Coface anticipe une hausse de 6% des défaillances d’entreprises: quels enjeux pour le Maroc?

Le siège social de la Coface en France.. DR

La multiplication des tensions géopolitiques continue de produire des effets durables sur l’économie mondiale. Dans sa dernière mise à jour des risques pays et sectoriels, Coface anticipe une hausse de 6% des défaillances d’entreprises à l’échelle mondiale et une croissance limitée à 2,3% en 2026. Pour le Maroc, ces perspectives soulignent la nécessité de composer avec un environnement international plus incertain, marqué par des coûts logistiques élevés, des chaînes d’approvisionnement encore fragiles et un ralentissement de la demande chez plusieurs partenaires économiques.

Le 02/07/2026 à 15h49

Le retour progressif au dialogue entre Washington et Téhéran constitue un signal favorable pour les marchés internationaux. Pourtant, selon le dernier rapport de Coface, cette séquence diplomatique ne marque pas un retour immédiat à la normale. Plus de quinze semaines de conflit ont profondément désorganisé l’une des principales artères du commerce mondial, laissant des effets durables sur les flux logistiques, les coûts de transport et les équilibres énergétiques.

Le document souligne que la durée du conflit a largement dépassé les anticipations initiales, modifiant durablement les conditions d’approvisionnement de nombreuses économies. Même si les risques militaires diminuent, les perturbations accumulées continueront d’affecter les entreprises pendant plusieurs mois, le temps que les chaînes logistiques retrouvent un fonctionnement plus fluide.

Pour une économie comme celle du Maroc, fortement dépendante des échanges extérieurs, cette lecture revêt une importance particulière. Les importations d’énergie, de matières premières et de composants industriels demeurent sensibles aux évolutions des grandes routes commerciales internationales, tandis que les exportateurs marocains restent exposés aux coûts du transport maritime et aux délais de livraison.

Le rapport rappelle que le détroit d’Ormuz constitue un point de passage incontournable pour les hydrocarbures et leurs produits dérivés. Les perturbations enregistrées durant le conflit ont démontré combien la concentration des flux énergétiques sur quelques corridors maritimes représente une vulnérabilité structurelle pour l’économie mondiale.

Cette dépendance dépasse largement le seul Moyen-Orient. Selon Coface, très peu de pays ont été capables d’échapper aux conséquences des perturbations, notamment en Asie du Sud-Est et sur la façade orientale de l’Afrique. Cette diffusion géographique du choc illustre le degré d’interconnexion des chaînes de valeur internationales.

Pour le Maroc, situé au carrefour des routes maritimes reliant l’Europe, l’Afrique et l’Atlantique, cette situation rappelle également l’importance stratégique des infrastructures portuaires et logistiques dans la sécurisation des échanges commerciaux.

Une croissance mondiale qui ralentit sous l’effet des tensions persistantes

L’étude de Coface estime que l’économie mondiale a jusqu’à présent résisté grâce aux stocks constitués avant la crise et à l’ajustement progressif de la demande. Cette capacité d’absorption montre toutefois ses limites.

Les auteurs du rapport observent désormais les premiers signes d’un ralentissement plus généralisé, alimenté par les arrêts de production dans plusieurs secteurs, les tensions inflationnistes et le durcissement des conditions financières. Cette combinaison réduit les marges de manœuvre des gouvernements au moment même où les besoins de soutien économique augmentent.

Dans ce contexte, Coface révise ses perspectives de croissance mondiale à 2,3% en 2026, contre des anticipations plus favorables auparavant. La révision cumulée atteint 0,6 point pour les exercices 2026 et 2027, traduisant une détérioration progressive des perspectives économiques internationales plutôt qu’un choc ponctuel.

Cette évolution mérite une attention particulière pour le Maroc, dont les performances restent étroitement liées à la demande de ses principaux partenaires commerciaux, notamment européens, ainsi qu’à l’évolution des investissements internationaux.

