À quelques semaines de l’expiration de son mandat, l’équipe dirigeante de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), conduite par Chakib Alj et Mehdi Tazi, a dressé le bilan de son mandat 2023-2026, lors d’une conférence de presse tenue le 15 avril 2026 au siège de la CGEM à Casablanca.
Élu en mai 2023 pour un second mandat sur la base d’un programme intitulé «Libérer les énergies pour une croissance durable et inclusive», le binôme Chakib Alj–Mehdi Tazi s’apprête à passer le relais à la tête de l’organisation. Leur succession devrait être assurée par ce même Mehdi Tazi, qui brigue la présidence aux côtés de Mohamed Bachiri en tant que vice-président général, après validation de leur candidature par le Conseil d’administration de la centrale patronale. Le binôme sera soumis au vote lors de l’Assemblée générale ordinaire élective prévue le 14 mai 2026.
Le binôme sortant défend avec ferveur le bilan de son second mandat, dont le programme s’articulait autour de quatre axes: amélioration du climat des affaires pour les TPME, libération du capital humain, inclusion économique et territoriale, et préparation de l’économie de demain.
Délais de paiement, marchés publics, fiscalité…
Ainsi, parmi les réalisations les plus importantes, la CGEM met en avant sa contribution à la loi 69-21 sur les délais de paiement. Face à l’explosion des crédits inter-entreprises estimés à près de 400 milliards de dirhams, la Confédération a plaidé pour un système de sanctions pécuniaires progressives, une auto-déclaration par les entreprises et l’affectation des amendes à un fonds de soutien aux TPME.
Au sujet des marchés publics, qui représentent environ 25% du PIB annuel, la CGEM a participé activement à la réforme du décret y afférent, rappelle Chakib Alj. Le nouveau texte introduit un référentiel unique, une réserve de 30% des marchés pour les TPME et une préférence nationale permettant de retenir une offre marocaine même si elle est jusqu’à 15% plus chère qu’une offre étrangère.
En matière fiscale, la CGEM a mobilisé sa commission Fiscalité et Douane ainsi que son groupe parlementaire à la chambre des conseillers, qui a déposé 48 amendements à la loi de finances 2026. Cette mobilisation a contribué à la poursuite de la convergence de l’impôt sur les sociétés vers une grille cible (environ 20% pour les PME, 35% pour les grandes entreprises) ainsi que l’adoption des mesures de soutien au pouvoir d’achat et à la demande intérieure.
Lire aussi : Info360. Une candidature unique pour la présidence de la CGEM, le binôme Tazi–Bachiri seul en lice
Concernant la simplification des procédures administratives, identifiée comme un frein majeur à l’investissement par un sondage de la CGEM, elle a fait l’objet d’un travail de diagnostic et de plaidoyer. La Confédération prône le remplacement progressif des autorisations discrétionnaires par des cahiers des charges et des procédures normalisées, essentiellement pour les autorisations urbanistiques. La CGEM a également contribué à des chantiers de dématérialisation.
De même, un corridor direct a été mis en place entre la Confédération et l’Office des changes pour traiter rapidement les cas pratiques rencontrés par les entreprises en matière de réglementation des changes, pour instruire les dossiers complexes et alimenter les évolutions du cadre de change.
Dans le domaine logistique, la CGEM a obtenu le lancement du programme «PME Supply Chain», doté de 100 millions de dirhams sur cinq ans pour moderniser la logistique des PME. L’Observatoire marocain de la compétitivité logistique a par ailleurs été réactivé en 2025, alors que les coûts logistiques représentent encore 20% du PIB au Maroc, contre 10 à 12% dans les économies avancées.
Formation, innovation, droit de grève
Sur le volet social, la CGEM dénonce un système de formation professionnelle continue «en panne». En effet, explique Hicham Zouanat, président de la Commission sociale de la CGEM, toutes les entreprises contribuent à son financement, mais seule 1% en bénéficie. La Confédération a participé, dans le cadre de l’accord social tripartite, à l’élaboration d’une vision cible pour réformer la gouvernance et le financement de la formation continue, avec un objectif de meilleure adéquation aux besoins des TPME.
Elle a également lancé le «Morocco Innovation Lab», une plateforme destinée à diffuser l’innovation technologique dans l’industrie et les services, en mettant en contact entreprises, start-ups et acteurs de la recherche. L’objectif est d’améliorer la productivité et d’accélérer la transformation technologique, en particulier des TPME.
Sur le plan législatif, l’équipe dirigeante de la CGEM a exprimé sa satisfaction quant à la promulgation de la loi organique sur le droit de grève, attendue depuis plus de soixante ans. La CGEM a souligné qu’elle a contribué activement aux discussions pour garantir un équilibre entre le droit de grève et la continuité de l’activité économique. Elle reste mobilisée sur le suivi des textes d’application et sur la modernisation du Code du travail, jugé «anachronique» par les entreprises et considéré comme le principal frein à l’embauche.
