Des panneaux solaires flottants pour alimenter tout le pays

Installation de panneaux solaires flottants sur le barrage Tanger Med.. AFP or licensors

Revue de presseUne étude publiée en mai 2026 dans la revue «npj Clean Energy» révèle qu’en couvrant 40% de la surface des barrages hydrauliques classiques du Maroc de panneaux solaires flottants, le pays pourrait théoriquement couvrir l’intégralité de ses besoins en électricité. Mais derrière cette promesse se cache une urgence encore plus pressante: la préservation de l’eau. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 21/05/2026 à 18h36

Le Maroc, confronté à une sécheresse persistante et à une facture énergétique lourde, pourrait trouver une réponse à ces deux enjeux dans une même infrastructure: ses barrages. Une étude de faisabilité, publiée le 11 mai 2026 dans la revue scientifique npj Clean Energy par des chercheurs des universités Abdelmalek Essaadi et Sidi Mohamed Ben Abdellah, avance un chiffre aussi spectaculaire que simple: couvrir 40% de la surface des barrages hydrauliques classiques du royaume de panneaux solaires flottants (FPV) suffirait théoriquement à alimenter tout le pays en électricité. Cette proposition, indique le magazine hebdomadaire Challenge, prend tout son sens alors que le Maroc s’est fixé pour objectif de porter la part des énergies renouvelables à 52% de son mix électrique d’ici 2030. Pourtant, au-delà de la promesse énergétique, c’est une autre urgence qui devrait mobiliser les décideurs: celle de l’eau.

Chaque année, le Maroc perd 909 millions de mètres cubes d’eau par évaporation sur ses barrages, qui couvrent une superficie totale d’environ 433 km². Pour le professeur Aboubakr El Hammoumi, chercheur principal de l’étude, la préservation de cette ressource représente un argument politique immédiat bien plus puissant que la production d’électricité, dans un contexte de sécheresse prolongée. Techniquement, l’ombrage créé par les panneaux solaires permettrait de réduire l’évaporation d’environ 30% sur les surfaces couvertes.

Les chiffres illustrent toute cette urgence. Les réserves des barrages marocains sont passées de 8,9 milliards de mètres cubes en 2018 à 4,4 milliards en 2024, après sept années de sécheresse sévère. Dans ce contexte, chaque goutte compte. Selon le rapport, un déploiement modeste aurait déjà un impact significatif. Installer des panneaux sur seulement 1% de la superficie totale des retenues, soit environ 4,3 km² sur les 433 km² que représentent l’ensemble des barrages, apporterait une contribution substantielle aux besoins énergétiques nationaux.

Le projet le plus avancé en matière de solaire flottant au Maroc se situe au barrage Oued Rmel, près de Tanger. Lancé par le groupe Tanger Med en collaboration avec le ministère de la Transition énergétique, ce projet pilote vise une capacité de 13 MW, soit environ 14% des besoins énergétiques du complexe portuaire. Plus de 400 plateformes flottantes supportant plusieurs milliers de panneaux ont déjà été installées. L’ambition est d’étendre l’installation à 22 000 panneaux couvrant environ 10 hectares du réservoir, qui s’étend sur 123 hectares. Un autre projet pilote, une installation de 360 kW à Sidi Slimane, produit déjà environ 644 MWh par an.

Ces initiatives témoignent d’une volonté politique, mais les experts appellent à la prudence, lit-on dans Challenge. «Théoriquement, couvrir des surfaces importantes de nos plans d’eau de PV flottant peut générer une quantité d’énergie équivalente à notre consommation, mais c’est un raccourci un peu rapide. Le PV flottant ou sur terre ne produit qu’en journée, soit près d’un quart des 24 heures où l’on consomme de l’électricité. Même en journée, il faudrait investir massivement dans les infrastructures de transport d’énergie à partir de ces barrages, qui seraient elles-mêmes en sous-utilisation structurelle, augmentant significativement le coût de l’énergie livrée au réseau», explique Hicham Bouzekri, expert en transition énergétique, cité par le magazine.

Malgré ces avancées, le Maroc ne dispose toujours pas de cadre réglementaire ou de procédures de passation de marché dédiées au solaire flottant sur les infrastructures hydrauliques publiques. Pour qu’un déploiement à grande échelle devienne financièrement viable, il faudra définir des modèles d’appel d’offres, des directives réglementaires claires et une coordination efficace entre les régulateurs de l’eau, de l’énergie et les développeurs privés. À ce stade, les projections de retour sur investissement restent spéculatives, faute de données opérationnelles suffisantes pour documenter les coûts de maintenance à long terme, la fiabilité des ancrages face aux variations du niveau d’eau, et les performances de dégradation en milieu aquatique. Le projet d’Oued Rmel n’a pas encore produit de données publiquement disponibles pour valider ou infirmer les hypothèses du modèle national.

Le solaire flottant ne résout pas à lui seul la question de l’intermittence. L’étude identifie une piste sérieuse: le stockage par pompage hydraulique adossé aux barrages existants. Le Maroc dispose déjà de deux atouts majeurs en la matière. La station de pompage-turbinage Abdelmoumen (350 MW) et celle d’Afourer. Coupler massivement le solaire flottant à ces installations permettrait de lisser la production et d’éviter le syndrome du «tout-ou-rien» des énergies renouvelables.

Par La Rédaction
Le 21/05/2026 à 18h36