Les conséquences les plus visibles concernent désormais le fonctionnement des chaînes logistiques mondiales. Selon le rapport, la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué un effondrement du trafic maritime, avec seulement 145 navires recensés en mai, contre plus de 3.300 un an auparavant.

Cette contraction exceptionnelle s’est traduite par un allongement des délais de livraison, une hausse des coûts logistiques et les premiers risques de pénuries dans plusieurs secteurs industriels. Face à cette situation, de nombreuses entreprises reconstituent des stocks de précaution afin de sécuriser leur production.

Le document souligne néanmoins que cette stratégie améliore la résilience opérationnelle tout en dégradant la trésorerie et la rentabilité des entreprises. Les besoins en financement augmentent au moment où les conditions de crédit deviennent plus restrictives, créant un effet de ciseau susceptible d’accroître les difficultés financières.

Cette détérioration explique également la poursuite attendue de la hausse des défaillances d’entreprises. Coface prévoit une progression mondiale de 6% cette année, avec des augmentations particulièrement marquées aux États-Unis, en France et au Japon.

Des impacts économiques très différenciés selon les régions

Le rapport insiste sur le caractère asymétrique du choc. Les économies du Golfe apparaissent comme les plus directement affectées en raison de leur forte dépendance au détroit d’Ormuz, tandis que la zone euro subirait principalement les effets de la hausse des prix de l’énergie et d’une demande intérieure plus hésitante. Coface n’anticipe ainsi qu’une croissance de 0,7% pour la zone euro.

Aux États-Unis, le retour des tensions inflationnistes constitue l’un des principaux facteurs de ralentissement. L’inflation est passée de 2,4% en février à 4,2% en mai, réduisant le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes et pesant sur la consommation.

L’Asie présente une configuration plus contrastée. Certaines filières, comme les semi-conducteurs sud-coréens, enregistrent une progression spectaculaire de leurs exportations, en hausse de 153% depuis le début de l’année. À l’inverse, plusieurs industries demeurent confrontées à une compression persistante de leurs marges.

Les économies émergentes subissent principalement un retour des tensions inflationnistes accompagné d’un durcissement monétaire. Le rapport cite notamment le Brésil, dont le taux directeur atteint 14,5%, illustrant le coût économique du maintien de la stabilité des prix.

Une multiplication des déclassements qui traduit une dégradation généralisée du risque

L’un des principaux enseignements de cette actualisation réside dans la dégradation simultanée des évaluations pays et sectorielles.

Coface annonce huit déclassements de pays ainsi que 45 modifications sectorielles, dont 41 déclassements pour seulement quatre reclassements. Cette répartition traduit une dégradation plus large que celle observée lors d’un simple ralentissement conjoncturel.

Jean-Christophe Caffet, chef économiste de Coface, estime que «l’accalmie au Moyen-Orient est une bonne nouvelle, mais elle ne doit pas masquer l’essentiel: les perturbations d’ores et déjà embarquées vont peser sur l’activité, le revenu et l’emploi». Il souligne également que les 41 déclassements sectoriels répartis dans 19 pays témoignent de l’ampleur mondiale des conséquences du conflit sur les flux commerciaux et la rentabilité des entreprises.

Sans modifier directement l’évaluation du risque du Royaume, cette mise à jour de Coface éclaire l’environnement dans lequel évoluent désormais les entreprises marocaines. La combinaison d’une croissance mondiale plus faible, de coûts logistiques durablement élevés et d’une fragmentation persistante des échanges internationaux impose une adaptation progressive des stratégies industrielles et commerciales.

L’accalmie observée au Moyen-Orient réduit incontestablement le risque d’une crise énergétique immédiate. Toutefois, comme le souligne le rapport de Coface, les conséquences économiques d’un conflit majeur se prolongent bien au-delà de la fin des hostilités. Pour le Maroc, l’enjeu ne réside plus uniquement dans la gestion d’un choc ponctuel, mais dans la capacité à évoluer dans un environnement international où les risques géopolitiques deviennent une composante durable de la performance économique.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 02/07/2026 à 15h49