Le dernier rapport semestriel de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dresse un tableau contrasté des marchés alimentaires mondiaux. Céréales, sucre, fret maritime ou encore produits de la pêche: l’étude met en lumière des dynamiques sectorielles divergentes, dans lesquelles le Maroc apparaît notamment comme un importateur net confronté à de fortes contraintes d’approvisionnement.
Ainsi, en ce qui concerne les céréales, le rapport de la FAO relève qu’après deux campagnes agricoles consécutives marquées par la sécheresse, le Maroc devrait enregistrer un rebond significatif de sa production céréalière totale en 2026 grâce au retour des pluies.
La FAO table sur 6,3 millions de tonnes, contre 4,5 millions en 2025 et une moyenne triennale 2022-2024 de 4,1 millions de tonnes. Pour le seul blé, la production nationale devrait s’élever à 5 millions de tonnes en 2026-2027, contre 3,5 millions lors de la campagne en cours et 3,1 millions en moyenne sur les trois dernières années, selon la FAO.
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Toutefois, ce rebond de la production céréalière nationale ne devrait pas se traduire par une baisse des importations. Bien au contraire, les achats à l’étranger devraient encore progresser durant la campagne 2025-2026. Selon les estimations de la FAO, les importations atteindraient 11,4 millions de tonnes, contre une moyenne de 9,7 millions de tonnes sur la période 2022-2024, dont 6,8 millions de tonnes de blé. Elles devraient ensuite reculer à 9,2 millions de tonnes en 2026-2027, sous l’effet d’une amélioration de la récolte nationale. Les stocks de fin de campagne sont, quant à eux, estimés à 5 millions de tonnes en 2025-2026 avant de se stabiliser à 4,1 millions de tonnes l’année suivante.
En céréales secondaires (orge, maïs, sorgho), le Maroc apparaît plutôt comme un importateur modeste. En effet, pour le maïs, la FAO prévoit un volume d’importations marocaines de 3,5 et 3,6 millions de tonnes sur les deux campagnes 2025-2026 et 2026-2027, pour une production locale quasi nulle. Pour l’orge, il ressort du rapport que le Maroc produit l’essentiel de ses besoins: 1 à 1,2 million de tonnes de production, pour une utilisation totale d’environ 1,7 à 2 millions de tonnes lors des deux campagnes.
Pêche: le Maroc leader en Afrique
Pour le marché mondial du sucre, il a renoué avec un excédent de production en 2025-2026, après plusieurs saisons déficitaires, grâce notamment à l’Asie, essentiellement la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Thaïlande, selon la FAO. En Afrique, la FAO identifie trois pays comme moteurs de la hausse de la production continentale: le Kenya, le Maroc et l’Afrique du Sud.
Pour le Maroc, grâce au retour des pluies en 2025-2026, la production sucrière nationale est estimée à 0,4 million de tonnes (valeur brute), contre 0,3 million lors de la campagne précédente. Toutefois, les importations marocaines de sucre devraient atteindre 1,9 million de tonnes en 2025-2026 (contre 2 millions lors de la campagne précédente), témoignant d’un déficit structurel de production par rapport à la demande intérieure, estimée à 1,3 million de tonnes.
Dans le domaine halieutique, les statistiques de la FAO montrent que le Maroc se classe deuxième exportateur africain de produits de la mer derrière l’Afrique du Sud sur certains segments et comme premier producteur de captures de pêche continentale avec 1,4 million de tonnes en 2023 et 2024. En valeur, ses exportations halieutiques sont estimées à 2,8 milliards de dollars en 2025 et devraient atteindre 2,9 milliards en 2026, faisant du Royaume le premier exportateur de poissons d’Afrique en valeur.
Par ailleurs, le rapport de la FAO relève que le marché du fret maritime de vrac sec affiche des performances contrastées depuis novembre 2025. L’indice Baltic Dry (BDI) a progressé de 30% en six mois pour s’établir à 2.964 points au 21 mai 2026, soit 122% au-dessus de son niveau d’un an auparavant.
Fret maritime: le coût baisse à Casablanca
Pour les segments plus directement liés aux importations alimentaires du Maroc, la situation est plus nuancée. L’indice IGC Grains and Oilseeds Freight (GOFI), qui mesure le coût complet des voyages sur les routes clés des céréales et oléagineux, n’a progressé que de 10% en six mois malgré une hausse de 76% des carburants marins, signe que les taux d’affrètement à la journée ont en partie absorbé le choc pétrolier.
Le rapport de la FAO détaille également l’évolution des coûts de fret sur les principales routes d’approvisionnement du Maroc. Sur la liaison Rouen–Casablanca, opérée en navires de type Handysize (25.500 tonnes de capacité), le tarif s’établit à 23 dollars la tonne, en recul de 9% sur six mois, mais en hausse de 37% sur un an.
Sur l’axe Novorossiysk–Casablanca, principal corridor d’exportation des céréales russes vers le Royaume, le coût du transport atteint 28 dollars la tonne, soit une baisse de 10% par rapport à l’automne 2025, mais une progression de 40% en glissement annuel.
Ces évolutions montrent que, malgré un assouplissement des tarifs de fret à destination des ports marocains au cours des derniers mois, les coûts logistiques demeurent sensiblement supérieurs à leurs niveaux de l’an dernier.




