Climat: le Maroc confronté à la sécheresse des sols la plus sévère d’Afrique

Le Maroc est en tête des pays africains les plus touchés par la sécheresse des sols.

Le Maroc présente un profil climatique paradoxal en Afrique. Selon un rapport conjoint de l’OCDE, du Global Green Growth Institute et de la Banque mondiale, le Royaume affiche l’anomalie d’humidité des sols la plus sévère parmi les pays africains, signe d’une sécheresse agricole particulièrement marquée. Il reste toutefois relativement moins exposé à l’aggravation des vagues de chaleur et des précipitations extrêmes, tout en étant cité comme une référence de l’action climatique en Afrique du Nord.

Le 02/09/2026 à 13h48

Un rapport conjoint de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), du Global Green Growth Institute (GGGI) et de la Banque mondiale dresse un état des lieux inédit des risques climatiques sur le continent africain. L’étude, intitulée «New Data for Africa’s Changing Climate: Mapping Risks, Readiness and Policy Action», couvre 28 pays, dont le Maroc, qui représentent ensemble environ 73% des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à l’énergie du continent.

Le document part d’un constat frappant. La température moyenne du continent atteint en 2024 un niveau supérieur de 1,3°C à la période de référence 1981-2010. Les vagues de chaleur, les sécheresses agricoles et les précipitations intenses perturbent déjà les moyens de subsistance, les infrastructures et les systèmes alimentaires à travers l’Afrique, et ces phénomènes devraient s’intensifier en l’absence d’une réduction significative des émissions mondiales.

Il rappelle, par ailleurs, que le continent africain ne contribue qu’à hauteur de 4% aux émissions mondiales des émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à l’énergie, ce qui, selon ses auteurs, ouvre une fenêtre stratégique pour éviter les trajectoires de développement à forte intensité carbone.

En ce qui concerne l’exposition à la chaleur, le rapport indique que près de la moitié des pays analysés subissent plus de 300 jours de stress thermique fort par an, en moyenne sur la période 2020-2024, mesurés à partir de l’indice climatique thermique universel (UTCI), qui combine température, humidité, vent et rayonnement solaire. Il note que le Nigeria, pays le plus peuplé du continent, est exposé à près de 350 jours de stress thermique par an et les pays sahéliens comme le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Togo affichent une exposition proche de l’année entière.

Dans ce classement, le Maroc fait partie des pays combinant un niveau de PIB par habitant plus élevé et un nombre de jours de stress thermique nettement inférieur à celui des pays d’Afrique de l’Ouest et sahéliens, une position plus proche de celle du Kenya ou du Cap-Vert que de celle du Nigeria ou du Burkina Faso.

Vagues de chaleur: le Maroc moins exposé

Le rapport réalise également une projection sur l’évolution du nombre de jours chauds additionnels (température maximale dépassant 35°C) d’ici la fin du siècle, en comparant les scénarios d’émissions très faibles et très élevés. Selon cette projection, la moitié des pays étudiés pourraient connaître 73 jours chauds supplémentaires ou plus entre le scénario le plus optimiste et le plus pessimiste. Les pays les plus exposés à cette aggravation sont la Guinée-Bissau, le Burkina Faso, le Mali et la Guinée.

Le Maroc figure en position intermédiaire-basse, entre le Cameroun et l’Afrique du Sud, soit parmi les pays pour lesquels l’augmentation projetée du nombre de jours chauds additionnels reste plus modérée que pour la majorité des pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel.

S’agissant des sécheresses agricoles, les auteurs du document relèvent que la plupart des pays africains couverts par l’étude ont connu des conditions plus sèches que la moyenne de référence au cours des dernières années. Dans ce cadre, c’est surtout le cas du Royaume qui retient l’attention, le rapport indiquant explicitement que «le Maroc affiche l’anomalie d’humidité des sols la plus sévère parmi l’ensemble des pays africains sélectionnés». Ce qui signifie un sol nettement plus sec que la normale.

Cette anomalie est mesurée sur les terres agricoles, en comparant l’humidité du sol en surface sur la période 2020-2024 à la période de référence climatique 1981-2010.

