Le redressement de la campagne agricole 2025-2026 s’appuie sur une amélioration significative des conditions hydriques alors que le cumul pluviométrique a atteint 443,7 mm à fin mars 2026, contre 243,4 mm une année auparavant, soit une hausse de 82,3% selon la direction de la météorologie nationale. Parallèlement, le taux de remplissage des barrages s’établit à 75%.
Une telle amélioration modifie directement les conditions de production fourragère et, par extension, la dynamique de l’élevage. L’alimentation du cheptel, fortement dépendante des parcours et des cultures fourragères, bénéficie mécaniquement de cette reconstitution hydrique, ce qui réduit les coûts d’alimentation et stabilise les cycles de production animale.
Ce regain intervient alors que l’élevage constitue un socle structurel de l’économie agricole. Lors de l’ouverture du Salon international de l’agriculture de Meknès (SIAM), le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, a rappelé que les filières animales représentent près de 35% du PIB agricole, assurent les revenus de 1,2 million d’éleveurs et génèrent environ 135 millions de journées de travail par an.
Un tel poids traduit une fonction économique différenciée au sein du secteur agricole. Les productions animales présentent une inertie productive plus élevée que les cultures céréalières, dont les rendements restent étroitement corrélés aux aléas pluviométriques. Cette relative stabilité confère à l’élevage un rôle d’ancrage dans la formation de la valeur ajoutée agricole.
En parallèle, la diffusion des revenus issus de l’élevage irrigue un tissu rural fragmenté, contribuant à lisser les cycles de revenu et à limiter les effets des chocs climatiques sur les ménages agricoles.
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Les données de Bank Al-Maghrib (BAM) traduisent la propagation de cette dynamique au niveau agrégé. Le PIB à prix courants s’établit à 443,8 milliards de dirhams au quatrième trimestre 2025, contre 415,4 milliards un an auparavant, soit une progression de 6,8%. Cette évolution prolonge l’accélération observée au troisième trimestre, où le PIB avait atteint 431,0 milliards de dirhams, selon la Revue de la conjoncture économique d’avril de BAM.
La valeur ajoutée agricole enregistre une progression plus soutenue, atteignant 44,2 milliards de dirhams contre 41,0 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 7,7%. L’écart de rythme avec le reste de l’économie confirme la sensibilité du secteur aux conditions hydriques et son rôle d’impulsion conjoncturelle.
Un différentiel de croissance au profit de l’agriculture
La comparaison sectorielle met en évidence un découplage partiel, toujours selon la Revue de la conjoncture économique d’avril de Bank Al-Maghrib, qui rapporte que le PIB non agricole atteint 399,6 milliards de dirhams au quatrième trimestre 2025, en progression de 6,7%, tandis que la valeur ajoutée non agricole augmente de 4,7% pour s’établir à 341,3 milliards de dirhams.
Cet écart reflète un mécanisme de diffusion interne au secteur agricole car l’amélioration des productions végétales renforce l’offre fourragère, ce qui alimente l’intensification des systèmes d’élevage et amplifie l’effet multiplicateur des filières animales sur la valeur ajoutée globale.
La reprise se manifeste également à travers les composantes fiscales. Les impôts sur les produits nets des subventions atteignent 58,2 milliards de dirhams au quatrième trimestre 2025, en hausse de 20,1% sur un an, selon la Revue.
Ce mouvement traduit à la fois une normalisation de la demande et des effets prix concentrés sur les produits alimentaires. Les filières animales occupent une position déterminante dans ce mécanisme, en raison de leur influence directe sur les prix des protéines animales, segment à forte pondération dans l’indice des prix à la consommation.
La détente relative des coûts d’alimentation animale, liée aux conditions pluviométriques, constitue un facteur potentiel de modération, sous réserve de la continuité du cycle hydrique.
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L’élevage marocain s’inscrit ainsi au croisement de plusieurs fonctions économiques dont la production de valeur, la stabilisation des revenus, la sécurité alimentaire et la cohésion territoriale. Les orientations présentées lors du SIAM mettent en avant une évolution des systèmes de production vers des standards plus exigeants en matière de traçabilité, de qualité sanitaire et d’efficacité productive.
Ces ajustements impliquent une intensification maîtrisée des systèmes d’élevage, appuyée sur des investissements dans la génétique, la nutrition animale et les infrastructures logistiques, avec un impact direct sur la productivité et la compétitivité des filières.
Le redressement conjoncturel observé en 2025-2026 met ainsi en évidence un point d’équilibre central: la capacité de l’élevage à transformer un choc climatique favorable en gains durables de valeur. Dans ce contexte, l’enjeu dépasse le cadre sectoriel, puisqu’il conditionne à la fois la stabilité du revenu agricole et la contribution de l’agriculture à la trajectoire macroéconomique nationale.




