Le changement climatique impose désormais aux États un défi qui dépasse la seule adaptation des infrastructures. La multiplication des épisodes extrêmes oblige également les finances publiques à développer des mécanismes capables d’absorber rapidement le coût économique des catastrophes. C’est dans cette logique que s’inscrit le projet «Strengthening Morocco’s Financial Resilience to Climate Physical Risks», soutenu par la Banque mondiale et mis en œuvre par Atlantic Re ainsi que le Fonds de solidarité contre les événements catastrophiques (FSEC).
Selon le dernier rapport d’avancement publié le 30 juin 2026, le programme poursuit un objectif central: renforcer les capacités techniques, opérationnelles et financières du Maroc afin de mieux répondre aux catastrophes naturelles et d’en limiter les conséquences pour les populations les plus vulnérables.
Cette ambition prend aujourd’hui une dimension nouvelle. D’après cette étude, la Banque mondiale a rehaussé son appréciation de l’état d’avancement du projet, tant sur la progression vers l’objectif de développement que sur sa mise en œuvre globale, désormais toutes deux qualifiées de «modérément satisfaisantes». Cette évolution traduit la levée progressive de plusieurs blocages techniques observés ces derniers mois, sans pour autant signifier que les principaux défis sont désormais derrière le Royaume.
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L’amélioration de l’évaluation s’accompagne d’une décision structurante qui, comme le rappelle le rapport, prend la forme d’une restructuration de niveau 2 approuvée le 23 juin 2026, avec un report de la clôture du projet du 30 juin 2026 au 31 mai 2028. Le document précise que cette prolongation vise à améliorer la faisabilité des activités engagées, à renforcer leur pertinence et à laisser un délai suffisant pour atteindre les objectifs fixés.
Ce choix reflète la nature même des investissements concernés. Contrairement à un projet d’infrastructure classique, l’essentiel des travaux porte sur la conception d’outils actuariels, de modèles de risques, de mécanismes de réassurance et d’instruments financiers innovants destinés à protéger les finances publiques. Leur mise en œuvre nécessite des travaux techniques, réglementaires et institutionnels dont le calendrier dépasse souvent celui des investissements matériels.
La réassurance et les obligations catastrophe au cœur de la stratégie marocaine
Le rapport montre que le chantier le plus stratégique concerne désormais les mécanismes de transfert des risques. Si la plateforme numérique de paiement est aujourd’hui pleinement opérationnelle après avoir été livrée et testée sur le terrain, les dispositifs destinés à couvrir les risques d’inondation et de séisme restent en cours de structuration.
Le document souligne notamment que le produit de réassurance contre les inondations porté par le FSEC fera l’objet d’une restructuration. Il sera désormais complété par un nouvel indicateur consacré à la mise en place d’une obligation catastrophe destinée au transfert du risque sismique, avec une échéance fixée à mai 2028.
Cette évolution illustre une transformation profonde de la politique de gestion des catastrophes au Maroc. Plutôt que de mobiliser uniquement des ressources budgétaires après un sinistre, le Royaume cherche progressivement à transférer une partie du risque vers les marchés internationaux de la réassurance et des capitaux. L’enjeu est double: accélérer la disponibilité des financements après une catastrophe majeure et limiter l’impact immédiat de ces événements sur les équilibres des finances publiques.
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La capacité à transférer efficacement les risques dépend toutefois de la qualité des données disponibles. C’est pourquoi une part importante du projet est consacrée à la modernisation des modèles de risques.
Selon le rapport, le nouveau modèle de risque d’inondation est désormais achevé sur le plan technique. Sa validation définitive reste suspendue à la résolution de quelques éléments contractuels mineurs, tandis que l’intégration des effets du changement climatique dans les différents modèles de risques a été regroupée dans un contrat unique dont le lancement est annoncé comme imminent.
Ces travaux peuvent sembler éloignés des préoccupations quotidiennes des entreprises ou des ménages. Ils constituent pourtant le socle des futurs mécanismes d’assurance souveraine. Plus les modèles sont précis, plus le coût du transfert des risques peut être optimisé et plus les capacités de couverture financière du pays gagnent en efficacité.
Une montée en compétences des institutions publiques
Le document met également en avant le renforcement progressif des capacités institutionnelles. Quatre des cinq formations opérationnelles prévues ont déjà été réalisées, dont une session consacrée au risk layering, organisée au profit de la Direction du Trésor et des finances extérieures, du FSEC et de la Société centrale de réassurance. Les plans de communication institutionnelle et de gestion de crise ont également été finalisés.
En revanche, plusieurs composantes demeurent en attente. La plateforme nationale de formation en ligne n’a pas encore été déployée et aucun des 800 capteurs destinés au futur dispositif de réassurance des inondations urbaines n’a encore été acquis. D’après cette étude, ces deux volets figurent parmi les priorités qui devront être concrétisées avant l’échéance de 2028.
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L’autre enseignement du rapport concerne l’exécution financière du projet. À fin juin 2026, seuls 700.000 dollars avaient été décaissés sur une enveloppe totale de 5 millions de dollars, soit un taux de réalisation de 14%. Les 4,3 millions de dollars restants devraient être mobilisés principalement au cours des exercices 2027 et 2028.
À première vue, ce rythme peut paraître modeste. Il s’explique toutefois par la nature séquentielle du projet, où les études, les modèles de risques et les travaux de structuration précèdent les investissements opérationnels. La restructuration décidée par la Banque mondiale vise précisément à permettre cette montée en puissance des décaissements au fur et à mesure que les dispositifs financiers entreront dans leur phase de déploiement.
Au-delà du suivi opérationnel du projet, le rapport met en évidence une évolution plus large de la politique économique marocaine. Face à la multiplication des risques climatiques, le Royaume cherche à compléter les investissements consacrés à l’adaptation des territoires par une véritable stratégie de résilience financière. Réassurance souveraine, modélisation des risques, obligations catastrophe et renforcement des capacités institutionnelles constituent désormais les différentes composantes d’un même dispositif destiné à réduire la vulnérabilité budgétaire du pays.




