KfW au Maroc: 3 milliards d’euros de financements indexés sur les réformes

De gauche à droite: Pr. Fatima-Zahra Aazi, professeure à la FSJES AC et modératrice ; Kenza Drissi Qeytoni, experte locale en développement économique durable à KFW; Dorothée Honauer, chargée de portefeuille en charge des secteurs climat et eau à KFW et Fouad Zerhouni, directeur du campus Links.

Mobilisation de 3 milliards d’euros, appui budgétaire conditionné aux réformes et financement ciblé des PME, la coopération financière allemande renforce son rôle dans des secteurs clés de l’économie marocaine, avec une logique d’impact mesurable et d’alignement sur les politiques publiques.

Le 25/04/2026 à 15h23

Une conférence organisée le 24 avril 2026 par le centre de recherches Links à la FSJES Aïn Chock a permis de préciser les mécanismes d’intervention de la KfW au Maroc, en présence de responsables de l’institution allemande et d’experts locaux. La modératrice, Pr. Fatima-Zahra Aazi, a rappelé que «le développement occupe une place centrale», insistant sur l’intérêt d’un modèle combinant financement, innovation et impact économique.

L’intervention de Dorothée Honauer, chargée de portefeuille climat et eau à la KfW, situe d’emblée l’ampleur du dispositif: «Le portefeuille actif atteint environ 3 milliards d’euros», positionnant le Maroc parmi «les cinq principaux partenaires» de l’institution. Elle précise également que «les engagements récents s’élèvent à environ 650 millions d’euros», confirmant une dynamique soutenue dans les financements.

La répartition des financements révèle un ciblage étroit des secteurs à fort effet d’entraînement. Dorothée Honauer souligne que «la mobilité, l’énergie — en particulier l’énergie verte —, l’eau ainsi que le développement économique durable» concentrent l’essentiel des interventions. Elle ajoute que «le portefeuille marocain figure parmi les plus importants en Afrique du Nord», avec une diversification incluant également «le secteur financier, la protection sociale et, dans une moindre mesure, l’agriculture».

Ce positionnement traduit une logique d’alignement avec les priorités publiques marocaines, notamment en matière de transition énergétique et de gestion des ressources hydriques. Pr. Fatima-Zahra Aazi insiste sur ce point en indiquant que «les énergies renouvelables, la gestion de l’eau et les projets durables constituent aujourd’hui une nécessité», soulignant la convergence entre les choix de financement et les besoins structurels de l’économie.

Le dispositif d’appui budgétaire constitue un axe central de l’intervention de la KfW. Kenza Drissi Qeytoni précise que «une matrice de réformes comprenant 12 indicateurs assortis de jalons sur trois ans» encadre les financements. Elle indique que «100 millions d’euros par an» sont mobilisés, avec un décaissement conditionné à l’avancement des réformes dans des secteurs clés.

Ce mécanisme introduit une logique de performance dans l’allocation des ressources publiques. Kenza Drissi Qeytoni souligne qu’«une réforme ne pouvant être menée sur une seule année», la programmation pluriannuelle permet d’inscrire les transformations dans la durée, tout en renforçant la discipline budgétaire.

Eau et efficacité énergétique, des projets à impact mesurable

Le secteur de l’eau apparaît comme domaine prioritaire, avec des projets combinant infrastructures et optimisation énergétique. Kenza Drissi Qeytoni détaille un programme mené avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) visant «la modernisation des sites de production et de transport de l’eau potable» ainsi que «le remplacement des équipements énergivores».

Les effets attendus sont explicitement quantifiés, notamment la «réduction des pertes d’eau, la diminution des émissions de CO2 et la baisse des coûts énergétiques». En complément, Dorothée Honauer met en avant l’importance des outils de mesure, évoquant «le financement de piézomètres pour suivre les nappes phréatiques» et le développement de «mécanismes de gestion concertée».

Tableau des principaux engagements financiers de la KfW au Maroc

DomaineMontant / IndicateurMécanisme
Portefeuille total3 milliards €Financements multi-sectoriels
Engagements récents650 millions €Nouveaux projets
Appui budgétaire100 millions €/anConditionné aux réformes
PME / microfinance495 millions €Garanties via Tamwilcom
Green Invest30 millions €Financement vert
Projet eau (exemple)40,2 millions €Infrastructure

Un exemple d’évaluation présenté par Kenza Drissi Qeytoni porte sur un projet d’approvisionnement en eau financé à hauteur de 40,2 millions d’euros, couvrant «1,7 million d’habitants pour l’approvisionnement et 1,2 million pour la distribution». Elle précise que «les résultats ont été jugés globalement satisfaisants», sur la base de critères du CAD de l’OCDE incluant «efficacité, efficience et durabilité».

Le soutien aux petites entreprises constitue un autre pilier de l’intervention. Kenza Drissi Qeytoni explique que «495 millions d’euros ont été engagés» en partenariat avec Tamwilcom pour garantir des lignes de crédit destinées aux TPE et PME. Elle souligne que ce dispositif vise à «faciliter l’octroi de crédits par les banques commerciales et les institutions de microfinance».

Une attention particulière est accordée aux projets à dimension environnementale. Kenza Drissi Qeytoni cite notamment le programme «Green Invest», doté de «30 millions d’euros», destiné à financer des initiatives respectueuses de l’environnement.

Pr. Fatima-Zahra Aazi rappelle, dans ce prolongement, que «la KfW soutient activement les PME et facilite l’accès au financement», établissant un lien direct entre ces dispositifs et la dynamique du tissu productif marocain.

Évaluation systématique et logique d’impact

L’évaluation constitue un élément structurant du modèle d’intervention. Kenza Drissi Qeytoni indique qu’«une unité interne réalise chaque année entre 50 et 70 évaluations», fondées sur des échantillons représentatifs. Elle précise que ces analyses reposent sur les standards du CAD de l’OCDE, couvrant «pertinence, cohérence, efficacité, efficience, impact et durabilité».

Un portail en accès libre permet de consulter les résultats, introduisant une dimension de transparence dans l’action de la KfW. Kenza Drissi Qeytoni insiste sur le fait que «l’impact constitue un axe central», ce qui oriente la sélection et la reconduction des projets.

La dimension sociale est intégrée de manière transversale. Dorothée Honauer indique que «la dimension genre est prise en compte dans l’ensemble des projets», avec des programmes spécifiques visant à soutenir les femmes, notamment dans les zones exposées aux risques climatiques.

Kenza Drissi Qeytoni précise qu’«un projet est en cours de définition avec Tamwilcom pour renforcer le soutien aux femmes entrepreneures», ajoutant que les dispositifs d’assistance technique permettent «d’ajuster les mécanismes en fonction des besoins des bénéficiaires».

L’ensemble des interventions traduit un modèle articulé autour de trois mécanismes: ciblage sectoriel, conditionnalité des financements et évaluation systématique. Dorothée Honauer résume cette approche en indiquant que «les interventions s’alignent systématiquement sur les stratégies nationales».

Pr. Fatima-Zahra Aazi élargit la réflexion en soulignant que «la mise en place d’un outil financier structurant pourrait accélérer la concrétisation de nombreux projets», posant la question de l’adaptation de ce modèle au niveau national.

La profondeur du partenariat entre le Maroc et la KfW, établie sur «plus de 60 ans» selon Dorothée Honauer, ouvre la voie à une extension des mécanismes testés vers d’autres économies africaines. L’articulation entre financement public, discipline de réforme et mesure d’impact pourrait constituer un référentiel dans un contexte où les besoins en investissement restent élevés.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 25/04/2026 à 15h23