Historique: après la débâcle au Mondial, le régime d’Alger interdit le droit de perdre

L’attaquant numéro 10 de l’Argentine, Lionel Messi, célèbre son deuxième but pour son équipe lors du match de football du Groupe J de la Coupe du monde 2026 opposant l’Argentine et l’Algérie au Kansas City Stadium à Kansas City, le 16 juin 2026.

L’attaquant numéro 10 de l’Argentine, Lionel Messi, célèbre son deuxième but pour son équipe lors du match de football du Groupe J de la Coupe du monde 2026 opposant l’Argentine et l’Algérie au Kansas City Stadium à Kansas City, le 16 juin 2026. AFP or licensors

Humilié par un cinglant 3-0 face à l’Argentine le 17 juin dernier, le régime d’Alger vient d’inventer le premier totalitarisme du sifflet en interdisant formellement toute critique négative sur son équipe nationale. Alors que l’ANIRA cadenasse les plateaux télévisés locaux, les supporters des Fennecs exportent de l’autre côté de l’Atlantique un ensauvagement décomplexé et l’emprisonnement du journaliste sportif Christophe Gleizes par Alger est désormais en mondovision. La 3alamia est assurée.

Le 21/06/2026 à 11h52

Le ridicule a trouvé sa nouvelle capitale, et elle dispose désormais d’un organe officiel. Le régime d’Alger vient de s’illustrer par un énième inédit historique qui restera gravé dans les annales de la psychose d’État: il est désormais formellement interdit de commenter négativement les prestations de l’équipe nationale de football.

Cette décision tragi-comique fait directement suite à la fessée mémorable reçue par les Fennecs le 17 juin dernier lors de la Coupe du monde 2026. Un cinglant 3-0 administré par l’Argentine, qui a agi comme un révélateur chimique sur les fragilités d’un pouvoir aux abois. Devant l’incapacité chronique de sa sélection à exister sur la pelouse, la junte a choisi sa solution favorite: casser le thermomètre pour cacher la fièvre.

Le football comme prolongement

C’est par un communiqué publié samedi 20 juin que l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (ANIRA) a sonné la fin de la récréation pour les rares journalistes qui ont osé troquer la brosse à reluire pour l’analyse technique. Le régulateur a ainsi recadré les chaînes TV algériennes après les commentaires sur le match Algérie-Argentine. Officiellement, l’ANIRA a constaté que «certaines interventions et certains commentaires» sur les chaînes TV algériennes après Algérie-Argentine (0-3) se «sont écartés de l’analyse sportive objective pour se transformer en attaques personnelles et en accusations de trahison et de diffamation». Sans blague!

Cette réaction lunatique intervient après que de rares voix critiques ont osé, pour une fois, attaquer de front le problème de la mollesse de l’équipe algérienne. Une audace intolérable en Algérie, où la doxa d’État exige que l’on critique la météo, la pelouse, la taille de la cage du gardien, l’arbitrage ou le caractère «ourdi» du hat-trick de Lionel Messi. Et si cela ne suffit pas, il reste l’argument massue: affirmer que le Maroc et Fouzi Lekjaa, président de la FRMF, sont derrière un complot cosmique.

En Algérie, le football n’est pas un sport. C’est un enjeu de communication interne. L’enjeu n’est pas de briller par son soft power dans le concert des nations, mais d’endormir le peuple. Peu importe si la sélection algérienne est lamentable, il faut lui cirer les pompes. Après tout, elle n’est rien d’autre qu’un prolongement du pouvoir.

Alors que la sélection s’apprête à jouer face à la redoutable Jordanie ce mardi 23 juin, la machine à complots tourne déjà à plein régime. Le sélectionneur des Nashama n’étant autre que le Marocain Jamal Sellami, nul doute qu’il sera qualifié «d’agent du Makhzen». À moins que ce ne soit l’Autriche, que les Fennecs affrontent en dernier match de poule le dimanche 28 juin, qui soit accusée d’avoir rejoint l’axe Rabat-Paris-Tel Aviv.

