Face à une inflation persistante qui fragilise le budget des ménages, l’Alliance des économistes istiqlaliens a choisi Casablanca pour lancer un pavé dans la mare des circuits de distribution nationaux. Lors d’une rencontre organisée dans la capitale économique, les ténors du parti de l’Istiqlal, dont son secrétaire général Nizar Baraka et le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, se sont penchés sur la protection du pouvoir d’achat des Marocains. «Le constat dressé par les intervenants est sans appel: si la crise climatique et la hausse du coût des intrants agricoles pèsent sur l’offre, c’est avant tout l’inefficacité des canaux de commercialisation qui asphyxie le consommateur final», rapporte le magazine Finances News Hebdo.
Les indicateurs sociaux présentés lors de cet événement dessinent une réalité économique particulièrement rude. Aujourd’hui, plus de 75% des ménages marocains estiment que leurs conditions de vie se sont détériorées au cours de l’année écoulée. L’épargne est devenue un luxe accessible à seulement 2,5% des foyers, tandis que près de 88% des Marocains n’envisagent aucunement de pouvoir mettre de l’argent de côté à l’avenir. Cette détresse financière est directement corrélée à l’envolée des prix des denrées de base. L’alimentation absorbe désormais 38,5% du budget moyen des familles, un taux qui franchit le seuil critique des 45% pour les ménages les plus modestes, creusant ainsi les inégalités.
Au cœur des débats, lit-on dans Finances News, le rôle des intermédiaires a été pointé du doigt comme le principal facteur d’amplification de cette crise. Selon les chiffres du Conseil de la concurrence, ces acteurs intermédiaires captent en moyenne 34% de la valeur finale des produits agricoles, une part qui frôle parfois les 50% du prix payé en bout de chaîne. Abdellatif Maazouz, président de l’Alliance, a dénoncé un système de rente et de spéculation qui neutralise l’effet des interventions financières, pourtant massives et coûteuses, de l’État. Nizar Baraka a qualifié la situation de véritable paradoxe économique : l’agriculteur ne parvient pas à dégager un revenu juste pour son travail, tandis que le citoyen paie ses aliments au prix fort, la valeur ajoutée étant totalement absorbée par les maillons intermédiaires de la chaîne.
Pour remédier à ces dysfonctionnements sans pour autant réintroduire un contrôle des prix par décret ou revenir à une économie administrée, le parti de l’Istiqlal mise sur une refonte structurelle et le renforcement de la souveraineté alimentaire. Les propositions s’articulent d’abord autour de la sécurisation des ressources, notamment par une meilleure gestion de l’eau, le dessalement de l’eau de mer et la mise en place de quotas de production strictement réservés au marché intérieur pour les produits stratégiques.
Le volet le plus novateur du plan réside dans la réorganisation de la logistique commerciale. S’inspirant de modèles internationaux, Nizar Baraka préconise la création de sociétés publiques ou de partenariats public-privé pour encadrer les filières agricoles les plus sensibles. Ces structures auraient pour mission d’acheter directement les productions auprès des agriculteurs et des coopératives, d’investir dans le transport frigorifique et de moderniser les capacités de stockage afin de limiter les pertes. Enfin, cette stratégie globale prévoit la transformation des marchés de gros, la constitution de stocks de sécurité et la création d’un Observatoire national des marges bénéficiaires afin d’assurer une transparence et une traçabilité totales des prix, du producteur jusqu’à l’assiette du consommateur.




