Contrairement aux précédentes émissions souveraines, le gouvernement n’a pas communiqué en amont sur les préparatifs de cette levée, ni sur ses échanges avec les investisseurs internationaux. Cette absence de visibilité tranche avec les pratiques habituelles, où les roadshows et les indications préalables jouent un rôle clé dans la mobilisation des marchés.
Cette opération a été bouclée alors que, jusqu’aux dernières heures de la souscription à l’emprunt obligataire souverain, l’entourage de la ministre de l’Économie et des Finances avait démenti toute sortie imminente du Trésor, allant jusqu’à évoquer une allocution de la ministre à Paris, à l’invitation d’un ministre français.
Comme lors des précédentes sorties, le Trésor a opté pour une levée libellée en euros. Toutefois, la structuration de l’opération présente des différences notables, notamment en termes de maturité. Deux tranches ont été émises: une à 8 ans et une autre à 12 ans, contre des échéances de 4 ans et 10 ans lors de l’émission de 2025. Un choix qui confirme la volonté du Maroc de s’inscrire sur des horizons de financement plus longs.
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Sur le plan des conditions financières, les primes de risque affichent des évolutions contrastées. Le spread sur la tranche à 8 ans ressort à 170 points de base, un niveau plus élevé que celui observé sur la maturité à 4 ans en 2025, soit 155 points de base. En revanche, la tranche à 12 ans affiche un spread de 200 points de base, en baisse par rapport aux 215 points de base consentis sur la maturité à 10 ans lors de la précédente sortie.
Autre indicateur notable: le niveau de la demande. L’opération a été sursouscrite à hauteur de deux fois seulement, un niveau inférieur à celui de l’émission de 2025, qui avait suscité une demande dépassant trois fois le montant levé. Ce recul relatif de l’appétit des investisseurs pourrait refléter un contexte international plus incertain ou des conditions de marché moins favorables.
Cette nouvelle levée intervient dans un contexte budgétaire particulier. Le gouvernement vient en effet d’acter une rallonge de 20 milliards de dirhams destinée à soutenir la Caisse de compensation et à préserver le pouvoir d’achat des ménages, dans un environnement marqué par les répercussions de la crise au Moyen-Orient.
Le recours au marché international s’inscrit comme un levier complémentaire de financement des besoins budgétaires, dans la continuité de la stratégie de diversification des sources de financement du Trésor. Cette opération n’en contribue pas moins à alourdir le stock de dette extérieure.




