Tout commence la veille de l’événement. «Des représentants de la mairie sont venus repérer les lieux, prendre des photos, sans rien confirmer», raconte Touria Lamtahef. À ce stade, seule une éventualité est évoquée: une possible visite du maire Zohran Mamdani pour quelques minutes, afin de s’immerger dans l’ambiance des supporters marocains réunis pour le match.
Ce n’est que tard dans la soirée, vers 22 heures, que la confirmation tombe. Dar Lbahja est finalement choisi parmi plusieurs établissements new-yorkais. «Ils cherchaient un endroit où l’on vit pleinement les matchs, avec une ambiance festive et authentique. Nous avons l’habitude d’organiser ce type de soirées autour du football», explique la fondatrice.
Le timing était particulièrement serré. «Je n’ai quasiment pas eu le temps de me préparer. Le lendemain, je suis arrivée très tôt afin de finaliser les derniers préparatifs», raconte-t-elle. À l’origine, la visite ne devait durer qu’une dizaine de minutes autour d’un thé marocain.
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Peu avant l’arrivée du maire, son assistant passe commande pour l’équipe qui l’accompagne: lentilles, couscous, tajine de viande aux pruneaux et thé à la menthe. «Au départ, ces plats étaient destinés uniquement au staff. Le maire, lui, ne devait prendre qu’un thé», précise Touria.
Mais à son arrivée, Zohran Mamdani s’est rapidement laissé séduire par les saveurs marocaines. «Il a commencé par goûter quelques plats, puis il s’est finalement attablé avec son équipe. Il s’est montré très simple, très spontané», raconte-t-elle. De la pastilla au tajine de viande aux pruneaux -qu’il a particulièrement apprécié jusqu’à la dernière bouchée-, le maire a découvert la richesse de la gastronomie marocaine dans une atmosphère conviviale et chaleureuse.
Séduit à la fois par la cuisine et par l’atmosphère, il prolonge sa visite bien au-delà des dix minutes prévues. «Finalement, il est resté toute la première mi-temps. Il voulait même voir la suite du match», sourit la restauratrice.
Mais l’ambiance festive attire rapidement l’attention. Les clients, surpris par cette présence inattendue, commencent à prendre des photos et à diffuser des vidéos en direct sur les réseaux sociaux. En quelques minutes, l’information se répand dans la ville. «Le restaurant a été pris d’assaut», se souvient Touria.
Face à l’affluence, les équipes de sécurité interviennent et demandent au maire de quitter les lieux. «C’était devenu compliqué à gérer. Ils ont préféré écourter la visite pour des raisons de sécurité», explique-t-elle. Le maire restera néanmoins jusqu’à la fin de la première mi-temps.
Au moment de partir, un dernier geste marque la restauratrice. Alors que l’équipe de Dar Lbahja souhaitait offrir le repas, le maire insiste pour régler l’addition. «Son assistant est revenu après leur départ. Nous voulions offrir cette réception, mais il a tenu à payer. J’ai même conservé le chèque. Il a aussi laissé un pourboire», confie-t-elle.
Touria Lamtahaf aux côtés du maire de New York, Zohran Mamdani.
Pour Touria Lamtahef, cette visite dépasse l’anecdote. Elle incarne une reconnaissance du rayonnement de la cuisine marocaine à New York. «C’est une grande fierté pour moi, mais aussi pour toute la communauté marocaine ici», conclut-elle.
La suite, on la connaît. Ou plutôt, elle s’écrit sous nos yeux. Ouvert il y a à peine 16 mois, le restaurant a connu une ascension fulgurante, jusqu’à figurer, en mai dernier, parmi les 100 meilleurs établissements de la ville New York selon le New York Times — une distinction de taille dans une métropole qui compte plus de 17.000 restaurants, dont plus de 6.000 rien qu’à Manhattan.
Et l’engouement ne faiblit pas. Bien au contraire. À la faveur de la Coupe du monde, l’affluence a encore grimpé d’un cran. À Astoria, plusieurs résidents marocains racontent avoir croisé, à maintes reprises, des compatriotes venus d’autres États américains, attirés par une seule promesse: retrouver, le temps d’un repas, les saveurs du pays au menu de Dar Lbahja.












