Les boulevards d’Aïn Atiq, Témara, Rabat et Salé ont été le théâtre d’une course-poursuite d’une rare violence à la fin de la semaine dernière. «Deux individus recherchés pour un homicide particulièrement barbare ont finalement été neutralisés par les forces de l’ordre après avoir opposé une résistance farouche à l’arme blanche», indiquent les quotidiens Assabah et Al Akhbar dans leurs éditions respectives du lundi 22 juin.
Tout a commencé au douar Sako, dans la commune d’Aïn Atiq, lorsqu’un agriculteur local a fait une découverte d’une horreur absolue. En inspectant une cabane de fortune située dans une exploitation agricole en périphérie de la zone industrielle, l’homme est tombé sur le corps sans vie d’un jeune homme de vingt-neuf ans.
La victime gisait dans une mare de sang, les membres solidement ligotés. Alertées immédiatement, les forces de la Gendarmerie royale et les autorités locales se sont précipitées sur les lieux pour procéder aux constatations d’usage. La dépouille a ensuite été transférée à la morgue du Centre hospitalier universitaire Ibn Sina de Rabat pour autopsie. «Les conclusions du rapport médico-légal ont révélé un acharnement d’une violence inouïe, faisant état de vingt coups de couteau portés sur l’ensemble du corps de la victime, provoquant une hémorragie massive et fatale», précise Assabah.
Les investigations menées à un rythme effréné par le Centre judiciaire de la Gendarmerie royale de Témara ont rapidement permis d’identifier les auteurs présumés de ce crime de sang. Localisés dans le quartier El Ayayda à Salé, chez la sœur de l’un d’eux, les suspects ont fait l’objet d’une intervention conjointe de la police et de la gendarmerie.
L’arrestation a toutefois failli tourner au drame lorsque, se voyant cernés, les deux criminels ont attaqué les forces de l’ordre avec une agressivité inouïe, au moyen d’armes blanches de grande taille, manquant de tuer un officier de police. Face à cette menace immédiate, un gendarme a fait usage de son arme de service en tirant cinq coups de semonce en l’air. «Devant le refus persistant d’obtempérer des assaillants, des tirs de neutralisation ont été nécessaires pour maîtriser et blesser les deux forcenés, mettant ainsi fin à leur cavale avant leur évacuation d’urgence, sous stricte surveillance médicale, vers l’hôpital provincial Moulay Abdellah de Salé, explique à son tour Al Akhbar.
L’enquête approfondie a permis de lever le voile sur les motivations de cet acte barbare. La victime travaillait comme ouvrier journalier dans une usine de marbre locale, tandis que l’un des agresseurs était gardien de troupeau pour le compte d’un notable de la région et que le second s’était récemment installé à Témara en provenance de la région de Khémisset. Selon les déclarations des mis en cause recueillies par les enquêteurs, le passage à l’acte a été dicté par un profond sentiment d’humiliation et de frustration sociale, communément appelé «hogra». Nourrissant un ressentiment destructeur à l’égard de la situation de la victime, les suspects ont mis au point un piège pour l’enlever, le séquestrer et lui infliger des actes de torture avant de l’exécuter froidement.
Le parquet général près la Cour d’appel de Rabat a ordonné le placement des deux suspects sous stricte surveillance médicale en vue de la poursuite des investigations. Ils devront répondre de chefs d’accusation particulièrement lourds, notamment la constitution d’une bande criminelle, l’enlèvement et la séquestration accompagnés de tortures, l’homicide volontaire avec préméditation, l’outrage et les violences envers des fonctionnaires publics dans l’exercice de leurs fonctions, le refus d’obtempérer et la détention d’armes blanches sans motif légitime.