Sur le volet des précipitations extrêmes, le Maroc se démarque également par rapport à la tendance dominante sur le continent, selon le rapport qui indique que l’exposition aux précipitations extrêmes devrait augmenter dans la quasi-totalité des pays africains étudiés d’ici le milieu et la fin du siècle, à l’exception du Cap-Vert. Il précise, en effet, que «des pays comme l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Maroc devraient connaître des augmentations relativement modestes des précipitations extrêmes», contrairement à l’Ouganda, à l’Éthiopie et au Sierra Leone, qui devraient enregistrer les hausses les plus fortes.

Cette relative modération est également relevée au niveau des terres agricoles. Le rapport souligne, en effet, que plus de 50% des surfaces cultivées sont exposées aux précipitations extrêmes dans la plupart des pays africains sélectionnés, à l’exception du Maroc, cité nommément comme le seul pays du groupe où cette exposition reste marginale.

Le profil climatique du Maroc qui se dégage de ce rapport est donc contrasté. Le pays est confronté à l’anomalie de sécheresse des sols la plus sévère de l’échantillon étudié, mais son exposition aux pluies extrêmes et à leurs effets sur les terres cultivées reste, à l’inverse, parmi les plus faibles du continent.

Le Maroc, référence de l’action climatique

Le rapport consacre une partie importante de son analyse au suivi des politiques d’atténuation climatique en Afrique, à partir du Cadre de mesure des actions et politiques climatiques (CAPMF) de l’OCDE, qui évalue sur une échelle de 0 à 10 l’adoption et la rigueur des politiques climatiques. Selon cette mesure, l’action climatique en Afrique a progressé de façon continue après l’accord de Paris, avant de ralentir à partir de 2021.

Toutefois, le document conclut que l’ensemble des pays africains, Maroc compris, disposent encore d’une marge de progression importante pour renforcer leurs politiques d’atténuation, qu’il s’agisse d’adopter de nouvelles mesures ou de renforcer celles existantes, afin d’éviter un verrouillage dans des schémas de consommation et de production à forte intensité carbone.

En outre, le rapport insiste sur le fait que la capacité d’adaptation des pays africains ne dépend pas uniquement de leur niveau de développement économique. «La capacité d’adaptation des pays africains varie considérablement, même parmi ceux ayant des niveaux de revenu similaires» et repose autant sur la solidité des institutions, l’accès aux données climatiques, la gouvernance et le financement que sur les infrastructures elles-mêmes, souligne-t-il.

Il relève également que les économies africaines à plus faible revenu risquent de supporter les coûts économiques les plus lourds du changement climatique, notant que certains pays pourraient voir leurs pertes économiques liées au climat dépasser 10% du PIB d’ici 2050 en l’absence de mesures d’adaptation efficaces.

Les auteurs du rapport affirment que des interventions d’adaptation bien conçues peuvent réduire sensiblement les pertes économiques liées au climat, tout en générant des bénéfices plus larges pour la santé, l’équité et le développement humain, à travers des investissements dans les infrastructures physiques, le capital humain et la gestion des ressources naturelles.

À cet effet, le rapport formule quatre priorités d’action pour la région. La première est de combler le déficit de données sur les politiques d’adaptation et les interventions de résilience climatique. La deuxième consiste à privilégier des approches pragmatiques et séquencées dans la mise en œuvre de l’adaptation, plutôt que des réformes trop ambitieuses par rapport aux capacités administratives réelles. La troisième priorité est de mobiliser et déployer plus efficacement le financement climatique et la quatrième est de saisir la fenêtre de l’urbanisation rapide du continent pour éviter que les infrastructures urbaines ne s’enferment durablement dans une trajectoire à forte intensité carbone.

Ainsi, pris dans son ensemble, le rapport «New Data for Africa’s Changing Climate: Mapping Risks, Readiness and Policy Action», situe le Maroc dans une position singulière au sein du paysage climatique africain. Il le présente, en effet, comme un pays confronté à l’anomalie de sécheresse des sols la plus sévère du panel étudié, mais relativement préservé face à l’intensification des précipitations extrêmes qui touche la majorité du continent, et cité, aux côtés de l’Égypte, comme une référence de l’action climatique en Afrique du Nord, dans un contexte où l’ensemble des pays africains, selon les auteurs du rapport, doivent encore combler d’importants déficits de données pour bâtir des politiques d’adaptation robustes.

Par Lahcen Oudoud
Le 02/09/2026 à 13h48