Carburants synthétiques: le suisse Synhelion prépare une usine de 100.000 tonnes par an à Tan-Tan

L’usine DAWN de Synhelion à Jülich, en Allemagne, première installation du groupe dédiée à la production de carburants renouvelables à l’échelle industrielle.

Le Maroc s’apprête à accueillir un projet industriel d’envergure dans le domaine des carburants synthétiques renouvelables. Le groupe suisse Synhelion a signé un protocole d’accord (MoU) avec le gouvernement marocain en vue de développer une usine commerciale à grande échelle dans la province de Tan-Tan, dans la région de Guelmim-Oued Noun.

Le 08/09/2026 à 15h22

La future installation est annoncée avec une capacité de production de 100.000 tonnes de carburants renouvelables par an. Le projet vient de franchir plusieurs étapes concrètes avec la réservation d’un terrain destiné à accueillir l’usine et la création d’une structure locale, Synhelion Morocco. Cette dernière a par ailleurs obtenu le statut Casablanca Finance City.

Le protocole d’accord a été conclu avec le ministère de l’Industrie et du Commerce, le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, le ministère de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques, ainsi qu’avec l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), précise un communiqué de ce groupe basé à Zurich.

Pour Synhelion, le choix de Tan-Tan repose notamment sur le potentiel de la région en matière d’énergies renouvelables et sur les conditions jugées favorables au développement d’une chaîne de valeur locale dans les carburants renouvelables.

«Ce protocole d’accord reflète l’ambition du Maroc d’attirer des investissements à fort impact qui combinent innovation, durabilité et développement industriel», a déclaré Karim Zidane, ministre de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques, cité dans le communiqué.

Le ministre estime que le projet, en s’appuyant sur le potentiel renouvelable de Guelmim-Oued Noun, pourrait favoriser l’émergence de nouvelles chaînes de valeur, créer des opportunités économiques locales et renforcer le positionnement du Royaume comme plateforme compétitive pour l’industrie verte.

Le projet de Tan-Tan n’est pas totalement nouveau. Dès février 2025, le cofondateur et co-CEO de Synhelion, Gianluca Ambrosetti, avait annoncé un projet d’investissement au Maroc de l’ordre de 1 milliard de dollars pour développer une unité de production de carburants synthétiques.

Cette enveloppe avait été évoquée alors que le projet se trouvait encore à un stade préliminaire. Ambrosetti avait notamment indiqué que son financement pourrait reposer sur un mix comprenant des financements bancaires, des levées de fonds et d’éventuels soutiens publics.

Le montant d’un milliard de dollars n’est toutefois pas repris dans le nouveau protocole d’accord, qui ne fournit pas à ce stade de chiffre actualisé sur l’investissement nécessaire à la réalisation de l’usine. Le calendrier de construction et la date de démarrage de la production n’ont pas non plus été communiqués.

Du soleil au carburant

La particularité de Synhelion réside dans sa technologie dite «Sun-to-Liquid», développée à partir de travaux scientifiques menés à l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich).

Le procédé repose sur des champs de miroirs orientables, appelés héliostats, qui suivent la trajectoire du soleil et concentrent son rayonnement vers un récepteur installé au sommet d’une tour solaire. La chaleur ainsi produite alimente ensuite un processus thermochimique permettant de fabriquer des carburants synthétiques. Des températures supérieures à 1.000 °C peuvent être atteintes dans le réacteur solaire.

Synhelion explique aujourd’hui que sa technologie combine énergie renouvelable, eau et carbone pour produire des carburants synthétiques renouvelables. La société indique également pouvoir utiliser du carbone issu de déchets biogéniques. Les carburants obtenus sont conçus comme des carburants «drop-in», c’est-à-dire pouvant être utilisés avec les moteurs et infrastructures existants sans modifications majeures.

Cette technologie peut notamment déboucher sur la production de carburant d’aviation durable (SAF), de diesel et d’essence renouvelables. Synhelion souligne ainsi son intérêt pour les secteurs des transports difficiles à décarboner, en particulier l’aviation.

Le projet marocain constitue un changement d’échelle considérable pour Synhelion. L’entreprise exploite depuis 2024 son installation DAWN, à Jülich, en Allemagne, présentée comme sa première usine industrielle de production de carburants renouvelables.

Cette installation dispose notamment d’une tour solaire de 20 mètres, d’un champ de miroirs, d’un récepteur solaire, d’un réacteur thermochimique et d’un système de stockage thermique. Synhelion affirme que DAWN fonctionne aujourd’hui à plein régime et produit plusieurs milliers de litres de carburant par an.

L’installation allemande a permis à l’entreprise de valider son procédé à l’échelle industrielle. En septembre 2024, Synhelion annonçait avoir produit avec succès du syncrude, un pétrole brut synthétique renouvelable pouvant ensuite être raffiné en carburant d’aviation, diesel ou essence.

Le groupe cherche désormais à passer à l’étape commerciale. Il travaille notamment sur un autre projet en Allemagne, à Hürth-Knapsack, pour lequel il a sélectionné en septembre 2026 le groupe italien Saipem afin de réaliser les études d’ingénierie préliminaires (pre-FEED). Cette phase doit permettre de consolider les bases techniques et économiques du projet avant les étapes FEED et la décision finale d’investissement.

Un changement d’échelle

Avec ses 100.000 tonnes annuelles, l’usine projetée à Tan-Tan serait donc d’une tout autre dimension que DAWN. Le projet marocain s’inscrit dans l’ambition affichée par Synhelion de déployer progressivement des unités commerciales capables de produire des volumes beaucoup plus importants de carburants renouvelables.

L’entreprise indique vouloir atteindre, à terme, une production mondiale d’environ un million de tonnes de carburants renouvelables par an. Elle prépare par ailleurs un déploiement international de sa technologie et prévoit, dans un premier temps, de construire et d’exploiter elle-même ses premières unités commerciales avant d’envisager la concession de sa technologie à d’autres opérateurs.

Le projet marocain pourrait ainsi constituer l’une des premières applications commerciales à grande échelle de cette technologie en dehors de l’Europe.

Pour Synhelion, l’intérêt du Maroc tient à la combinaison de plusieurs facteurs: un potentiel important en énergies renouvelables, la disponibilité de matières premières et l’existence d’un tissu industriel permettant de développer une chaîne de valeur locale. Ces arguments avaient déjà été avancés par Gianluca Ambrosetti lors de la présentation du projet marocain en 2025.

«Les ressources exceptionnelles du Maroc en matière d’énergies renouvelables et sa stratégie industrielle claire en font un emplacement idéal pour développer à grande échelle notre technologie de carburants synthétiques», a déclaré Ambrosetti à l’occasion de la signature du nouveau protocole d’accord.

«Avec le protocole d’accord signé, la réservation foncière sécurisée et notre filiale désormais établie, nous passons de l’évaluation à l’exécution et nous nous dirigeons vers notre première usine commerciale à grande échelle dans la région», a-t-il ajouté.

Par Wadie El Mouden
Le 08/09/2026 à 15h22