Le rayonnement par la violence et l’oppression

Pendant que le pouvoir d’Alger ligote ses journalistes, il laisse ses supporters exporter une violence décomplexée de l’autre côté de l’Atlantique. Alors que la Coupe du monde 2026 bat son plein, les violences de Times Square et les provocations scatologiques de Kansas City tirent le signal d’alarme sur le «danger algérien».

Dans une enquête rigoureuse publiée par le média en ligne canadien Western Standard, le journaliste d’investigation Daniel Robson, spécialiste reconnu de l’extrémisme numérique et de la sécurité nationale, met en lumière une stratégie de diversion globale d’un régime qui sature ses médias de théories du complot pour transformer chaque pelouse en terrain de guérilla.

Les faits sont là: à la veille du match contre l’Argentine, le cœur de New York a servi de ring. «Des supporters algériens et argentins ont été impliqués dans une violente confrontation à Times Square. Des images montrent des coups échangés au milieu de la foule [...] tandis que des passants et des enfants se retrouvaient pris dans les débordements», rapporte le média canadien.

Le lendemain, le naufrage est devenu comportemental. Une vidéo révoltante a montré un supporter algérien se soulager ostensiblement sur les sièges du stade de Kansas City avec un sourire provocateur. Ce vandalisme de tribune n’a rien d’inédit. C’est la réplique clinique du comportement de l’influenceur Raouf Belkacemi, qui s’était filmé en train d’uriner dans les tribunes du stade Prince Moulay El Hassan à Rabat lors de la dernière CAN au Maroc, avant d’être condamné à trois mois de prison par la justice marocaine.

Le Western Standard rappelle également les bilans effarants des célébrations de 2019 et 2021 en France. En 2019, la victoire contre le Nigeria avait déclenché des scènes de guérilla urbaine à Paris, Lyon et Marseille, se soldant par 282 interpellations, des commerces pillés et des véhicules incendiés. En décembre 2021, la Coupe arabe se soldait par 432 verbalisations et 32 interpellations sur les Champs-Élysées. Un «schéma transnational identifiable» où la victoire comme la défaite servent de prétexte au chaos.

«Le seul journaliste sportif détenu au monde»

Cette haine est injectée par intraveineuse par les organes de propagande d’Alger. Confronté à une crise systémique interne, le pouvoir entretient méthodiquement une «mentalité d’assiégé dans laquelle les échecs internes, les critiques internationales et les déceptions sportives sont fréquemment attribués à des forces étrangères hostiles».

Cette rhétorique déresponsabilise les structures algériennes et conditionne les supporters à la haine. En interdisant la critique sportive chez lui, le régime d’Alger vient de prouver qu’il préfère basculer dans la folie dictatoriale plutôt que d’assumer la dure réalité du terrain: un score de 3-0 ne se censure pas à coups de communiqués de l’ANIRA.

Ceci, d’autant plus que pendant que l’ANIRA s’essouffle à traquer la moindre vérité sur les plateaux télévisés d’Alger, le régime s’est offert un naufrage d’une tout autre envergure, cette fois en mondovision. Mercredi 10 juin, à la veille du coup d’envoi de cette Coupe du monde 2026, le patron de la FIFA, Gianni Infantino, a brisé le protocole festif à Mexico pour infliger une humiliation publique inédite à la junte militaire. Devant un parterre de correspondants internationaux médusés, Infantino a pointé une chaise vide, celle de Christophe Gleizes, 37 ans, journaliste français de So Foot condamné arbitrairement à sept ans de prison ferme pour «apologie du terrorisme» après un simple reportage sur la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK).

En le désignant solennellement comme «le seul journaliste sportif détenu au monde», la FIFA a jeté un projecteur destructeur sur l’exceptionnalisme répressif d’Alger, lui attribuant de fait une sinistre 3alamiya (réputation internationale) dont le pouvoir se serait bien passé. Briser des médias locaux à très faible portée n’y changera absolument rien.

Par Tarik Qattab
Le 21/06/2026 à 11h52