ZLECAf: le secteur automobile ouvre la voie à l’intégration industrielle de l’Afrique

Dans l'usine Renault à Tanger, au Maroc.(Photo d'illustration)

Revue de presseEn adoptant de nouvelles règles d’origine harmonisées, les États membres de la Zone de libre-échange continentale africaine posent les jalons d’une industrie automobile régionale unifiée. Entre baisses progressives des droits de douane, essor de la production et opportunités pour les acteurs majeurs comme pour les acteurs émergents, le continent prépare une mutation économique majeure à l’horizon 2035. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Économiste.

Le 19/10/2026 à 21h22

L’Afrique s’apprête à franchir une étape historique dans la structuration de ses capacités industrielles grâce à l’impulsion donnée par la Zone de libre-échange continentale africaine. À la suite d’un accord unanime des chefs d’État des pays membres réunis à Addis-Abeba, le secteur automobile a été choisi pour inaugurer l’intégration effective des chaînes de valeur régionales.

Cette initiative majeure repose sur la fixation de règles d’origine précises, autorisant le commerce sans droits de douane ni quotas pour les véhicules et composants relevant des codes douaniers SH 8701 à SH 8716. «Désormais, pour bénéficier des tarifs préférentiels continentaux, un véhicule devra intégrer au moins 40% de contenu d’origine africaine, la part des matières importées étant plafonnée à 60%. Ce plafond stratégique sera réévalué à l’horizon 2031», rapporte le quotidien L’Économiste dans son édition du mardi 20 octobre.

L’opérationnalisation de ce cadre ambitieux suivra un calendrier rigoureux afin d’assurer une transition harmonieuse pour l’ensemble des administrations nationales. Dans une première phase déjà engagée, les efforts se concentrent sur la mise à niveau des capacités douanières, la finalisation des procédures administratives ainsi que le renforcement des mécanismes de certification et de vérification.

La mise en œuvre effective débutera le 1er janvier 2027 par une réduction progressive des tarifs douaniers appliqués à une première catégorie d’équipements, notamment les plaquettes de frein, les amortisseurs, les radiateurs et les tuyaux d’échappement, avant d’aboutir à l’exonération totale de la majorité des marchandises concernées d’ici 2035.

Au-delà de la simple baisse tarifaire, l’apport majeur de cette réforme réside dans la création d’un environnement juridique unifié, prévisible et sécurisé pour l’ensemble des acteurs économiques. Grâce à l’établissement d’une définition harmonisée de l’origine continentale, les autorités douanières disposent d’un outil clair de contrôle, tandis que les constructeurs peuvent réorganiser leurs approvisionnements sans craindre de contestations intempestives aux frontières. Selon les analyses du cabinet BMI Études, cette harmonisation normative constitue un puissant levier pour stimuler le commerce intra-africain, accélérer la localisation des équipementiers et ancrer durablement la confiance des investisseurs internationaux dans le tissu industriel du continent.

Les perspectives macroéconomiques associées à cette dynamique réglementaire dessinent une trajectoire de croissance soutenue pour l’ensemble de la filière. Les projections sectorielles anticipent une progression de la production automobile africaine de 6,4% dès 2026, pour atteindre 1,5 million d’unités, avec un objectif d’environ 2,2 millions de véhicules produits à l’horizon 2035. «Portée par une conjoncture démographique et économique favorable, la demande devrait suivre une progression comparable: les ventes de véhicules devraient augmenter de 5% en 2026 pour atteindre 2 millions d’unités, puis maintenir un rythme de croissance annuel moyen de 5,7% pour s’établir à 3,4 millions de véhicules commercialisés en 2035», souligne L’Économiste.

Sans surprise, cette expansion industrielle profitera dans un premier temps aux géants déjà établis du secteur manufacturier africain. Le Maroc et l’Afrique du Sud, qui concentraient respectivement 47,2% et 43,7% de la production continentale en 2025, apparaissent comme les principaux bénéficiaires immédiats de la réforme grâce à leurs infrastructures axées sur l’exportation et à leurs réseaux très structurés de fournisseurs locaux. D’autres marchés traditionnels, comme l’Algérie et l’Égypte, conservent des positions significatives, bien que leurs performances restent soumises à des tensions macroéconomiques récurrentes, notamment la volatilité des devises et les restrictions de change qui pèsent sur l’approvisionnement en kits d’assemblage.

Toutefois, le succès global de cette intégration continentale reste conditionné par la résolution de fragilités structurelles tenaces et la montée en puissance de nouveaux acteurs. Alors que des nations émergentes comme le Kenya et le Ghana développent progressivement leurs capacités d’assemblage sous l’impulsion de politiques publiques volontaristes, la mise en œuvre effective de la ZLECAf devra surmonter les obstacles liés à la porosité des frontières, au poids du secteur informel et au pouvoir d’achat restreint des ménages. L’atteinte des objectifs de production et la démocratisation des gains économiques dépendront ainsi de la célérité avec laquelle chaque État membre saura adapter ces règles communes à ses réalités nationales.

Par La Rédaction
Le 19/10/2026 à 21h22