Lire aussi : CGEM: l’élection du nouveau président fixée au 14 mai
S’agissant des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance), la CGEM a poursuivi le développement de son label RSE, avec 37 nouvelles entreprises labellisées (151 au total). Elle a également lancé un «Label PME Responsable», doté d’un référentiel simplifié pour accompagner les petites structures dans une démarche de responsabilité sociétale.
En décembre 2025, de nouveaux codes de bonnes pratiques de gouvernance ont été publiés par la Commission nationale de gouvernance d’entreprise, co-présidée par la CGEM et le ministère de l’Industrie et du Commerce. Il s’agit de cinq codes adaptés à la taille, au secteur et à l’actionnariat des entreprises. Un baromètre de la gouvernance responsable a par ailleurs été réalisé à trois reprises.
En matière d’inclusion, la CGEM a lancé la deuxième phase de la plateforme Morocco4Diversity, développée avec l’IFC (Société financière internationale), pour accompagner 21 entreprises dans des politiques d’égalité des chances. Sachant que le taux d’activité des femmes au Maroc plafonne à environ 19% (l’un des plus faibles de la région MENA). Une convention a été également signée avec le groupe AMH (Amicale marocaine des handicapés) pour renforcer l’employabilité des personnes en situation de handicap.
Industrie, décarbonation et start-ups
Au volet de la transition bas carbone, la CGEM a participé à la taskforce décarbonation initiée par la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement. Elle a mis à niveau son outil Bilan Carbone et diffusé un guide de la décarbonation (decarbonation.cgem.ma) pour aider les entreprises, notamment les TPME, à mesurer et réduire leur empreinte carbone.
S’agissant de l’innovation entrepreneuriale, la CGEM a lancé l’initiative «CGEM Tech for Founders», une offre d’adhésion destinée aux start-ups, dans un contexte où le Maroc figure à la septième place africaine en termes de levées de fonds. Elle a également participé à l’élaboration de la stratégie Digital Morocco 2030. Enfin, dans le cadre du programme Tatwir R&D, 160 projets ont été retenus pour financement, pour un coût global de 852 millions de dirhams, dont une prime à l’innovation industrielle de 311,4 millions de dirhams (42,4% de contribution de l’État).
Dans le domaine de la diplomatie économique, la CGEM a mené plus de 25 missions économiques et forums d’affaires. Elle a consolidé ses partenariats européens (MEDEF, CEOE, CIP) et engagé une dynamique de coopération autour de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne, le Portugal et la France. Des actions de plaidoyer ont été menées auprès des institutions européennes et britanniques.
De même, elle a œuvré pour promouvoir les relations avec les pays du Golfe, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, ainsi qu’avec des régions à fort potentiel comme l’Amérique latine (Mexique, Équateur, Guatemala, Brésil), l’ASEAN, la Turquie, l’Europe centrale et du Nord.
Lire aussi : Aide aux transporteurs: la CGEM salue la mesure mais appelle à une indexation des tarifs
En Afrique, la CGEM est restée active via les grandes plateformes panafricaines, avec un renforcement des liens avec le Sénégal, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Rwanda et le Gabon. Elle a également redynamisé les conseils d’affaires bilatéraux.
Sur le plan de la modernisation de sa gouvernance interne, la CGEM a engagé une révision de ses statuts et de son règlement intérieur, adoptée en assemblée générale extraordinaire le 15 mai 2025. Les nouvelles règles modernisent les modalités de convocation, clarifient les règles de fonctionnement des instances et comblent un vide juridique en cas de vacance simultanée de la présidence et de la vice-présidence générale.
Le règlement intérieur 2025 interdit à un président sortant de se présenter au poste de vice-président général, clarifie les règles de non-cumul et conditionne la participation aux instances à la régularisation des cotisations. Par ailleurs, la fonction de vice-président de la CGEM peut désormais être cumulée avec celle de président de fédération ou de CGEM région. Le président du groupe parlementaire de la CGEM intègre le conseil d’administration, de même que deux jeunes chefs d’entreprise innovants de moins de 35 ans.
La gouvernance de nouvelles entités a également été mise en place, comme celle de la Fédération marocaine des entreprises de services de santé (FMAESS) en décembre 2025, et celle de la CGEM Guelmim-Oued Noun en novembre 2024.
MyCGEM et rénovation des locaux
Enfin, la CGEM a lancé le 1ᵉʳ novembre 2025 sa plateforme digitale «MyCGEM», un espace membre exclusif qui centralise l’ensemble des démarches: inscription aux événements, gestion autonome des cotisations, téléchargement des reçus et attestations, mise à jour des informations. Un module networking permet d’accéder à un annuaire multifiltres des membres, de faciliter les mises en relation et de développer des opportunités d’affaires.
En parallèle, la Confédération a entrepris la rénovation complète de son siège et l’harmonisation de ses bureaux régionaux, afin de disposer d’un cadre «plus moderne, plus ouvert et plus collaboratif», à l’image de la transformation qu’elle entend poursuivre.




