Hydrogène vert: comment le Maroc fait la course en tête au Maghreb

Le Maroc prend les devants dans l’hydrogène vert grâce aux renouvelables et à son industrie, mais doit encore lever des freins économiques et logistiques pour attirer les capitaux étrangers.

Revue de presseFort de ses avancées dans les énergies renouvelables et de projets industriels ancrés dans son économie locale, le Royaume a une longueur d’avance. Mais pour transformer l’essai et attirer les capitaux internationaux, Rabat doit encore surmonter des obstacles économiques et logistiques majeurs. Cet article est une revue de presse tirée de Jeune Afrique.

Le 19/10/2026 à 21h11

Depuis plusieurs années, l’Europe multiplie les déclarations d’intention et les partenariats stratégiques pour s’assurer un accès privilégié à la future production d’hydrogène vert en Afrique du Nord. De l’Allemagne à la France, en passant par l’Italie et les Pays-Bas, les puissances industrielles du Vieux Continent considèrent le Maghreb comme le réservoir naturel de ce carburant bas carbone, perçu comme un levier central de la transition énergétique.

Les annonces se sont accumulées à Rabat et à Tunis, avec l’ambition partagée de produire massivement cette ressource afin de l’exporter vers les marchés européens. «Toutefois, cette trajectoire séduisante se heurte à des contraintes matérielles majeures, notamment des besoins considérables en électricité propre et en eau dessalée, qui exigent des investissements colossaux», rapporte le magazine Jeune Afrique.

Dans cette course régionale, le Maroc fait figure de pionnier et dispose d’une nette longueur d’avance sur ses voisins. Grâce à une politique volontariste engagée depuis plus d’une décennie, les énergies renouvelables représentent déjà près de 40% du mix électrique marocain, contre seulement 3,7% en Tunisie et 2,1% en Algérie.

Le Royaume bénéficie également d’un cadre juridique attractif et éprouvé pour les investisseurs internationaux, ce qui lui permet de concentrer la majorité des projets à l’étude. Dans une région frappée de plein fouet par un stress hydrique structurel, la capacité à coupler les installations d’électrolyse avec des usines de dessalement d’eau de mer constitue un facteur décisif.

Au-delà de la seule logique d’exportation, le modèle le plus abouti demeure celui fondé sur une consommation industrielle locale immédiate, à l’image des initiatives portées par le groupe OCP au Maroc. En ciblant la fabrication d’engrais azotés vertueux et la réduction de ses importations d’ammoniaque, le géant des phosphates s’assure un débouché interne garanti et directement rentable. «À l’inverse, les stratégies tunisienne et algérienne, essentiellement axées sur l’exportation d’une molécule à l’état brut vers un marché européen dont la demande effective tarde à se structurer, apparaissent à ce stade plus vulnérables et incertaines», note Jeune Afrique.

Malgré un enthousiasme médiatique soutenu et des calendriers prévoyant une production effective dès le début de la prochaine décennie, la réalité du terrain témoigne d’un ralentissement certain. Très peu de projets ont atteint le stade critique de la décision finale d’investissement, certains enregistrant même des suspensions ou des abandons discrets.

L’absence d’acheteurs engagés par des contrats fermes d’approvisionnement empêche les porteurs de projets de lever les capitaux nécessaires auprès des institutions financières internationales, bloquant ainsi le passage de la théorie à la pratique.

L’équation économique globale reste l’obstacle majeur au déploiement à grande échelle de cette filière d’avenir. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie, la production d’hydrogène vert sans soutien public direct demeure deux à trois fois plus coûteuse que celle de l’hydrogène gris issu des énergies fossiles. «À ce surcoût de fabrication s’ajoute l’obligation de financer et de construire de lourdes infrastructures dédiées au stockage, au transport et à la distribution de la molécule, un effort budgétaire colossal qui tempère les ardeurs des investisseurs privés», souligne Jeune Afrique.

La crédibilité environnementale de la filière se heurte à des défis techniques et réglementaires majeurs qui restent à relever. Faute de mécanismes de traçabilité rigoureux permettant de distinguer l’électricité renouvelable de celle issue du réseau électrique conventionnel, il demeure complexe de garantir le caractère véritablement bas carbone de la production.

Si la création d’un écosystème d’hydrogène vert conserve un potentiel immense pour diversifier l’approvisionnement énergétique mondial, la transformation de cette ambition technologique en une réalité industrielle tangible au Maghreb exige encore de lever de nombreux verrous structurels.

Par La Rédaction
Le 19/10/2026 à 21h11