
Les génériques, un levier sous-exploité
Cette dynamique intervient alors que le marché pharmaceutique marocain poursuit sa croissance. Les ventes de médicaments devraient progresser de 7,8% pour atteindre 38,6 MMDH en 2026, soit une progression de 7,8% en monnaie locale.
En 2030, les ventes pourraient atteindre 46,3 MMDH, avec une croissance annuelle moyenne de 5,3% sur cinq ans. L’augmentation des dépenses par habitant et la progression de la pénétration du marché doivent continuer à soutenir cette évolution.
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BMI estime que la réforme du Code des médicaments et de la pharmacie pourrait toutefois modifier progressivement cette trajectoire. Adopté le 22 juin 2026 par la Chambre des conseillers, le projet de loi n°27.26 élargit notamment les responsabilités de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé en matière d’autorisation, de contrôle, d’inspection et de pharmacovigilance.
Le texte doit également accompagner la candidature du Maroc au niveau de maturité réglementaire 3 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui correspond à un système réglementaire stable et fonctionnel pour l’autorisation et le suivi de la sécurité des produits de santé.
Cette réforme ouvre aussi la voie à une révision du décret de 2015 relatif aux autorisations de mise sur le marché (AMM), avec pour objectif notamment de revoir les délais d’autorisation, jugés particulièrement longs pour les fabricants marocains de médicaments génériques, ajoute BMI.
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En fait, les délais actuels d’AMM peuvent atteindre en moyenne trois ans, alors que la cible réglementaire se situe entre neuf et douze mois. Cette situation pénalise les fabricants marocains face à leurs concurrents, notamment indiens, pour l’accès aux marchés africains.
Le secteur des médicaments génériques devrait néanmoins poursuivre son développement, selon cette analyse. Ses ventes pourraient atteindre 20,7 MMDH en 2030, avec une croissance annuelle moyenne de 6,3% sur la période 2025-2030. Une accélération des procédures d’autorisation pourrait, à terme, renforcer la production locale et limiter la progression des importations.
Cependant, à court terme, les mesures prises par les pouvoirs publics devraient continuer à favoriser les importations. En fait, la loi de finances 2026 a réduit de 30% à 2,5% les droits de douane appliqués à 112 médicaments essentiels et des réductions partielles ont également été introduites pour dix autres produits.
Mesures paradoxales
Cette décision intervient après les tensions d’approvisionnement ayant touché plus de 600 médicaments au cours de l’année 2025. La baisse des droits de douane doit ainsi faciliter l’approvisionnement du marché et soutenir les achats publics de médicaments.
Le budget de la santé renforce cette tendance, ajoute la note de BMI. Il a progressé de 30% en 2026 pour atteindre un niveau record de 42,3 MMDH. Cette enveloppe supplémentaire donne à l’État davantage de moyens pour financer les achats de médicaments et répondre aux besoins du système de santé.
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Mais la politique tarifaire comporte également un volet de protection de la production pharmaceutique nationale. Les droits de douane de 34 produits pharmaceutiques ont été, en effet, relevés afin de protéger les fabricants locaux, ce qui limite, à court terme, les possibilités de substitution aux importations.
Le paradoxe est donc manifeste: les mesures destinées à améliorer la disponibilité et l’accessibilité des médicaments peuvent aussi accroître la dépendance aux produits importés. Le développement de la production locale et l’accélération de l’accès des génériques au marché seront déterminants pour inverser progressivement cette tendance.




